Mes collègues...

On change de sujet: très bel interview d'Alex Mauron hier matin dans la Tribune de Genève, sur la progression du nombre de membres d'EXIT. Un phénomène spécifiquement helvétique, ce succès d'associations d'aide au suicide. Nous sommes le seul pays au monde où l'assistance au suicide non médicalisée est légale, et où l'on fait confiance à des entités associatives pour cette ... tâche? activité? responsabilité? On hésite. Nos hésitations sont parfois problématiques: la Cour Européenne vient de nous le rappeler. Mais elles sont aussi très intéressantes.  Dans la mesure où le nombre de membres des associations d'aide au suicide grandit, nos hésitations deviennent aussi plus visibles, peut-être plus pressantes. Un extrait:


"Il serait préférable pour tout le monde que l'on ait une grille de lecture claire. Il faut accepter que ces actes font partie de la réalité sociale suisse. Actuellement, le rôle du médecin reste à ce point flou que cela empêche toute discussion. En Suisse, on se cache derrière une certaine informa- lité, un pragmatisme Tout cela a ses limi- tes et nous les avons atteintes. Surtout si l'assistance au suicide est toujours plus fréquente et se pratique dans de nou- veaux cas comme les polypathologies invalidantes sans maladie mortelle."


Allez le lire, et ensuite dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires...

3 commentaires:

Béatrice Deslarzes a dit…

Heureusement que l'on élargit les indications: qui refuserait une assistance au suicide à une patiente de 95 ans pleine de polypathologies invalidantes souvent bien plus handicapantes qu'un maladie mortelle? En tous cas pas moi.....

J. Kruseman a dit…

En réponse à la dernière question Alex Mauron parle du programme de recherche PNR 67, financé par le Fonds national de la recherche scientifique avec 15 million de francs. Il conclut: "Cela fait certainement partie du débat plus constructif que nous devrons avoir à l'avenir." Plus constructif? Je crains le contraire, parce que cinq associations d’aide au suicide ont dénoncé le parti pris de ce programme (ce que monsieur Mauron ne dit pas). Elles jugent ce programme biaisé sur le plan scientifique, étant donné que les responsables sont connus pour être hostiles à l’aide au suicide. Voir l'article dans Le Temps du 26.04.2013 (http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/60d34d60-addc-11e2-b66a-70ab44db9e/La_grande_col%C3%A8re_des_associations_daide_au_suicide) et le bulletin d'information de Exit deutsche Schweiz: Exit.info 4.13, pages 9-10 (En allemand).

Samia a dit…

Aller, je vous édite mon commentaire précédent pour vous rendre les liens plus accessibles.

En fait, ne pas mentionner la réaction des associations d'aide au suicide en Suisse était plutôt charitable. Car en l'occurrence ces associations ont sans doute plutôt manqué une occasion de se taire. Sans doute étaient-elles mal informées à ce moment, à la fois sur les études prévues et sur le fonctionnement du Fonds National de la Recherche.

En particulier, dans l'étude basée sur les certificats de décès qui était ciblée directement, l'idée est de prendre une photo des décisions prises en fin de vie dans un échantillon représentatif des décès en Suisse. Un certain nombre seront des suicides assistés, bien sûr. Un certain nombre seront des cas d'euthanasie active également. L'un et l'autre seront bien entendu minoritaires, mais cela reflète simplement la réalité et non l'importance de ces cas qui reste entière. Des études préalables allant dans ce sens ont toutes eu des résultats qui, objectivement, allaient dans le sens où veulent aller les associations d’aide au suicide. Un bon exemple est celui-ci:. Un autre celui-ci

De toute manière, il s'agit de décrire ce qui se passe, et non de prendre une position idéologique a priori. C'est une démarche scientifique et le FNS a des garanties extraordinairement solides en place pour cela. Les commentateurs se donneront certainement à coeur joie une fois les résultats publiés, aucun doute là-dessus, mais le but des chercheurs et celui du FNS dans ce premier temps est déjà l'observation la plus exacte possible. La réalité d'abord. C'est dommage que certains y semblent opposés. A titre personnel, j’ai été à ce moment très déçue dans mes préjugés que les critiques viennent d'abord d'EXIT, qui ne cesse officiellement de prôner, justement, que l’on se base sur la réalité.

Entre temps, pour se faire sa propre idée, un portrait complet du programme PNR 67 a été publié en ligne ici. Allez le parcourir et voyez ce que vous en pensez:

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