Billet d'invité d'Alex Mauron: Science inconfortable

1828.

La saignée, thérapeutique jadis brocardée par Molière, jouit au début du 19e siècle d’un regain d’autorité médicale car elle est préconisée par une sommité française de l’époque, François-Joseph Victor Broussais. Ce médecin, dont le nom est associé à un ancien hôpital parisien, s’était fait le défenseur enthousiaste de la saignée par application de sangsues. Cette procédure devait soulager l’état d’inflammation des organes qui, selon Broussais, était à l’origine de nombreuses pathologies. Or cette année-là, Pierre-Charles Alexandre Louis, un médecin champenois moins célèbre, publie un mémoire où il remet en doute l’efficacité de la saignée dans le traitement des pneumonies. Il base ses conclusions sur une « méthode numérique » inédite. Clinicien aux observations nombreuses et méticuleuses, Louis calcule la mortalité et la durée des symptômes chez des groupes de malades de pneumonie soumis à différents régimes de saignée mais aussi homogènes que possible par ailleurs. Il en conclut que la saignée n’a le plus souvent pas d’effet favorable.

Louis a contribué à préciser la notion même de preuve en thérapeutique médicale. Face à la diversité des patients et de leurs évolutions individuelles, il faut comparer des groupes de patients atteints d’une maladie définie, recevant des traitements différents mais dont on contrôle les autres facteurs de variabilité. De plus, la notion de population est incontournable quand on cherche à prédire un effet ou son absence car la certitude en médecine ne peut être approchée qu’en raisonnant en termes de groupes. Ce détour par la pensée populationnelle pour obtenir des connaissances applicables au patient individuel était une innovation déroutante pour les médecins de l’époque, habitués à penser leur savoir en termes d’expérience accumulée au contact d’une foultitude de patients à l’individualité irréductible. C’est cette expérience essentiellement individuelle qui fondait selon eux l’autorité et la crédibilité du médecin plutôt qu’une démarche calculatrice et froidement statistique. Un autre argument apparaît, qui aura une longue postérité : le temps mis à obtenir des preuves par la méthode numérique retarderait les soins à donner aux patients sur la base de l’impératif hippocratique de faire le bien du patient ici et maintenant (jadis comme aujourd’hui, Hippocrate est une référence morale à l’élasticité remarquable).

La démarche de Louis est un moment important dans l’évolution de la médecine vers une pratique aux fondements scientifiques. Elle constitue un premier pas de l’evidence based medicine face à l’eminence based medicine, la médecine fondée sur les preuves plutôt que sur l’éminence, c’est-à-dire le prestige et l’autorité du médecin solidement ancrée dans un système fortement hiérarchisé. Or comme c’est souvent le cas en temps de crise, les incompréhensions et les tentations de retour en arrière refont surface à notre époque de pandémie.

2020.

Près de deux siècles après Pierre-Charles Alexandre Louis, la méthodologie des essais cliniques a fait des progrès considérables. Ses fondements théoriques, encore rudimentaires du vivant de Louis, ont mis en évidence l’importance des essais randomisés contrôlés dans l’obtention de résultats fiables. Ceux-ci permettent d’étayer la validité d’un nouveau traitement mais aussi d’éliminer des traitements inefficaces ou nuisibles, comme l’avait fait Louis en son temps. Or la pandémie actuelle renforce l’urgence de trouver des traitements et des vaccins, ce qui accroît la tentation de prendre des raccourcis par rapport à la rigueur méthodologique. Concernant le Covid-19, on assiste désormais à une avalanche d’essais cliniques annoncés, ou publiés sous forme de rapports préliminaires soumis à la critique des journalistes et de Twitter, ou enfin sous forme d’articles ayant passé le contrôle du peer review et publiés dans des revues sérieuses. Tout récemment, des chercheurs canadiens ont mis au point une base de données colligeant toutes les études cliniques concernant le Covid-19 enregistrées dans les répertoires nationaux et internationaux . Au 21 avril, leur nombre dépassait les 500. Certes, de très nombreux chercheurs se mobilisent autour d’une crise de santé globale absolument prioritaire. Certaines études sont coordonnées à grande échelle, avec une méthodologie solide. Mais derrière ce chiffre impressionnant, il y a probablement aussi une fragmentation de l’effort de recherche entre un grand nombre d’études sous-dimensionnées, qui risquent de ne pas fournir des réponses claires sur l’efficacité et l’innocuité des traitements envisagés. C’est d’autant plus inquiétant que la compétition effrénée à laquelle nous assistons se pare volontiers d’un argument éthique : la démarche rigoureuse de l’essai randomisé contrôlé serait un luxe éthiquement critiquable car elle priverait les patients de traitements non validés, mais qui ont quelque chance d’obtenir un résultat.

On a vu que cet argument a une longue histoire. Pourtant il fait fausse route pour plusieurs raisons, expliquées ici dans la revue Science et dont un résumé a été fait en français par Le Temps. C’est malheureusement un fait que les espoirs thérapeutiques suscités par des recherches précliniques ou des petites études non randomisées se révèlent souvent illusoires. Des études cliniques rigoureuses doivent faire le tri parmi ces interventions initialement prometteuses, faute de quoi des traitements décevants restent dans la course dans les recherches ultérieures, gaspillant des ressources inutilement. Si en plus, ces traitements sont portés par une propagande qui converge avec les espérances du grand public, alors ces faux espoirs s’installent dans la pratique médicale en retardant d’autant l’arrivée de thérapeutiques plus valables. Cet effet délétère persiste même quand les traitements en question font l’objet de recherches correctement conduites dans des études randomisées contre placebo. En effet, le préjugé favorable au traitement rend le recrutement de patients dans un tel protocole plus difficile. Certains patients préfèreront se procurer le médicament par tous les moyens plutôt que de risquer d’être dans le bras placebo de l’étude, ce qu’ils interprètent comme une perte de chance, la privation d’un médicament auréolé d’un a priori positif.

Dans un contexte d’incertitude généralisée, on voit réapparaître une conception archaïque de la recherche médicale : elle consiste pour le médecin à essayer divers traitements en toute liberté, avec ou sans indication reconnue, en suivant ses intuitions et son expérience clinique. Cette tendance est parfois alimentée par un refus explicite des exigences de la méthodologie des essais cliniques. L’affaire du Dr Didier Raoult, directeur de l’institut Méditerranée Infection à Marseille, en est l’illustration la plus extrême. Sur la base d’informations venues de Chine concernant la chloroquine et de résultats in vitro intéressants sur l’effet antiviral de cette substance, Didier Raoult a mené deux essais cliniques. Ceux-ci suscitent, d’abord en France, puis à l’international un enthousiasme exceptionnel pour l’hydroxychloroquine comme médicament contre le Covid-19. Mais très vite, les nombreux travers méthodologiques de ces études sont mis en évidence. Didier Raoult s’insurge avec virulence contre la « dictature des méthodologues » et le débat s’envenime dans les médias et les réseaux sociaux. La clameur publique fait que l’hydroxychloroquine est incluse dans un grand nombre d’études à plus grande échelle. A ce jour, des résultats préliminaires, à vrai dire sans peer review, ne trouvent pas d’effet thérapeutique de l’hydroxychloroquine et relèvent des effets secondaires sérieux. En France, un rapport de pharmacovigilance signale un nombre anormal d’incidents cardiaques associés à l’hydroxychloroquine (Le Monde, 24 avril 2020). Mais pour une bonne partie du public – y compris des figures en vue de la politique et de la médecine - Didier Raoult est un homme providentiel et il fait sur les réseaux sociaux l’objet d’un véritable culte (La Provence, 27 avril 2020).

Le populisme épistémique sévit particulièrement en temps de crise. Quand des millions de citoyens sans connaissances scientifiques particulières se mobilisent derrière une espérance dépourvue de preuves, l’expertise est mise sur la défensive. C’est particulièrement le cas en médecine. Car depuis Pierre-Charles Alexandre Louis et ses descendants, le régime de la preuve en thérapeutique médicale est en décalage avec nos intuitions immémoriales concernant le médecin, le soin et la guérison. Une étude clinique bien conduite, ce sont des centaines ou des milliers de patients, des équipes soignantes souvent dispersées dans différents hôpitaux, des auteurs nombreux pour un article dans une revue spécialisée inaccessible au grand public. Cela évoque l’activité anonyme d’une fourmilière plus que le charisme du grand médecin héroïque, qui sauve des vies grâce à son génie et qui suscite la jalousie des médiocres. Dans notre inconscient historique, le médecin n’est pas complètement dégagé de la figure du thaumaturge, du faiseur de miracles. C’est dire la grande responsabilité du politique qui doit écouter l’expertise réelle, souvent peu spectaculaire, et décider pour le bien public, parfois contre l’opinion de ceux qui crient le plus fort.

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Les enfants, les parents, et les écoles

Il y a beaucoup d'émotions suite à l'annonce de la réouverture des écoles obligatoires le 11 mai. C'est effectivement une décision qui a dû être difficile. Voici quelques éléments pour mieux comprendre le contexte.

Première chose, l'épidémie de COVID19 est avec nous pour un certain temps. Maintenir les écoles fermées jusqu'à ce qu'elle soit terminée, donc, n'est pas simplement une histoire d'attendre la rentrée. Il est très probable que nous devrons encore appliquer des mesures de sécurité l'automne prochain.

Deuxième chose, les enfants transmettent peu le COVID19. Vous avez bien lu, le risque n'est pas zéro. Mais il est faible. Le meilleur résumé que j'ai vu est celui qu'Alasdair Munro, un pédiatre britannique, a mis sur Twitter. En résumé, les enfants peuvent attraper le COVID19 et le transmettre, mais nettement moins que les adultes. Nettement moins. Les enfants sont moins de 2% des cas de COVID19 hospitalisés. Quand ils sont malades ils sont plus rarement gravement malades. Et ils sont à la base moins souvent infectés. Par exemple, l'Islande a testé un échantillon pris au hasard de toute sa population, et n'a trouvé aucun cas positif en dessous de l'âge de 10 ans. Une ville italienne a testé 70% de ses habitants et n'a pas non plus retrouvé de cas positifs en dessous de 10 ans. Attention, cela ne veut pas dire qu'aucun enfant ne peut tomber malade. Mais ça veut dire que c'est rare. Les enfants transmettent aussi rarement la maladie. Même en étant en contact proche avec pas mal de monde, les enfants semblent peu transmettre le COVID19. Attention, cela ne veut pas dire qu'ils ne la transmettent jamais. Mais c'est rare. Un résumé des données est disponible ici.

Le risque pour les enfants est donc présent, mais faible. Le risque par les enfants est lui aussi présent, mais faible.

Ensuite, l'éducation est un droit fondamental des enfants. Et l'on est obligé de constater que dans la pratique, beaucoup d'enfants des classes obligatoires sont actuellement sans accès. Bien sûr, il y a l'école à la maison. Mais suivre l'école sur son ordinateur à la maison, cela présuppose toute une série de choses. On doit avoir un ordinateur, une connection internet suffisamment fiable, de l'aide de ses parents. Les parents doivent donc être suffisamment formés, et disponibles. Cela fait beaucoup. Une maman médecin, un papa facteur, et hop un parent ou les deux ne sont pas à la maison. Les parents présents mais dépassés, et hop plus vraiment d'école. Et dans le confinement on peut très très vite devenir dépassé. Certains enfants sont, en pratique, non scolarisés depuis le début du confinement.

Il y a donc un conflit de valeurs. D'une part, oui, protéger la santé des enfants et de leur parents c'est très important. D'autre part pourtant, garantir l'accès à l'éducation c'est aussi très important. On protégerait davantage la santé des enfants en maintenant les écoles fermées. Mais les maintenir fermées jusqu'à la fin de l'épidémie veut dire laisser beaucoup d'enfants sans accès à l'éducation pendant des mois ou des années. Pour ménager autant que possible les deux, il va falloir ouvrir sans attendre la fin de l'épidémie, mais avec des protections. Les écoles et les cantons y travaillent d'arrache-pied ces temps. Ces protections ne seront pas infaillibles. Mais elles permettront de baisser, encore un peu plus, un risque qui est déjà faible au départ. Pour certains, les protections devront être plus marquées: certains enfants sont plus vulnérables, ou surtout vivent avec des personnes plus vulnérables. Certains enseignants sont plus à risque que d'autres. Il faudra des solutions pour permettre l'accès à l'éducation avec des protections accrues dans ces cas. En général, peut-être faudra-t-il des ajustements en cours de route. Peut-être même qu'il faudra parfois refermer, ou refermer davantage. Le risque ne sera pas à zéro, mais il sera faible. Sera-t-il acceptable? La question est difficile. Mais n'accepter qu'un risque zéro voudrait dire sacrifier le droit à l'éducation. Et ça, ça ne semble pas acceptable.

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Isolement des malades atteints de COVID19 - 10 conseils

Petit message médical, une fois n'est pas coutume. J'ai eu un cas de COVID-19 chez moi, et j'ai des amis qui ont des cas de COVID-19 chez eux. Lorsque les symptômes ne sont pas dangereux, ces personnes restent à la maison. Il faut bien sûr consulter, y compris à distance, mais à la fin pas tout le monde a besoin d'être à l'hôpital. Et la Suisse n'a pas de lieux d'isolement attitrés pour les malades moins graves.

Alors comment isoler ces personnes malades, et limiter le risque dans la maisonnée? On n'arrive pas à mettre le risque à zéro, mais il y a un certain nombre de choses que l'on peut faire. Si mes collègues trouvent des erreurs, merci de me les indiquer dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux.

Notons que la survie du virus sur les surfaces est controversée. Les précautions que je vous recommandent partent du principe que l'on peut se contaminer par les surfaces, mais en fait on ne sait pas. C'est donc peut-être trop de prudence. Mais je préfère comme ça.

Alors allons-y:

1) Tout d'abord, ne pas oublier les règles de base. Rester autant que possible à la maison, hygiène des mains pour tout le monde, respecter la distance sociale hors du foyer. On risque d'avoir les yeux tellement rivés sur la personne malade qu'on oublie le reste du monde. Le virus est aussi dehors, on n'oublie pas.

2) Confiner la personne malade dans sa chambre. Cette étape est un peu la "quarantaine de grand-maman". Celle que nos grands-mères appliquaient déjà quand un enfant était malade à la maison. La personne malade est au lit, c'est toujours la même personne qui vient dans sa chambre, on limite les risques.

3) Si possible, réserver des toilettes à l'usage exclusif de la personne malade. Si ce n'est pas possible, désinfecter après chaque passage avec de l'alcool à 70% (la solution pour les mains) ou de l'eau de Javel ménagère diluée. Pour un enfant, il faudra qu'un adulte s'en charge. Pour un adolescent ou un adulte, lui confier cette tâche.

4) Chaque fois qu'on entre dans la chambre de la personne malade, mettre un masque. Pas comme dans l'image, donc. Si on n'a pas de masque professionnel, même un masque fait soi-même. Demander à la personne malade de mettre un masque elle aussi. C'est le port du masque par les deux qui va protéger la personne saine.

5) Mettre un masque quand on sort la vaisselle. Avant d'y aller, vérifier que le lave-vaisselle est prêt ou que l'évier est vide. Laver la vaisselle immédiatement sans laisser personne y toucher.

6) Mettre un masque quand on sort la lessive. Avant d'y aller, vérifier que le lave-linge est libre. Démarrer la lessive immédiatement. Il est inutile de se protéger en sortant le linge mouillé: le savon détruit le virus.

7) Être gentil avec la personne isolée. C'est un triste sort. Cela mérite des appels vidéo, des jeux à distance, du chocolat. Elle doit tenir le coup. Dès qu'elle ira mieux elle va s'ennuyer sec. Peut-être avant.

8) Si elle va moins bien, consulter! Appeler la hotline, ou le 144 si vraiment ça ne va pas. On ne peut pas tout faire à la maison!

9) Quand la personne est guérie, attendre encore deux jours sans symptômes. C'est le délai recommandé par l'Office fédéral de la santé publique, et il est raisonnable. Il changera peut-être car avec une nouvelle maladie forcément les informations arrivent en temps réel. Mais il est réaliste. Sortir la personne, l'amener directement à la salle de bain pour se laver. Elle sera certainement impatiente, surtout si elle n'avait pas de salle de bain pendant l'isolement. Aérer la chambre, désinfecter toutes les surfaces avec de l'alcool à 70%.

10) Comme vous voyez, la personne qui s'occupe de la personne malade a pas mal de choses à faire. C'est en plus du reste. Cela veut dire que quand quelqu'un est malade, il faut refaire une répartition des tâches ménagères pour éviter que la balance ne penche trop. Si ces tâches gravitent vers quelqu'un qui fait déjà plus, ou si le résultat de ces tâches est que quelqu'un en fait plus, alors d'autres vont devoir prendre plus du reste. Pas de blagues, chacun sa part.

Voilà! Et n'oubliez pas: si vous voyez des erreurs signalez-les moi.

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Anne, ma soeur Anne...

A l'heure où l'on parle de déconfinement, on peut avoir l'impression que l'épidémie touche à sa fin. Mais malheureusement, une mauvaise nouvelle s'impose ici. Ce n'est pas le cas.

Le pic que nous avons passé ces derniers temps n'est pas l'histoire naturelle de la maladie. C'est le résultat de nos efforts. A Genève, on a testé les personnes de la population générale pour savoir combien avaient des anticorps contre le SARS-Cov2, le virus qui cause le COVID19. Les premiers résultats: 5.5% de la population a un test positif.  Donc, 94.5% a un test négatif, et aucun signe d'immunité contre la maladie. Si nous les relâchions entièrement, une nouvelle vague serait certaine. L'épidémie de COVID19 est avec nous pour un certain temps.

Combien de temps? Difficile à dire. Il y a trois manières de la voir se terminer. Le virus peut muter et devenir moins dangereux. Cela peut arriver. Mais ce serait un gros coup de chance. On ne peut pas compter dessus. Deuxième scénario, on développe un vaccin efficace. Les échéances sont habituellement de cinq ans pour un nouveau vaccin. Ici, un tas de personnes travaillent d'arrache pied pour trouver un vaccin, et pour raccourcir les délais habituels. On pourrait donc voir arriver quelque chose l'année prochaine déjà. Mais le scénario le plus optimiste est d'environ un an de plus. Troisième scénario, on atteint l'immunité de cohorte. Mais pour faire ça en sécurité, ou relativement en sécurité, on doit le faire lentement. Pourquoi? Parce que le faire vite submerge le système de santé, et qu'un système de santé submergé soigne moins bien les malades. Du coup, la proportion des malades qui décède augmente.

Tant qu'un vaccin se fait attendre, donc, nous devrons poursuivre des mesures "non pharmacologiques", ou sociales, de prévention. Nous allons devoir adapter notre manière d'être dans le monde, pour nous protéger les uns les autres. Et cela peut durer un certain temps. Revenir à "la normale", ce n'est pas pour tout de suite.

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Les craintes de mes amis Africains

La semaine passée, on a assisté à un échange à la télévision française. Il s'agissait de savoir si le vaccin Bacille Calmette-Guérin, ou BCG, pouvait ou non protéger contre le COVID-19, et de comment faire des études pour le savoir. Apparemment un peu à chaud, un des interlocuteurs a mentionnée que oui, peut-être qu'il faudrait faire des études en Afrique, puisque dans les pays confinés une telle étude prendrait beaucoup plus de temps. L'autre a abondé dans son sens. La vidéo est ici.

J'ai reçu pas mal de messages inquiets après ça. Des amis de plusieurs pays d'Afrique qui me demandaient "Mais alors, nous sommes tous des cobayes?". Voici donc en quelques points ce que j'ai répondu. J'espère que cela servira aussi d'avertissement: en répondant à ces questions, nous devons vraiment penser le public de manière nettement plus large que ce n'est le cas dans cette vidéo.

Premièrement, des études cliniques ont lieu dans le monde entier et dans le monde entier il y a des règles sur comment elles doivent se dérouler. On ne peut pas recruter des personnes dans une étude clinique sans avoir leur consentement, et le feu vert d'une (et souvent plusieurs) commissions d'éthique clinique. Quand une étude est réalisée par des chercheurs dans un pays avec des participants dans un autre pays, des commissions d'éthique doivent donner leur feu vert dans les deux pays. En plus, les journaux ne vont pas publier une étude si les règles n'ont pas été respectées.

Donc, oui, on peut être recruté dans une étude en Afrique, en France, en Suisse, mais les règles sont les mêmes partout et on ne peut pas être recrutés à son insu et à l'insu des autorités de surveillance.

Ensuite, le BCG n'est pas un vaccin expérimental. Il est très utilisé pour protéger contre la tuberculose. En Suisse, la plupart des personnes l'ont eu. J'en fais partie. Une étude pour savoir s'il protège contre le COVID-19 ou non serait une étude à faible risque, et dont les participants tireraient même un bénéfice. Ce vaccin est efficace pour nous protéger contre la tuberculose. Il protège partiellement aussi contre la lèpre. S'il protégeait contre le COVID-19, ce serait une excellente nouvelle. Les personnes vaccinées seraient protégées dans ce cas, partiellement mais néanmoins protégées, contre trois maladies à la fois.

Vos craintes n'ont pas lieu d'être pour cette fois. Mais finalement je dois tout de même dire que je les comprends. Il y a une histoire longue et sombre d'abus dans la recherche clinique et de nombreux cas ont concerné vos concitoyens. Certains de ces cas sont récents. Pour certains d'entre vous, ces cas sont suffisamment récents pour que vous vous les rappeliez. Vous avez donc toutes les raisons de partir du principe que des propos comme ceux de la vidéo viennent de personnes qui ne tiennent pas compte de vos intérêts. Parfois, c'est même vrai.

Mais pour vous rassurer je peux vous dire ceci: ces personnes n'ont pas le droit de décider seules quelles études elles vont faire, elles n'ont pas le droit de les faire sans surveillance, et elles le savent. A la télévision, il arrive cependant qu'elles oublient de le préciser.



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COVID19 - To masque or not to masque?

DIY : comment fabriquer un masque de protection contre le ...

Les masques commencent à apparaître sur la voie publique, plus qu'avant. C'est une des premières questions que nous avions discutées sur Facebook, avant même que l'épidémie n'arrive en Suisse. Est-ce une bonne mesure de protection? On a très envie de dire que oui, et des voix s'élèvent pour demander que l'usage généralisé des masques de protection viennent remplacer les mesures de distance sociale et de confinement actuelles. Mais qu'en est-il? En deux-trois messages essentiels, voilà donc ce que l'on peut dire sur une des questions du moment: devrions-nous tous porter des masques sur la voie publique, ou non?


Sur cette question comme sur bien d'autres, des informations arrivent en temps réel. Merci de compléter dans les commentaires, surtout si vous êtes formé(e) sur ces questions.

Premier élément, il y a beaucoup d'études à l'hôpital, peu en dehors. A l'hôpital les masques protègent bel et bien, et cela donne envie de dire que dehors aussi. Sauf que: hors de l'hôpital le risque est différent, les personnes moins formées à l'utilisation des mesures de protection. A la question "que sait-on sur l'efficacité des masques dans la rue?" On est obligé de répondre qu'on ne sait pas vraiment.   

Que faire quand on ne sait pas? Faire avec ce que l'on sait, du mieux que l'on peut. Et sur la base de ce que l'on sait, le plus probable est malgré tout que oui les masques protègent. Mais pas entièrement. Si l'on se base sur ce que l'on sait ils protègent...un peu. Dans une épidémie où l'on cherche à diminuer le nombre total des cas, un peu c'est en fait déjà très bon à prendre. Mais on ne doit pas confondre cela avec une protection pleine et entière pour soi, à titre individuel.

Donc, les masques seuls ne suffisent pas. Même dans les hôpitaux, où le port du masque est clairement utile et le personnel formé à son usage, pas question de se limiter à porter un masque pour se protéger. On ferme les portes, on garde les distances quand c'est possible, on se lave les mains, tout ça en plus. Il ne s'agit donc jamais de savoir si un masque est suffisant pour se protéger, n'en déplaise à ceux qui voudraient compter sur la distribution de masques pour rouvrir des secteurs entiers de notre économie. La vraie question est: est-ce qu'ajouter un masque est utile. Et là, on dirait bien que oui.

Ensuite, oui, il faut savoir s'en servir. Un masque est placé sur le visage, donc on touche son visage en le mettant en place. Un masque se contamine, donc on se contamine les mains en l'enlevant et ensuite il peut contaminer tout ce qu'il touche. Il faut donc savoir comment l'enlever, et comment le stériliser ou le jeter selon les cas. Cet aspect est une des causes d'hésitation autour de la recommandation de porter le masque pour tout le monde. Mais plutôt que de déplorer le manque de formation de nos concitoyens, mieux vaudrait enseigner le port du masque. On a après tout appris bien des choses: tousser dans son coude, se saluer sans se serrer la main, se laver les mains correctement. Pour démarrer, voici une video. Si vous allez au supermarché, il vaut mieux mettre votre masque à la maison plutôt que devant la porte. Vous serez mieux en mesure de faire juste.

Et finalement, ceux qui prennent des risques pour nous tous doivent avoir la priorité. Quand on demande à des personnes de se mettre en danger pour nous, on acquiert des obligation envers elles. Les professionnels de la santé, qu'ils soient dans les hôpitaux ou en ambulatoire, mais aussi nos caissières, nos facteurs, et toutes les personnes qui doivent en cotoyer beaucoup d'autres pour que l'essentiel fonctionne: elles doivent avoir le matériel professionnel tant que les réserves manquent. Actuellement, la production suisse est prête à augmenter mais les réserves manquent encore.

On l'a dit, il y a les masques altruistes et les masques égoïstes. Les masques chirurgicaux, les plus ordinaires, et les masques Do It Yourself protègent en fait plutôt les autres contre soi-même. Ce sont les masques coque, ou FFP2, qui protègent celui qui les porte. Ceux-là devraient être réservés à ceux qui s'occupent des malades, que ce soit comme professionnels ou comme proches aidants. Mais justement, généralisons l'altruisme! Nos hôpitaux sont bien protégés, mais nos supermarchés nettement moins. Si les clients portaient eux aussi des masques ordinaires, les employés s'en trouveraient mieux. En attendant des stocks plus fournis, les tutoriaux pour les fabriquer soi-même fleurissent ces temps en ligne, du plus sobre réalisé par l'armée américaine, à ceux qui essaient d'être tout de même un peu plus engageants. Bon bricolage!




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Sport en temps d'épidémie


J'ai fait plusieurs de ces petites vidéos pour le challenge #Voicicommentnousprotéger. En quarantaine on protège sa santé mais on court aussi des risques. On est sédentaire. On tourne en rond dans sa tête. En plus la situation est angoissante. Pas bon pour la santé mentale tout ça. Heureusement, contre tout cela le remède est le même: faire du sport. Pas besoin de braver l'infection en allant courir dehors. On trouve sur internet des exercices pour tous les niveaux, et toutes les variétés de l'espace disponible. Mon fils s'est mis au Mambo et comme il est très grand ça lui prend un peu de place, mais si vous cherchez vous trouverez même des exercices réalisables dans une cellule de prison. Peu de personnes ont moins d'espace chez elles.

Je vous dis tout ça d'autant plus librement que je ne suis pas (vraiment pas) une grande sportive. Mais bouger ça fait du bien à tout en même temps: au corps, à la tête, au sommeil, et on peut même faire ça en famille. 

Et parlez-en autour de vous. L'air de rien, bouger ça défoule aussi. Sur une note plus sombre, nos collègues en médecine légale voient augmenter les cas de violences domestiques pendant notre confinement. Leur conseil pour la prévention? Avant tout, qu'un maximum de personnes fassent de l'exercice physique.

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