La réforme du système de santé américain

Ça y est, ils l'ont fait. Longtemps le seul pays occidental sans système de couverture universelle, les États-Unis viennent de passer une loi censée garantir un accès aux soins de santé à 30 millions de personnes qui n'en avaient pas jusqu'à présent. L'image qui illustre ce billet, eh bien on espère qu'elle va y sembler touchante et dépassée d'ici quelques années.

Ce ne fut pas une mince affaire. Les débats ont duré un an, lors duquel Obama a quasiment refait une campagne présidentielle. Les obstacles étaient énormes et l'issue très incertaine. Cela fait près d'un siècle que cette discussion est présente dans la politique américaine, et les réformes de santé y ont essuyé échec après échec.

En fait c'est plusieurs pages qui se tournent ici. D'abord, finalement, les citoyens américains vont passer d'un système où ils peuvent avoir une couverture de santé SI ils ne sont pas trop riches, ni trop pauvres, ni trop malades... à un système où ils peuvent avoir une couverture de santé, point. Et ils reviendront de loin. Une assurance américaine a récemment défini le genre de problème pouvant justifier un retrait d'assurance comme:
"un problème de santé ayant une des caractéristiques suivantes: pas de traitement connu; probabilité de récidive; nécessite un traitement palliatif; nécessite un suivi ou un traitement prolongé; est permanent; nécessite un enseignement ou une réhabilitation spécialisée; est causé par un changement corporel non réversible."

Bref la plupart des maladies qui sont la raison pour laquelle on a besoin d'une assurance: ce n'est pas seulement les personnes sans assurance qui vont pouvoir en acquérir une, c'est aussi la plupart de ceux qui pensaient qu'ils en avaient déjà une...

C'est aussi la première fois que l'Association Médicale Américaine soutient un projet de réforme de la santé. C'est peut-être étrange vu d'Europe (quoique...) mais les représentants officiels des médecins s'étaient toujours opposés à l'extension de la couverture d'assurance. A ma gauche, la crainte d'être soumis à des règles dans leurs décisions thérapeutiques. A ma droite le poids quotidien des factures impayées, et du choix entre soigner des patients sans assurance ou être en mesure de payer une éducation à ses enfants. La balance semble avoir bougé cette fois.

Ensuite, c'est la première mesure politique américaine depuis très très très longtemps dont un des effets devrait être de limiter les inégalités financières entre les personnes. Pas rien, ça. Les opposants qui ont clamé que cette législation était communiste peuvent cela dit dormir tranquilles. Ces inégalités n'ont cessé de croitre ces dernières décennies et il y a donc pas mal de marge avant de faire des Etats-Unis une société sans classes...

C'est aussi, même si ici la valeur est plutôt symbolique, une législation passée par un président noir avec l'aide d'une présidente du congrès, et dont l'un des défenseurs les plus acharnés est homosexuel. De là à dépeindre la réforme de la santé comme une victoire des 'minorités', il n'y a qu'un pas, abondamment franchi. Et bien sûr, les réactions des opposants vont dans le même sens. Les commentateurs ont parlé d'
une frange de ceux que l'on a appelé 'les dépossédés', anciens privilégiés du système forcés de partager depuis les années 60, qui semblerait devenir plus violente. Actions en justice, vandalisme, menaces de mort, le parti républicain se comporte d'une manière bien éloignée des règles habituelles de la politique, et pas franchement rassurante il faut bien le dire. La politique de la panique à bord, magnifiquement décrite par Chomsky dans cette video, est un peu ici tournée contre tout ce qui bouge...

Mais ne croyez pas que ce soit 'seulement' une page américaine qui se tourne. Comme le disait Alex Mauron l'autre jour, "La victoire du plan Obama (...) c'est aussi une page d'histoire mondiale car elle coupe l'herbe sous le pied des ultra-libéraux en matière de santé en Europe et en Suisse aussi. Leur bagage idéologique ne pesait pas très lourd, il devient infinitésimal..."

Dommage qu'il faille en général attendre 10-15 ans avant que les idées ne traversent l'Atlantique...

1 commentaire:

mutuelle sante a dit…

Superbe victoire d'Obama, que cette réforme du système de santé américain. On peut se demander comment les américains ont pu accepter jusqu'à maintenant de vivre avec si peu de protection santé.

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