Si je pouvais savoir ce que tu penses...

Et si je pouvais ajouter à mon portable une fonction qui me permette de savoir ce que pensent les personnes qui m'entourent? Heureusement, c'est de la science-fiction. Mais l'émission '60 minutes' évoquait tout récemment les progrès, et les questions bioéthiques, des technologies qui permettent peu à peu d'identifier ce que pense une personne. Bijou, caillou, genou, joujou, tout ça l'ordinateur relié à un appareil d'Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle le devine avec une fiabilité désarmante. En regardant quelles parties du cerveau 'travaillent' et comment, à un moment donné, et en comparant entre elles une multitudes de données semblables.

On parviendrait même à distinguer et situer des choses comme la bonté, l'hypocrisie, l'amour. Au secours! Voilà des trucs dont on a sans doute pas envie de se faire dire que c'est un état identifiable de notre cerveau (et pourtant comment cela ne le serait-il pas?). Et on est surtout pris d'un vertige à l'idée de ce qui pourrait advenir si chacun avait sur soi un appareil capable de voir tout ça.

Heureusement, pour le moment pour que ça marche un tant soit peu il faut se mettre dans une IRMf. C'est à dire dans une grosse machine qui fait du bruit. Impossible de faire ça à votre insu, donc. A moins de vous mettre sous narcose, ce qui fatalement changera ce que vous serez en train de penser. Mais on travaille déjà sur des technologies qui pourraient permettre de faire la même chose à une petite distance, insensiblement...

Angoissant? Décrit comme ça, sans doute. Mais minute: n'a-t-on pas déjà une technologie parfaitement opérationnelle dans laquelle les gens indiquent complètement volontairement à quoi ils pensent en temps parfois presque réel? Facebook, MySpace, Twitter et compagnie semblent mettre à mal l'idée que la vie privée serait si précieuse que ça. Sauf que pas vraiment. Quand un politicien dit dans une série télévisée 'permettez-moi d'être parfaitement honnête', on sait qu'il faut se méfier. Étendre l'interaction sociale au virtuel ne suffit pas à changer une donnée de base: plus on révèle 'tout', plus l'importance stratégique de ce que l'on révèle ou non grandit. Imaginez une seconde que tout lien internet permette à chacun de lire ce que vous pensez vraiment et il n'y aura sans doute plus que quelques enthousiastes invétérés en ligne.

Évidemment, la technologie qui permet d'identifier ce qu'on pense, plein de gens y sont intéressés. Sécurité, tribunaux, mais aussi marketing bien sûr. Imaginez qu'on puisse savoir si vous avez déjà été sur un lieu de crime, ou si vous détestiez votre vieille tante acariâtre et riche, ou si vous ne savez pas résister à un jingle qui aligne des mi bémols, au goût de la cerise, à un certain bruit de 'crunch' que fait cette sorte-là de biscuits...Il y a jusqu'aux parents qui pourraient vouloir savoir lequel de leurs enfants a bugné la voiture.

Et du coup c'est important de se rendre compte que pas mal de ce joli monde commet des erreurs. En réalité, ceci n'est pas (encore?) une science aussi exacte que les images ne semblent le sous-entendre. Un cancérologue a dit un jour qu'on savait guérir tous les cancers, pourvu que vous soyez une souris. Et bien ici, on sait identifier certaines de vos pensées, pourvu que vous pensiez le genre de chose qu'on a prévues, et que vous vous trouviez dans un laboratoire. Même si l'on voit déjà de la publicité pour des techniques (soit-disant 'sans biais') de détection de mensonge, mentir sur commande dans un laboratoire n'a pas grand chose à voir avec un mensonge 'pour de vrai', dont je pense qu'il sert réellement mon intérêt.

A ce stade, en fait, les applications pratiques sont pseudoscientifiques. Ça fait d'autant plus froid dans le dos quand on voit des personnes effectivement condamnées sur la foi d'un enregistrement de leur fonctionnement cérébral. Mais la beauté des images, et le terme de 'lire dans le cerveau' prêtent une crédibilité très -trop- importante même à des applications non démontrées. Du coup, on voit qu'il y a deux types de danger: que ça marche et l'usage qu'on pourrait en faire, mais aussi que ça ne marche pas et l'usage qu'on en ferait de toute manière.

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