Sport en temps d'épidémie


J'ai fait plusieurs de ces petites vidéos pour le challenge #Voicicommentnousprotéger. En quarantaine on protège sa santé mais on court aussi des risques. On est sédentaire. On tourne en rond dans sa tête. En plus la situation est angoissante. Pas bon pour la santé mentale tout ça. Heureusement, contre tout cela le remède est le même: faire du sport. Pas besoin de braver l'infection en allant courir dehors. On trouve sur internet des exercices pour tous les niveaux, et toutes les variétés de l'espace disponible. Mon fils s'est mis au Mambo et comme il est très grand ça lui prend un peu de place, mais si vous cherchez vous trouverez même des exercices réalisables dans une cellule de prison. Peu de personnes ont moins d'espace chez elles.

Je vous dis tout ça d'autant plus librement que je ne suis pas (vraiment pas) une grande sportive. Mais bouger ça fait du bien à tout en même temps: au corps, à la tête, au sommeil, et on peut même faire ça en famille. 

Et parlez-en autour de vous. L'air de rien, bouger ça défoule aussi. Sur une note plus sombre, nos collègues en médecine légale voient augmenter les cas de violences domestiques pendant notre confinement. Leur conseil pour la prévention? Avant tout, qu'un maximum de personnes fassent de l'exercice physique.

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Solidarity

De temps en temps je vais traduire un post pour mes collègues anglophones. L'original de celui-ci est ici.
 
This is a French-language blog, but I have many friends and colleagues in the US and the UK right not, and I am thinking of them more than usual. So here is looking at all of you. I will be posting a few things in English, and you can translate the rest if you are interested.

Her shoes were inadequate and it was at the top of the pass that she sprained her ankle. Enough to need support walking down; not enough to call a helicopter. There were three of us with her: we made a makeshift bandage, then two of us supported her and one carried her bag. We rotated. The descent was long, rain started falling, night was coming fast.

We had alerted our fellow travelers in the village. Help started coming together around them. The lady at kiosk volunteered a place to stay for us: her father's house was halfway down the mountain. The owner of the hotel, from whom they expected nothing, took the seats out of his van and picked us up at the bottom of the slope just as darkness was becoming dangerous. He began by giving our injured companion a proper dressing-down: "What are those shoes on that pass? Irresponsible! "Then he put her in the back between cushions he'd prepared and drove us to the restaurant he had kept open for us. " See those men at the table over there? "He continued, "They're the mountain rescue volunteers. They waited and they would have taken risks for you. They should be with their families. Go and apologize to them! ». All the while he smiled, visibly relieved that there had been more fear than harm.

I remember that story with particular pleasure. First, these events followed a week-long philosophical seminar during which there had been intense talk about solidarity. What is it? Is it really a thing? "You Europeans" we were told, "you think you know what it is, but in Korea they have a completely different notion of it." Alright, I guess. But when I announced the hike, I made a joke that I expected them all to have a working understanding of solidarity by Monday morning. Little did I know.

By showing us a slice of solidarity in action, this story illustrated some interesting aspects. First, it's not about kindness. There are no victims or heroes here: instead, there is a community in which something is expected - something different but something - from everyone. The innkeeper yells at the injured woman to point out that she has failed in her duty: to limit her need for the common pool. There's no question of not helping her. When she arrives she should apologize, sure, but leave her without help? Unthinkable! In this story, people name each others' efforts: we are told who does what, what efforts are made by whom. Solidarity, like many of our behaviors, is contagious. We contribute more easily to common efforts if we know that others are doing the same. If we think we are alone, we give up more quickly.

We forget this last point too much. Solidarity is one of those life-forms that wither in the dark. The story that human beings are fundamentally selfish and that solidarity is naïve or imaginary, is very present in our times. We should be concerned about that. This narrative does not reflect reality correctly; here, scientific data are consistent with our everyday observations. People tend to help one another. We see it all around us. When we believe that solidarity is fiction, however, it does tend to become so. In medicine, we see this frequently. Our paediatricians are reluctant to put forward cohort immunity in support of vaccination. Our researchers, in explaining the issues involved in clinical trials, rarely mention the solidarity dimension of participation. We see so many instances of solidarity at the bedside, we rarely tell our tales. And so, step by step, we too encourage the idea that solidarity a naive, somewhat imaginary thing. It's a pity. Our story reflects another reality: solidarity is a concrete, hard-working and demanding thing. It requires everyone to do their part, even the person being helped.

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#Protégeonsnoustous contre le COVID19

« Nos grands-parents ont été appelés à la guerre, nous sommes appelés à rester sur notre canapé » dit une boutade sur internet « Nous pouvons le faire ! ». Mais le pouvons-nous réellement ?

Les conseils que l'on nous donne sont bons: restons chez nous pour freiner l’épidémie et aplatir la courbe. Depuis le 13 mars, ces messages nous sont transmis avec des moyens sans précédent. Seules les personnes dont le travail est indispensable au fonctionnement de nos collectivités et à la lutte contre l’épidémie, et encore seulement si ce travail nécessite de sortir, seules ces personnes devraient être dehors. Les soignants, bien sûr; les employés de la chaînes alimentaire; la voirie; la police; la poste; les services de téléphonie et internet; les plombiers. J'en oublie peut-être, mais pas beaucoup. Des moyens financiers eux aussi sans précédent ont été mis en œuvre pour permettre cet effort collectif. L’idée générale est belle: plutôt que d'ordonner un confinement complet avec couvre-feu et contrôle policier, comme l’on fait certains de nos voisins, en Suisse on cherche à responsabiliser les personnes et à nous donner les moyens de suivre les consignes librement. Après tout, ces consignes sont là pour nous protéger et nous voulons nous protéger, non?

Sauf que l'on voit bien que même si la majorité suit remarquablement bien tout ça, on ne le suit pas tous. Du coup, le réseaux sociaux sont plein de condamnation des irresponsables qui sortent quand même, et de pétitions pour demander un confinement plus stricte. On a l'impression de se trouver dans une de ces situation où la question est de doser la liberté contre la contrainte.

C'est une erreur. Ou en tout cas c'est une description très partielle de la réalité. Si l'on veut que les personnes se confinent, que les malades s'isolent, que les contacts se mettent en quarantaine, alors il faut enlever tous les obstacles à cela. De quoi avons-nous besoin pour cela? Essentiellement de deux choses:
  1. Tous les contacts avec le système de santé pour coronavirus ou suspicion de coronavirus doivent être gratuits, et on doit le faire savoir à tous.
  2. Tous les arrêts de travail pour maladie ou maladie d'un proche doivent être supportables pour le budget du ménage. Même chose pour les arrêts de travail pour garde des enfants ou aide à des personnes vulnérables afin qu'elles puissent rester chez elles. L'isolement et la quarantaine doivent être financièrement accessibles. Personne ne doit être en faillite pour avoir suivi les consignes de la Confédération.
Sous cet angle, nous sommes loin du compte. Les salariés sont protégés, mais les indépendants nettement moins. Les patrons de PME, mais aussi les chauffeurs de taxi et les femmes de ménage, beaucoup de gens sont coïncés entre le risque de transmettre l'épidémie et celui de perdre son revenu et son logement.
Oui, les délais ont été prolongés. Mais c'est reporter le problème. 
En contrepartie à l'effort du confinement, il serait juste de suspendre les loyers privés et commerciaux des indépendants, ainsi que les intérêts sur les dettes. 
Dans nos sociétés complexes, il serait simplement prudent de mettre sur pied un moyen de signalement facile des barrières financières à la quarantaine pour identifier les cas qui sont sous le radar.

Pendant une épidémie, personne ne devrait être contraints à sortir pour des raisons de survie financière. Il y a des manières plus ou moins justes de confiner une population: compenser le fardeau que chacun endosse pour le bien commun fait partie de cela. Mais en plus, sans compensation le confinement volontaire devient illusoire.

Et c'est finalement là que les appels à un confinement plus strict prennent leur sens. Ce n'est en fait pas uniquement une question de tension entre la liberté et la contrainte. Un ordre des autorités de fermer des activités économiques, c'est aussi une protection pour les personnes qui travaillent dans cette branche. Elle peuvent se confiner, s'isoler, se mettre en quarantaine, en sachant qu'elles seront financièrement protégées. Notre situation mi-figue mi-raisin laisse trop de nos concitoyens sur le carreau, et cette situation augmente notre risque à tous.

Les épidémies sont toujours des moments de vérité. En exigeant de nous le meilleur de nous-mêmes, elles montrent où nous en sommes capables, mais montrent aussi où se trouvent nos failles. Le bon côté, c'est que dans un pays riche les épidémies nous permettent de corriger ces failles. Le mauvais, c'est que c'est souvent justement par ces failles que passent les épidémies.

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COVID19 - solidarité et protection de la vie

La Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine a publié un communiqué de presse sur le COVID19. Vous pouvez le délécharger ici. Elle rappelle que "Dans une situation de pandémie, la protection de la vie, la justice, la liberté, la responsabilité et la solidarité sont aussi à placer au centre de toute appréciation éthique." et "lance un appel urgent à la population suisse pour qu’elle respecte les mesures ordonnées".

Elle rappelle aussi cela: "La CNE est impressionné par les services sans précédents fournis quotidiennement par tous les professionnels de la santé et des soins, ainsi que par de nombreux autres professionnels, p.ex., de la vente de produits alimentaires, du nettoyage, du journalisme et de l’armée. Ils travaillent tous dans des conditions très difficiles et sont obligés à se préparer à des défis inédits qui pourraient survenir dans les semaines à venir. En outre, ces groupes de la population courent un risque accru de s’infecter pendant leurs activités. Il convient d’autant plus d’exprimer la plus grande reconnaissance à tous ceux qui travaillent dans ces secteurs et de les remercier de leur travail au profit de l'ensemble de la population. La CNE estime que cette reconnaissance doit inclure la volonté sociale et, en particulier, politique de tenir davantage compte, une fois la pandémie terminée, de l’importance systémique des professions de santé et du travail du care. Cela concerne notamment les conditions de travail et les ressources des professions et institutions concernées"

Il y a quelque chose de fondamental qui se joue ici. Pour faire face à une menace grave, notre société doit limiter les activités à l'essentiel. C'est quoi, l'essentiel? Les réponses varient. Mais une chose est certaine: quand notre vie est dans la balance avec celle de notre famille et de nos concitoyens, ce que nous considérons comme essentiel n'est plus la même chose qu'avant. Après l'épidémie, effectivement, rappelons-nous en.


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Les épidémies menacent nos liens


J'ai mis cette vidéo sur Twitter en réponse au challenge #Voicicommentnousprotéger. Nous protéger, c'est rester chez nous, c'est nous laver les mains, c'est limiter les contacts autant que possibe, oui. Mais ce n'est pas que cela. Ce n'est pas seulement protéger nos personnes physiques. C'est aussi protéger nos liens, nos collectivités, nos identité. Les épidémies, en menaçant nos corps et en profitant de nos liens pour se propager, menacent aussi tout cela.

Je vous remet cette vidéo ici car chaque jour qui passe montre à quel point cet enjeu est réel. En sortant faire mes courses, je croise des regards. Certains sont fuyants, angoissés. D'autres sont doux, compatissants. Et certains sont méfiants.

Cette angoisse des autres est souvent une erreur: quand on a pris les mesures pour se protéger, qu'on reste à distance, qu'on se lave les mains, qu'on limite les contacts, alors on a le droit de se sentir rassurés. En tout cas, lancer un regard noir à la personne qui vous passe à bonne distance dans la rue n'est pas une mesure de protection supplémentaire.

Cette angoisse est aussi toxique. Nous avons besoin les uns des autres. Matériellement, comme nous le prouvent quotidiennement les personnes qui remplissent inlassablement les rayons de nos magasin et ceux qui soignent les malades, mais aussi mentalement. Se sentir exclu par nos semblables est une souffrance spécifique; c'est mauvais pour notre moral, pour notre santé, cela abrège probablement même notre espérance de vie.

Dans cette période où nous devons respecter la distance physique, nous devons protéger d’autant plus la proximité sociale. A deux mètres de distance ou par vidéo, nous allons continuer d’avoir besoin les uns des autres. C’est finalement ensemble que nous allons traverser ces événements. Ce sont nos organisations collectives qui vont montrer ce qu’elles savent faire de mieux, et où sont leurs failles. C’est par nos actes quotidiens que nous allons infléchir l’avenir de la maladie. En ne nous serrant pas la main, donc, continuons à nous sourire. Après l’épidémie, nous allons encore vivre ensemble. Et après l'épidémie, nous nous rappellerons comment nous nous serons comportés pendant qu’elle était là.

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Tutos COVID-19 - comment se laver les mains




Entre-temps vous l'avez tous vue, non? Mais je vous la remets ici car vraiment cette vidéo est parfaite. Se laver les mains, ça ne s'improvise pas. Surtout en temps d'épidémie. Quelle chance: ce virus a des caractéristiques physiques qui le rendent vulnérable et nous permettent de le détruire avec les moyens du bord. Encore faut-il savoir les employer.

Le gel hydroalcoolique? C'est pour les moments où le savon n'est pas disponible. Il faut faire les mêmes mouvements. Mais vraiment, rien ne vaut complètement le bon vieux savon. Par les temps qui courent, si on n'a pas l'impression de s'être juste là maintenant lavé les mains, c'est sans doute qu'on ne s'est pas assez lavé les mains.

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#Restezchezvous pour combattre le Coronavirus

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Vous êtes nombreux à me poser toutes sortes de questions sur le COVID-19. Comme la réponse nécessite parfois plus de place que sur Twitter ou Facebook, je réactive ce blog pour y répondre au fil de cette période étrange que nous vivons. Si vous avez du mal à écrire des commentaires ici, vous pouvez aussi envoyer des commentaires sur Twitter par exemple.

Pour commencer, je remet pour ceux qui ne l'auraient pas vu la soirée spéciale de la RTS, qui vous donnera déjà toute une série d'informations. Vous la trouverez en cliquant ici.  

La chose la plus importante à dire pour le moment est:  

Restez chez vous. Et dites aux gens autour de vous de rester chez eux. Les jeunes, les moins jeunes, tous. Il y a encore beaucoup de trop de personnes dans les rues, elles sont encore beaucoup trop imprudentes.

Si vous êtes jeune, vous vous dites peut-être que vous n'êtes pas à risque. C'est faux. D'abord, vous êtes à risque de transmettre le virus autour de vous. Parmi les gens que vous aimez, certains sont très probablement à risque. On devient contagieux avant de se rendre compte qu'on est malade. Ne vous dites pas que le moment venu vous les éviterez: ce ne sera pas entièrement possible.

Ensuite, vous êtes à risque vous-même, plus que vous ne le pensez. Entre 10 et 40 ans, la mortalité est estimée à 0.2%. On dirait que c'est peu, ça, mais qu'est-ce que ça veut dire au juste? Sur 1000 personnes de votre âge qui tomberont malade, quatre vont mourir. En Suisse, environ 10% de la population a entre 11 et 20 ans, et 13% entre 21 et 30 ans. Au total, cela nous fait un peu plus de 2 millions de personnes dans ces tranches d'âge. Mettons que seulement 20% d'entre eux tombent malade. Cela pourrait facilement être plus plus. Cette estimation est basée sur le Diamond Princess, le bateau de croisière qui est resté en quarantaine au large du Japon, et où il y a avait quand même des mesures de prévention. Mais disons 20%. A peu près 400'000 jeunes qui tombent malades, avec une mortalité de 0.2%, c'est tout de même 800 morts. Rien que dans cette tranche d’âge. Si le nombre de personnes atteintes frise les 60-70%, comme certains modèles le prédisent, ce sera plus de 2500 mort. Parmi des gens comme vous. Effroyable? C'est justement pour cela que nous devons tout faire pour limiter le nombre de personnes qui vont s'infecter.

Même si vous êtes jeune, donc, restez chez vous. Ce n'est pas la fin du monde. On voit tourner en ligne ce message depuis quelques temps:


Tes grands-parents ont été mobilisés pour partir à la guerre, 
Toi tu es mobilisé pour rester sur ton canapé
Tu peux le faire!

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Bravo à nos jeunes collègues

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Je n'ai pas écrit depuis un moment. Parfois, la vie nous arrive. Je sais que vous comprenez. Mais là, j'ai eu l'immense bonheur d'être choisie cette année comme marraine de volée par les nouveaux diplômés en médecine de notre faculté. Il faut faire un discours lors de la cérémonie. Certains d'entre vous me l'ont demandé. Alors je le partage ici:


Bravo!
Je suis très émue d'être ici aujourd'hui. Tellement que je suis allée au mauvais endroit tout à l'heure. 

Chers Collègues, quelle fierté de vous appeler ainsi. Toutes mes félicitations.

C’est un immense honneur de pouvoir vous dire quelques mots aujourd’hui. C’est une journée importante pour vous. Pour vous, nos nouveaux collègues, pour vous, leurs familles et leurs amis. Pour nous qui sommes vos enseignants, c’est une journée importante aussi. Je ne sais pas si vous savez à quel point ça nous réchauffe le cœur de vous voir chaque jour engagés, enthousiastes, motivés, curieux. Alors bon pendant vos études évidemment nous devons être sévères. Nous devons être exigeants. Nous ne pouvons rien vous laisser passer qui mettrait en danger vos patients, ou qui aurait pour conséquence qu’ils se sentent abandonnés, non entendus, dans ce qui est parfois la plus grande détresse de leur vie. Mais aujourd’hui je peux vous le dire. Pouvoir vous apprendre la médecine est une des plus belles choses qui soit.

Vous allez au-devant de vies que je vous souhaite très belles. Pour lesquelles, forcément, nous n’aurons pas pu vous préparer entièrement. Voici, avec le rétroscope, les quelques conseils que j’aurais voulu avoir le jour de mon diplôme.

Premièrement, parce que ça doit venir en premier, soyez loyaux. Et je veux dire loyaux à vos patients. Vous allez être mis au fil du temps sous toutes sortes de pressions, dans toutes sortes d’intérêts qui parfois vous tirailleront ailleurs. Les institutions de la santé vont elles aussi demander votre loyauté. Souvent, elles la mériteront. Mais rappelez-vous qu’elles ne la méritent que dans la mesure où elles sont elles aussi loyales aux patients. Petit avant-goût de la formation post-graduée : les institutions ont droit à votre loyauté, mais pas à votre complicité. Vous allez avoir un privilège qui est aussi une responsabilité : être les accompagnateurs de vos patients au travers de leur maladie ; être capables de mettre à leur disposition tout ce que la médecine sait faire ; écarter de leur vie, autant que possible, les obstacles que la maladie mettra sur leur chemin. A toutes les étapes, y compris la dernière.

Ensuite, parce que cela vaut la peine, soyez heureux, de ce bonheur de la part de nous qui contemple notre vie entière. Qui cherche à ce que notre histoire soit une histoire dans laquelle nous sommes heureux de vivre. Cela vaut la peine d’être pleinement médecins. Quand la vie est toute pleine de médecine, elle peut être vraiment très belle. Vous allez y plonger profondément. Y passer des dizaines de milliers d’heures. Certains vont y plonger jusqu’à la maison. Nous autres médecins avons un peu tendance à nous marier entre nous. Oui, on peut être très heureux dans la médecine.

J’aimerais ici dire un mot sur l’argent, parce que nous vivons dans une société qui fait une équivalence hâtive entre l’argent et le bonheur. C’est une banalité que l’argent ne fait pas le bonheur. Mais en fait il fait très efficacement le bonheur des autres. Certains d’entre vous vont en gagner pas mal. D’autres pas tant que ça. Rappelez-vous que l’argent est aussi du pouvoir : si vous en avez, faites du bien avec.
Je tiens aussi à préciser : soyez heureux avec ou sans la médecine. La plupart d’entre vous y trouverez une vie très belle. Mais peut-être que d’autres non. Vous ne serez pas si nombreux. Mais il y en aura sans doute. Et trop souvent dans ces cas, on se sent piégé. De temps à autre, l’un d’entre nous prend la sortie en quittant la vie. Alors je vous en supplie, si un jour vous êtes concernés, rappelez – vous d’une seule chose : vous êtes plus que votre métier, si important soit-il. Vous y avez appris des choses exportables. Vous n’y êtes pas prisonnier. La vie est belle aussi ailleurs.

Soyez solidaires, la vie va vous arriver. Parmi vous, beaucoup vivront des épuisements au-delà de tout ce que vous êtes sans doute capables d’imaginer aujourd'hui, vous soignerez des personnes qui traversent de véritables tragédies humaines, certains d’entre vous tomberont malades, certains auront des collègues toxiques, peut-être même des patrons toxiques. Ce sera parfois très difficile. Et parfois vous serez les uns pour les autres les personnes les plus proches. Entraidez-vous. Et rappelez-vous si ça vous arrive que nous aussi, nous serons toujours là.

Soyez bienveillants. Toute cette chaleur humaine que nous voulons donner à nos patients, il arrive que nous oublions de nous la donner les uns aux autres, ou à nous-même. Je vous ai dit tout à l’heure, il y a beaucoup de mariages parmi les médecins. Il y a beaucoup de divorces aussi. A bon entendeurs.

Vous allez vivre des choses magnifiques, des choses difficiles. Ne vous oubliez pas. Rappelez-vous vos valeurs. J’ai rencontré des personnes devenues cyniques. Je tremble de leur confier mes proches. De me confier moi-même. N’oubliez pas que vous formez ceux qui vont vous soigner, vous, vos enfants, vos parents. Nous qui sommes vos enseignants, nous en avons conscience tous les jours. Certains d’entre vous deviendront enseignants, chacun d’entre vous deviendra un modèle, présent devant de plus jeunes, jour après jour. Vous avez déjà commencé, mais vous étiez encore étudiants. Dès à présent vous êtes médecins.

Finalement donc, soyez exemplaire. Ou plutôt, soyez conscient que vous serez un exemple, que vous le vouliez ou non. Vous n’avez que le choix d’être un bon exemple, ou un mauvais exemple. Soyez de bons exemples.

Bravo à toutes, bravo à tous.

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