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Billet d'invité d'Alex Mauron: Science inconfortable

1828.

La saignée, thérapeutique jadis brocardée par Molière, jouit au début du 19e siècle d’un regain d’autorité médicale car elle est préconisée par une sommité française de l’époque, François-Joseph Victor Broussais. Ce médecin, dont le nom est associé à un ancien hôpital parisien, s’était fait le défenseur enthousiaste de la saignée par application de sangsues. Cette procédure devait soulager l’état d’inflammation des organes qui, selon Broussais, était à l’origine de nombreuses pathologies. Or cette année-là, Pierre-Charles Alexandre Louis, un médecin champenois moins célèbre, publie un mémoire où il remet en doute l’efficacité de la saignée dans le traitement des pneumonies. Il base ses conclusions sur une « méthode numérique » inédite. Clinicien aux observations nombreuses et méticuleuses, Louis calcule la mortalité et la durée des symptômes chez des groupes de malades de pneumonie soumis à différents régimes de saignée mais aussi homogènes que possible par ailleurs. Il en conclut que la saignée n’a le plus souvent pas d’effet favorable.

Louis a contribué à préciser la notion même de preuve en thérapeutique médicale. Face à la diversité des patients et de leurs évolutions individuelles, il faut comparer des groupes de patients atteints d’une maladie définie, recevant des traitements différents mais dont on contrôle les autres facteurs de variabilité. De plus, la notion de population est incontournable quand on cherche à prédire un effet ou son absence car la certitude en médecine ne peut être approchée qu’en raisonnant en termes de groupes. Ce détour par la pensée populationnelle pour obtenir des connaissances applicables au patient individuel était une innovation déroutante pour les médecins de l’époque, habitués à penser leur savoir en termes d’expérience accumulée au contact d’une foultitude de patients à l’individualité irréductible. C’est cette expérience essentiellement individuelle qui fondait selon eux l’autorité et la crédibilité du médecin plutôt qu’une démarche calculatrice et froidement statistique. Un autre argument apparaît, qui aura une longue postérité : le temps mis à obtenir des preuves par la méthode numérique retarderait les soins à donner aux patients sur la base de l’impératif hippocratique de faire le bien du patient ici et maintenant (jadis comme aujourd’hui, Hippocrate est une référence morale à l’élasticité remarquable).

La démarche de Louis est un moment important dans l’évolution de la médecine vers une pratique aux fondements scientifiques. Elle constitue un premier pas de l’evidence based medicine face à l’eminence based medicine, la médecine fondée sur les preuves plutôt que sur l’éminence, c’est-à-dire le prestige et l’autorité du médecin solidement ancrée dans un système fortement hiérarchisé. Or comme c’est souvent le cas en temps de crise, les incompréhensions et les tentations de retour en arrière refont surface à notre époque de pandémie.

2020.

Près de deux siècles après Pierre-Charles Alexandre Louis, la méthodologie des essais cliniques a fait des progrès considérables. Ses fondements théoriques, encore rudimentaires du vivant de Louis, ont mis en évidence l’importance des essais randomisés contrôlés dans l’obtention de résultats fiables. Ceux-ci permettent d’étayer la validité d’un nouveau traitement mais aussi d’éliminer des traitements inefficaces ou nuisibles, comme l’avait fait Louis en son temps. Or la pandémie actuelle renforce l’urgence de trouver des traitements et des vaccins, ce qui accroît la tentation de prendre des raccourcis par rapport à la rigueur méthodologique. Concernant le Covid-19, on assiste désormais à une avalanche d’essais cliniques annoncés, ou publiés sous forme de rapports préliminaires soumis à la critique des journalistes et de Twitter, ou enfin sous forme d’articles ayant passé le contrôle du peer review et publiés dans des revues sérieuses. Tout récemment, des chercheurs canadiens ont mis au point une base de données colligeant toutes les études cliniques concernant le Covid-19 enregistrées dans les répertoires nationaux et internationaux . Au 21 avril, leur nombre dépassait les 500. Certes, de très nombreux chercheurs se mobilisent autour d’une crise de santé globale absolument prioritaire. Certaines études sont coordonnées à grande échelle, avec une méthodologie solide. Mais derrière ce chiffre impressionnant, il y a probablement aussi une fragmentation de l’effort de recherche entre un grand nombre d’études sous-dimensionnées, qui risquent de ne pas fournir des réponses claires sur l’efficacité et l’innocuité des traitements envisagés. C’est d’autant plus inquiétant que la compétition effrénée à laquelle nous assistons se pare volontiers d’un argument éthique : la démarche rigoureuse de l’essai randomisé contrôlé serait un luxe éthiquement critiquable car elle priverait les patients de traitements non validés, mais qui ont quelque chance d’obtenir un résultat.

On a vu que cet argument a une longue histoire. Pourtant il fait fausse route pour plusieurs raisons, expliquées ici dans la revue Science et dont un résumé a été fait en français par Le Temps. C’est malheureusement un fait que les espoirs thérapeutiques suscités par des recherches précliniques ou des petites études non randomisées se révèlent souvent illusoires. Des études cliniques rigoureuses doivent faire le tri parmi ces interventions initialement prometteuses, faute de quoi des traitements décevants restent dans la course dans les recherches ultérieures, gaspillant des ressources inutilement. Si en plus, ces traitements sont portés par une propagande qui converge avec les espérances du grand public, alors ces faux espoirs s’installent dans la pratique médicale en retardant d’autant l’arrivée de thérapeutiques plus valables. Cet effet délétère persiste même quand les traitements en question font l’objet de recherches correctement conduites dans des études randomisées contre placebo. En effet, le préjugé favorable au traitement rend le recrutement de patients dans un tel protocole plus difficile. Certains patients préfèreront se procurer le médicament par tous les moyens plutôt que de risquer d’être dans le bras placebo de l’étude, ce qu’ils interprètent comme une perte de chance, la privation d’un médicament auréolé d’un a priori positif.

Dans un contexte d’incertitude généralisée, on voit réapparaître une conception archaïque de la recherche médicale : elle consiste pour le médecin à essayer divers traitements en toute liberté, avec ou sans indication reconnue, en suivant ses intuitions et son expérience clinique. Cette tendance est parfois alimentée par un refus explicite des exigences de la méthodologie des essais cliniques. L’affaire du Dr Didier Raoult, directeur de l’institut Méditerranée Infection à Marseille, en est l’illustration la plus extrême. Sur la base d’informations venues de Chine concernant la chloroquine et de résultats in vitro intéressants sur l’effet antiviral de cette substance, Didier Raoult a mené deux essais cliniques. Ceux-ci suscitent, d’abord en France, puis à l’international un enthousiasme exceptionnel pour l’hydroxychloroquine comme médicament contre le Covid-19. Mais très vite, les nombreux travers méthodologiques de ces études sont mis en évidence. Didier Raoult s’insurge avec virulence contre la « dictature des méthodologues » et le débat s’envenime dans les médias et les réseaux sociaux. La clameur publique fait que l’hydroxychloroquine est incluse dans un grand nombre d’études à plus grande échelle. A ce jour, des résultats préliminaires, à vrai dire sans peer review, ne trouvent pas d’effet thérapeutique de l’hydroxychloroquine et relèvent des effets secondaires sérieux. En France, un rapport de pharmacovigilance signale un nombre anormal d’incidents cardiaques associés à l’hydroxychloroquine (Le Monde, 24 avril 2020). Mais pour une bonne partie du public – y compris des figures en vue de la politique et de la médecine - Didier Raoult est un homme providentiel et il fait sur les réseaux sociaux l’objet d’un véritable culte (La Provence, 27 avril 2020).

Le populisme épistémique sévit particulièrement en temps de crise. Quand des millions de citoyens sans connaissances scientifiques particulières se mobilisent derrière une espérance dépourvue de preuves, l’expertise est mise sur la défensive. C’est particulièrement le cas en médecine. Car depuis Pierre-Charles Alexandre Louis et ses descendants, le régime de la preuve en thérapeutique médicale est en décalage avec nos intuitions immémoriales concernant le médecin, le soin et la guérison. Une étude clinique bien conduite, ce sont des centaines ou des milliers de patients, des équipes soignantes souvent dispersées dans différents hôpitaux, des auteurs nombreux pour un article dans une revue spécialisée inaccessible au grand public. Cela évoque l’activité anonyme d’une fourmilière plus que le charisme du grand médecin héroïque, qui sauve des vies grâce à son génie et qui suscite la jalousie des médiocres. Dans notre inconscient historique, le médecin n’est pas complètement dégagé de la figure du thaumaturge, du faiseur de miracles. C’est dire la grande responsabilité du politique qui doit écouter l’expertise réelle, souvent peu spectaculaire, et décider pour le bien public, parfois contre l’opinion de ceux qui crient le plus fort.

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Les enfants, les parents, et les écoles

Il y a beaucoup d'émotions suite à l'annonce de la réouverture des écoles obligatoires le 11 mai. C'est effectivement une décision qui a dû être difficile. Voici quelques éléments pour mieux comprendre le contexte.

Première chose, l'épidémie de COVID19 est avec nous pour un certain temps. Maintenir les écoles fermées jusqu'à ce qu'elle soit terminée, donc, n'est pas simplement une histoire d'attendre la rentrée. Il est très probable que nous devrons encore appliquer des mesures de sécurité l'automne prochain.

Deuxième chose, les enfants transmettent peu le COVID19. Vous avez bien lu, le risque n'est pas zéro. Mais il est faible. Le meilleur résumé que j'ai vu est celui qu'Alasdair Munro, un pédiatre britannique, a mis sur Twitter. En résumé, les enfants peuvent attraper le COVID19 et le transmettre, mais nettement moins que les adultes. Nettement moins. Les enfants sont moins de 2% des cas de COVID19 hospitalisés. Quand ils sont malades ils sont plus rarement gravement malades. Et ils sont à la base moins souvent infectés. Par exemple, l'Islande a testé un échantillon pris au hasard de toute sa population, et n'a trouvé aucun cas positif en dessous de l'âge de 10 ans. Une ville italienne a testé 70% de ses habitants et n'a pas non plus retrouvé de cas positifs en dessous de 10 ans. Attention, cela ne veut pas dire qu'aucun enfant ne peut tomber malade. Mais ça veut dire que c'est rare. Les enfants transmettent aussi rarement la maladie. Même en étant en contact proche avec pas mal de monde, les enfants semblent peu transmettre le COVID19. Attention, cela ne veut pas dire qu'ils ne la transmettent jamais. Mais c'est rare. Un résumé des données est disponible ici.

Le risque pour les enfants est donc présent, mais faible. Le risque par les enfants est lui aussi présent, mais faible.

Ensuite, l'éducation est un droit fondamental des enfants. Et l'on est obligé de constater que dans la pratique, beaucoup d'enfants des classes obligatoires sont actuellement sans accès. Bien sûr, il y a l'école à la maison. Mais suivre l'école sur son ordinateur à la maison, cela présuppose toute une série de choses. On doit avoir un ordinateur, une connection internet suffisamment fiable, de l'aide de ses parents. Les parents doivent donc être suffisamment formés, et disponibles. Cela fait beaucoup. Une maman médecin, un papa facteur, et hop un parent ou les deux ne sont pas à la maison. Les parents présents mais dépassés, et hop plus vraiment d'école. Et dans le confinement on peut très très vite devenir dépassé. Certains enfants sont, en pratique, non scolarisés depuis le début du confinement.

Il y a donc un conflit de valeurs. D'une part, oui, protéger la santé des enfants et de leur parents c'est très important. D'autre part pourtant, garantir l'accès à l'éducation c'est aussi très important. On protégerait davantage la santé des enfants en maintenant les écoles fermées. Mais les maintenir fermées jusqu'à la fin de l'épidémie veut dire laisser beaucoup d'enfants sans accès à l'éducation pendant des mois ou des années. Pour ménager autant que possible les deux, il va falloir ouvrir sans attendre la fin de l'épidémie, mais avec des protections. Les écoles et les cantons y travaillent d'arrache-pied ces temps. Ces protections ne seront pas infaillibles. Mais elles permettront de baisser, encore un peu plus, un risque qui est déjà faible au départ. Pour certains, les protections devront être plus marquées: certains enfants sont plus vulnérables, ou surtout vivent avec des personnes plus vulnérables. Certains enseignants sont plus à risque que d'autres. Il faudra des solutions pour permettre l'accès à l'éducation avec des protections accrues dans ces cas. En général, peut-être faudra-t-il des ajustements en cours de route. Peut-être même qu'il faudra parfois refermer, ou refermer davantage. Le risque ne sera pas à zéro, mais il sera faible. Sera-t-il acceptable? La question est difficile. Mais n'accepter qu'un risque zéro voudrait dire sacrifier le droit à l'éducation. Et ça, ça ne semble pas acceptable.

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Isolement des malades atteints de COVID19 - 10 conseils

Petit message médical, une fois n'est pas coutume. J'ai eu un cas de COVID-19 chez moi, et j'ai des amis qui ont des cas de COVID-19 chez eux. Lorsque les symptômes ne sont pas dangereux, ces personnes restent à la maison. Il faut bien sûr consulter, y compris à distance, mais à la fin pas tout le monde a besoin d'être à l'hôpital. Et la Suisse n'a pas de lieux d'isolement attitrés pour les malades moins graves.

Alors comment isoler ces personnes malades, et limiter le risque dans la maisonnée? On n'arrive pas à mettre le risque à zéro, mais il y a un certain nombre de choses que l'on peut faire. Si mes collègues trouvent des erreurs, merci de me les indiquer dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux. Entre-temps il y a aussi de très bonnes instructions de l'Office Fédéral de la Santé Publique ici.

Notons que la survie du virus sur les surfaces est controversée. Les précautions que je vous recommandent partent du principe que l'on peut se contaminer par les surfaces, mais en fait on ne sait pas. C'est donc peut-être trop de prudence. Mais je préfère comme ça.

Alors allons-y:

1) Tout d'abord, ne pas oublier les règles de base. Rester autant que possible à la maison, hygiène des mains pour tout le monde, respecter la distance sociale hors du foyer. On risque d'avoir les yeux tellement rivés sur la personne malade qu'on oublie le reste du monde. Le virus est aussi dehors, on n'oublie pas.

2) Confiner la personne malade dans sa chambre. Cette étape est un peu la "quarantaine de grand-maman". Celle que nos grands-mères appliquaient déjà quand un enfant était malade à la maison. La personne malade est au lit, c'est toujours la même personne qui vient dans sa chambre, on limite les risques.

3) Si possible, réserver des toilettes à l'usage exclusif de la personne malade. Si ce n'est pas possible, désinfecter après chaque passage avec de l'alcool à 70% (la solution pour les mains) ou de l'eau de Javel ménagère diluée. Pour un enfant, il faudra qu'un adulte s'en charge. Pour un adolescent ou un adulte, lui confier cette tâche.

4) Chaque fois qu'on entre dans la chambre de la personne malade, mettre un masque. Pas comme dans l'image, donc. Si on n'a pas de masque professionnel, même un masque fait soi-même. Demander à la personne malade de mettre un masque elle aussi. C'est le port du masque par les deux qui va protéger la personne saine.

5) Mettre un masque quand on sort la vaisselle. Avant d'y aller, vérifier que le lave-vaisselle est prêt ou que l'évier est vide. Laver la vaisselle immédiatement sans laisser personne y toucher.

6) Mettre un masque quand on sort la lessive. Avant d'y aller, vérifier que le lave-linge est libre. Démarrer la lessive immédiatement. Il est inutile de se protéger en sortant le linge mouillé: le savon détruit le virus.

7) Être gentil avec la personne isolée. C'est un triste sort. Cela mérite des appels vidéo, des jeux à distance, du chocolat. Elle doit tenir le coup. Dès qu'elle ira mieux elle va s'ennuyer sec. Peut-être avant.

8) Si elle va moins bien, consulter! Appeler la hotline, ou le 144 si vraiment ça ne va pas. On ne peut pas tout faire à la maison!

9) Quand la personne est guérie, attendre encore deux jours sans symptômes. C'est le délai recommandé par l'Office fédéral de la santé publique, et il est raisonnable. Il changera peut-être car avec une nouvelle maladie forcément les informations arrivent en temps réel. Mais il est réaliste. Sortir la personne, l'amener directement à la salle de bain pour se laver. Elle sera certainement impatiente, surtout si elle n'avait pas de salle de bain pendant l'isolement. Aérer la chambre, désinfecter toutes les surfaces avec de l'alcool à 70%.

10) Comme vous voyez, la personne qui s'occupe de la personne malade a pas mal de choses à faire. C'est en plus du reste. Cela veut dire que quand quelqu'un est malade, il faut refaire une répartition des tâches ménagères pour éviter que la balance ne penche trop. Si ces tâches gravitent vers quelqu'un qui fait déjà plus, ou si le résultat de ces tâches est que quelqu'un en fait plus, alors d'autres vont devoir prendre plus du reste. Pas de blagues, chacun sa part.

Voilà! Et n'oubliez pas: si vous voyez des erreurs signalez-les moi.

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Anne, ma soeur Anne...

A l'heure où l'on parle de déconfinement, on peut avoir l'impression que l'épidémie touche à sa fin. Mais malheureusement, une mauvaise nouvelle s'impose ici. Ce n'est pas le cas.

Le pic que nous avons passé ces derniers temps n'est pas l'histoire naturelle de la maladie. C'est le résultat de nos efforts. A Genève, on a testé les personnes de la population générale pour savoir combien avaient des anticorps contre le SARS-Cov2, le virus qui cause le COVID19. Les premiers résultats: 5.5% de la population a un test positif.  Donc, 94.5% a un test négatif, et aucun signe d'immunité contre la maladie. Si nous les relâchions entièrement, une nouvelle vague serait certaine. L'épidémie de COVID19 est avec nous pour un certain temps.

Combien de temps? Difficile à dire. Il y a trois manières de la voir se terminer. Le virus peut muter et devenir moins dangereux. Cela peut arriver. Mais ce serait un gros coup de chance. On ne peut pas compter dessus. Deuxième scénario, on développe un vaccin efficace. Les échéances sont habituellement de cinq ans pour un nouveau vaccin. Ici, un tas de personnes travaillent d'arrache pied pour trouver un vaccin, et pour raccourcir les délais habituels. On pourrait donc voir arriver quelque chose l'année prochaine déjà. Mais le scénario le plus optimiste est d'environ un an de plus. Troisième scénario, on atteint l'immunité de cohorte. Mais pour faire ça en sécurité, ou relativement en sécurité, on doit le faire lentement. Pourquoi? Parce que le faire vite submerge le système de santé, et qu'un système de santé submergé soigne moins bien les malades. Du coup, la proportion des malades qui décède augmente.

Tant qu'un vaccin se fait attendre, donc, nous devrons poursuivre des mesures "non pharmacologiques", ou sociales, de prévention. Nous allons devoir adapter notre manière d'être dans le monde, pour nous protéger les uns les autres. Et cela peut durer un certain temps. Revenir à "la normale", ce n'est pas pour tout de suite.

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COVID19 - To masque or not to masque?

DIY : comment fabriquer un masque de protection contre le ...

Les masques commencent à apparaître sur la voie publique, plus qu'avant. C'est une des premières questions que nous avions discutées sur Facebook, avant même que l'épidémie n'arrive en Suisse. Est-ce une bonne mesure de protection? On a très envie de dire que oui, et des voix s'élèvent pour demander que l'usage généralisé des masques de protection viennent remplacer les mesures de distance sociale et de confinement actuelles. Mais qu'en est-il? En deux-trois messages essentiels, voilà donc ce que l'on peut dire sur une des questions du moment: devrions-nous tous porter des masques sur la voie publique, ou non?


Sur cette question comme sur bien d'autres, des informations arrivent en temps réel. Merci de compléter dans les commentaires, surtout si vous êtes formé(e) sur ces questions.

Premier élément, il y a beaucoup d'études à l'hôpital, peu en dehors. A l'hôpital les masques protègent bel et bien, et cela donne envie de dire que dehors aussi. Sauf que: hors de l'hôpital le risque est différent, les personnes moins formées à l'utilisation des mesures de protection. A la question "que sait-on sur l'efficacité des masques dans la rue?" On est obligé de répondre qu'on ne sait pas vraiment.   

Que faire quand on ne sait pas? Faire avec ce que l'on sait, du mieux que l'on peut. Et sur la base de ce que l'on sait, le plus probable est malgré tout que oui les masques protègent. Mais pas entièrement. Si l'on se base sur ce que l'on sait ils protègent...un peu. Dans une épidémie où l'on cherche à diminuer le nombre total des cas, un peu c'est en fait déjà très bon à prendre. Mais on ne doit pas confondre cela avec une protection pleine et entière pour soi, à titre individuel.

Donc, les masques seuls ne suffisent pas. Même dans les hôpitaux, où le port du masque est clairement utile et le personnel formé à son usage, pas question de se limiter à porter un masque pour se protéger. On ferme les portes, on garde les distances quand c'est possible, on se lave les mains, tout ça en plus. Il ne s'agit donc jamais de savoir si un masque est suffisant pour se protéger, n'en déplaise à ceux qui voudraient compter sur la distribution de masques pour rouvrir des secteurs entiers de notre économie. La vraie question est: est-ce qu'ajouter un masque est utile. Et là, on dirait bien que oui.

Ensuite, oui, il faut savoir s'en servir. Un masque est placé sur le visage, donc on touche son visage en le mettant en place. Un masque se contamine, donc on se contamine les mains en l'enlevant et ensuite il peut contaminer tout ce qu'il touche. Il faut donc savoir comment l'enlever, et comment le stériliser ou le jeter selon les cas. Cet aspect est une des causes d'hésitation autour de la recommandation de porter le masque pour tout le monde. Mais plutôt que de déplorer le manque de formation de nos concitoyens, mieux vaudrait enseigner le port du masque. On a après tout appris bien des choses: tousser dans son coude, se saluer sans se serrer la main, se laver les mains correctement. Pour démarrer, voici une video. Si vous allez au supermarché, il vaut mieux mettre votre masque à la maison plutôt que devant la porte. Vous serez mieux en mesure de faire juste.

Et finalement, ceux qui prennent des risques pour nous tous doivent avoir la priorité. Quand on demande à des personnes de se mettre en danger pour nous, on acquiert des obligation envers elles. Les professionnels de la santé, qu'ils soient dans les hôpitaux ou en ambulatoire, mais aussi nos caissières, nos facteurs, et toutes les personnes qui doivent en cotoyer beaucoup d'autres pour que l'essentiel fonctionne: elles doivent avoir le matériel professionnel tant que les réserves manquent. Actuellement, la production suisse est prête à augmenter mais les réserves manquent encore.

On l'a dit, il y a les masques altruistes et les masques égoïstes. Les masques chirurgicaux, les plus ordinaires, et les masques Do It Yourself protègent en fait plutôt les autres contre soi-même. Ce sont les masques coque, ou FFP2, qui protègent celui qui les porte. Ceux-là devraient être réservés à ceux qui s'occupent des malades, que ce soit comme professionnels ou comme proches aidants. Mais justement, généralisons l'altruisme! Nos hôpitaux sont bien protégés, mais nos supermarchés nettement moins. Si les clients portaient eux aussi des masques ordinaires, les employés s'en trouveraient mieux. En attendant des stocks plus fournis, les tutoriaux pour les fabriquer soi-même fleurissent ces temps en ligne, du plus sobre réalisé par l'armée américaine, à ceux qui essaient d'être tout de même un peu plus engageants. Bon bricolage!




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Solidarity

De temps en temps je vais traduire un post pour mes collègues anglophones. L'original de celui-ci est ici.
 
This is a French-language blog, but I have many friends and colleagues in the US and the UK right not, and I am thinking of them more than usual. So here is looking at all of you. I will be posting a few things in English, and you can translate the rest if you are interested.

Her shoes were inadequate and it was at the top of the pass that she sprained her ankle. Enough to need support walking down; not enough to call a helicopter. There were three of us with her: we made a makeshift bandage, then two of us supported her and one carried her bag. We rotated. The descent was long, rain started falling, night was coming fast.

We had alerted our fellow travelers in the village. Help started coming together around them. The lady at kiosk volunteered a place to stay for us: her father's house was halfway down the mountain. The owner of the hotel, from whom they expected nothing, took the seats out of his van and picked us up at the bottom of the slope just as darkness was becoming dangerous. He began by giving our injured companion a proper dressing-down: "What are those shoes on that pass? Irresponsible! "Then he put her in the back between cushions he'd prepared and drove us to the restaurant he had kept open for us. " See those men at the table over there? "He continued, "They're the mountain rescue volunteers. They waited and they would have taken risks for you. They should be with their families. Go and apologize to them! ». All the while he smiled, visibly relieved that there had been more fear than harm.

I remember that story with particular pleasure. First, these events followed a week-long philosophical seminar during which there had been intense talk about solidarity. What is it? Is it really a thing? "You Europeans" we were told, "you think you know what it is, but in Korea they have a completely different notion of it." Alright, I guess. But when I announced the hike, I made a joke that I expected them all to have a working understanding of solidarity by Monday morning. Little did I know.

By showing us a slice of solidarity in action, this story illustrated some interesting aspects. First, it's not about kindness. There are no victims or heroes here: instead, there is a community in which something is expected - something different but something - from everyone. The innkeeper yells at the injured woman to point out that she has failed in her duty: to limit her need for the common pool. There's no question of not helping her. When she arrives she should apologize, sure, but leave her without help? Unthinkable! In this story, people name each others' efforts: we are told who does what, what efforts are made by whom. Solidarity, like many of our behaviors, is contagious. We contribute more easily to common efforts if we know that others are doing the same. If we think we are alone, we give up more quickly.

We forget this last point too much. Solidarity is one of those life-forms that wither in the dark. The story that human beings are fundamentally selfish and that solidarity is naïve or imaginary, is very present in our times. We should be concerned about that. This narrative does not reflect reality correctly; here, scientific data are consistent with our everyday observations. People tend to help one another. We see it all around us. When we believe that solidarity is fiction, however, it does tend to become so. In medicine, we see this frequently. Our paediatricians are reluctant to put forward cohort immunity in support of vaccination. Our researchers, in explaining the issues involved in clinical trials, rarely mention the solidarity dimension of participation. We see so many instances of solidarity at the bedside, we rarely tell our tales. And so, step by step, we too encourage the idea that solidarity a naive, somewhat imaginary thing. It's a pity. Our story reflects another reality: solidarity is a concrete, hard-working and demanding thing. It requires everyone to do their part, even the person being helped.

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#Protégeonsnoustous contre le COVID19

« Nos grands-parents ont été appelés à la guerre, nous sommes appelés à rester sur notre canapé » dit une boutade sur internet « Nous pouvons le faire ! ». Mais le pouvons-nous réellement ?

Les conseils que l'on nous donne sont bons: restons chez nous pour freiner l’épidémie et aplatir la courbe. Depuis le 13 mars, ces messages nous sont transmis avec des moyens sans précédent. Seules les personnes dont le travail est indispensable au fonctionnement de nos collectivités et à la lutte contre l’épidémie, et encore seulement si ce travail nécessite de sortir, seules ces personnes devraient être dehors. Les soignants, bien sûr; les employés de la chaînes alimentaire; la voirie; la police; la poste; les services de téléphonie et internet; les plombiers. J'en oublie peut-être, mais pas beaucoup. Des moyens financiers eux aussi sans précédent ont été mis en œuvre pour permettre cet effort collectif. L’idée générale est belle: plutôt que d'ordonner un confinement complet avec couvre-feu et contrôle policier, comme l’on fait certains de nos voisins, en Suisse on cherche à responsabiliser les personnes et à nous donner les moyens de suivre les consignes librement. Après tout, ces consignes sont là pour nous protéger et nous voulons nous protéger, non?

Sauf que l'on voit bien que même si la majorité suit remarquablement bien tout ça, on ne le suit pas tous. Du coup, le réseaux sociaux sont plein de condamnation des irresponsables qui sortent quand même, et de pétitions pour demander un confinement plus stricte. On a l'impression de se trouver dans une de ces situation où la question est de doser la liberté contre la contrainte.

C'est une erreur. Ou en tout cas c'est une description très partielle de la réalité. Si l'on veut que les personnes se confinent, que les malades s'isolent, que les contacts se mettent en quarantaine, alors il faut enlever tous les obstacles à cela. De quoi avons-nous besoin pour cela? Essentiellement de deux choses:
  1. Tous les contacts avec le système de santé pour coronavirus ou suspicion de coronavirus doivent être gratuits, et on doit le faire savoir à tous.
  2. Tous les arrêts de travail pour maladie ou maladie d'un proche doivent être supportables pour le budget du ménage. Même chose pour les arrêts de travail pour garde des enfants ou aide à des personnes vulnérables afin qu'elles puissent rester chez elles. L'isolement et la quarantaine doivent être financièrement accessibles. Personne ne doit être en faillite pour avoir suivi les consignes de la Confédération.
Sous cet angle, nous sommes loin du compte. Les salariés sont protégés, mais les indépendants nettement moins. Les patrons de PME, mais aussi les chauffeurs de taxi et les femmes de ménage, beaucoup de gens sont coïncés entre le risque de transmettre l'épidémie et celui de perdre son revenu et son logement.
Oui, les délais ont été prolongés. Mais c'est reporter le problème. 
En contrepartie à l'effort du confinement, il serait juste de suspendre les loyers privés et commerciaux des indépendants, ainsi que les intérêts sur les dettes. 
Dans nos sociétés complexes, il serait simplement prudent de mettre sur pied un moyen de signalement facile des barrières financières à la quarantaine pour identifier les cas qui sont sous le radar.

Pendant une épidémie, personne ne devrait être contraints à sortir pour des raisons de survie financière. Il y a des manières plus ou moins justes de confiner une population: compenser le fardeau que chacun endosse pour le bien commun fait partie de cela. Mais en plus, sans compensation le confinement volontaire devient illusoire.

Et c'est finalement là que les appels à un confinement plus strict prennent leur sens. Ce n'est en fait pas uniquement une question de tension entre la liberté et la contrainte. Un ordre des autorités de fermer des activités économiques, c'est aussi une protection pour les personnes qui travaillent dans cette branche. Elle peuvent se confiner, s'isoler, se mettre en quarantaine, en sachant qu'elles seront financièrement protégées. Notre situation mi-figue mi-raisin laisse trop de nos concitoyens sur le carreau, et cette situation augmente notre risque à tous.

Les épidémies sont toujours des moments de vérité. En exigeant de nous le meilleur de nous-mêmes, elles montrent où nous en sommes capables, mais montrent aussi où se trouvent nos failles. Le bon côté, c'est que dans un pays riche les épidémies nous permettent de corriger ces failles. Le mauvais, c'est que c'est souvent justement par ces failles que passent les épidémies.

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COVID19 - solidarité et protection de la vie

La Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine a publié un communiqué de presse sur le COVID19. Vous pouvez le délécharger ici. Elle rappelle que "Dans une situation de pandémie, la protection de la vie, la justice, la liberté, la responsabilité et la solidarité sont aussi à placer au centre de toute appréciation éthique." et "lance un appel urgent à la population suisse pour qu’elle respecte les mesures ordonnées".

Elle rappelle aussi cela: "La CNE est impressionné par les services sans précédents fournis quotidiennement par tous les professionnels de la santé et des soins, ainsi que par de nombreux autres professionnels, p.ex., de la vente de produits alimentaires, du nettoyage, du journalisme et de l’armée. Ils travaillent tous dans des conditions très difficiles et sont obligés à se préparer à des défis inédits qui pourraient survenir dans les semaines à venir. En outre, ces groupes de la population courent un risque accru de s’infecter pendant leurs activités. Il convient d’autant plus d’exprimer la plus grande reconnaissance à tous ceux qui travaillent dans ces secteurs et de les remercier de leur travail au profit de l'ensemble de la population. La CNE estime que cette reconnaissance doit inclure la volonté sociale et, en particulier, politique de tenir davantage compte, une fois la pandémie terminée, de l’importance systémique des professions de santé et du travail du care. Cela concerne notamment les conditions de travail et les ressources des professions et institutions concernées"

Il y a quelque chose de fondamental qui se joue ici. Pour faire face à une menace grave, notre société doit limiter les activités à l'essentiel. C'est quoi, l'essentiel? Les réponses varient. Mais une chose est certaine: quand notre vie est dans la balance avec celle de notre famille et de nos concitoyens, ce que nous considérons comme essentiel n'est plus la même chose qu'avant. Après l'épidémie, effectivement, rappelons-nous en.


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Les épidémies menacent nos liens


J'ai mis cette vidéo sur Twitter en réponse au challenge #Voicicommentnousprotéger. Nous protéger, c'est rester chez nous, c'est nous laver les mains, c'est limiter les contacts autant que possibe, oui. Mais ce n'est pas que cela. Ce n'est pas seulement protéger nos personnes physiques. C'est aussi protéger nos liens, nos collectivités, nos identité. Les épidémies, en menaçant nos corps et en profitant de nos liens pour se propager, menacent aussi tout cela.

Je vous remet cette vidéo ici car chaque jour qui passe montre à quel point cet enjeu est réel. En sortant faire mes courses, je croise des regards. Certains sont fuyants, angoissés. D'autres sont doux, compatissants. Et certains sont méfiants.

Cette angoisse des autres est souvent une erreur: quand on a pris les mesures pour se protéger, qu'on reste à distance, qu'on se lave les mains, qu'on limite les contacts, alors on a le droit de se sentir rassurés. En tout cas, lancer un regard noir à la personne qui vous passe à bonne distance dans la rue n'est pas une mesure de protection supplémentaire.

Cette angoisse est aussi toxique. Nous avons besoin les uns des autres. Matériellement, comme nous le prouvent quotidiennement les personnes qui remplissent inlassablement les rayons de nos magasin et ceux qui soignent les malades, mais aussi mentalement. Se sentir exclu par nos semblables est une souffrance spécifique; c'est mauvais pour notre moral, pour notre santé, cela abrège probablement même notre espérance de vie.

Dans cette période où nous devons respecter la distance physique, nous devons protéger d’autant plus la proximité sociale. A deux mètres de distance ou par vidéo, nous allons continuer d’avoir besoin les uns des autres. C’est finalement ensemble que nous allons traverser ces événements. Ce sont nos organisations collectives qui vont montrer ce qu’elles savent faire de mieux, et où sont leurs failles. C’est par nos actes quotidiens que nous allons infléchir l’avenir de la maladie. En ne nous serrant pas la main, donc, continuons à nous sourire. Après l’épidémie, nous allons encore vivre ensemble. Et après l'épidémie, nous nous rappellerons comment nous nous serons comportés pendant qu’elle était là.

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#Restezchezvous pour combattre le Coronavirus

 Image result for restez chez vous

Vous êtes nombreux à me poser toutes sortes de questions sur le COVID-19. Comme la réponse nécessite parfois plus de place que sur Twitter ou Facebook, je réactive ce blog pour y répondre au fil de cette période étrange que nous vivons. Si vous avez du mal à écrire des commentaires ici, vous pouvez aussi envoyer des commentaires sur Twitter par exemple.

Pour commencer, je remet pour ceux qui ne l'auraient pas vu la soirée spéciale de la RTS, qui vous donnera déjà toute une série d'informations. Vous la trouverez en cliquant ici.  

La chose la plus importante à dire pour le moment est:  

Restez chez vous. Et dites aux gens autour de vous de rester chez eux. Les jeunes, les moins jeunes, tous. Il y a encore beaucoup de trop de personnes dans les rues, elles sont encore beaucoup trop imprudentes.

Si vous êtes jeune, vous vous dites peut-être que vous n'êtes pas à risque. C'est faux. D'abord, vous êtes à risque de transmettre le virus autour de vous. Parmi les gens que vous aimez, certains sont très probablement à risque. On devient contagieux avant de se rendre compte qu'on est malade. Ne vous dites pas que le moment venu vous les éviterez: ce ne sera pas entièrement possible.

Ensuite, vous êtes à risque vous-même, plus que vous ne le pensez. Entre 10 et 40 ans, la mortalité est estimée à 0.2%. On dirait que c'est peu, ça, mais qu'est-ce que ça veut dire au juste? Sur 1000 personnes de votre âge qui tomberont malade, quatre vont mourir. En Suisse, environ 10% de la population a entre 11 et 20 ans, et 13% entre 21 et 30 ans. Au total, cela nous fait un peu plus de 2 millions de personnes dans ces tranches d'âge. Mettons que seulement 20% d'entre eux tombent malade. Cela pourrait facilement être plus plus. Cette estimation est basée sur le Diamond Princess, le bateau de croisière qui est resté en quarantaine au large du Japon, et où il y a avait quand même des mesures de prévention. Mais disons 20%. A peu près 400'000 jeunes qui tombent malades, avec une mortalité de 0.2%, c'est tout de même 800 morts. Rien que dans cette tranche d’âge. Si le nombre de personnes atteintes frise les 60-70%, comme certains modèles le prédisent, ce sera plus de 2500 mort. Parmi des gens comme vous. Effroyable? C'est justement pour cela que nous devons tout faire pour limiter le nombre de personnes qui vont s'infecter.

Même si vous êtes jeune, donc, restez chez vous. Ce n'est pas la fin du monde. On voit tourner en ligne ce message depuis quelques temps:


Tes grands-parents ont été mobilisés pour partir à la guerre, 
Toi tu es mobilisé pour rester sur ton canapé
Tu peux le faire!

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Malades et toujours citoyens

C'est le moment de mon billet dans la Revue Médicale Suisse. Cette fois, j'ai un peu changé de sujet après une conversation avec un collègue oncologue. On ne mesure pas encore tout à fait la portée des progrès médicaux face au cancer, mais ils ont été impressionnants ces dernières années. Le résultat: de plus en plus de patients vivent avec un cancer qui, sans être guéri, commence à ressembler de plus en plus à une maladie chronique. C'est magnifique, et en même temps cela laisse ces personnes dans une situation qui ne l'est pas toujours. Évidemment, cela touche aussi d'autres maladies. Voilà un chapitre où il faudrait que nous fassions mieux. Le lien se trouve ici.
 
"L’année de ma naissance, le philosophe américain John Rawls a énuméré ce qu’il appelait les biens primaires. Ces biens dont tout le monde a besoin. Certains sont naturels : parmi eux la santé bien sûr, mais aussi l’imagination ou l’intelligence. D’autres sont sociaux. Ils comprennent les libertés et les droits fondamentaux, la liberté de mouvement et le libre choix parmi un nombre large d’occupations, l’accès aux positions de pouvoir et de responsabilité, le revenu et la fortune, et celui qui d’après lui est le plus important de tous : les bases sociales du respect de soi. Il veut parler ici de la reconnaissance des citoyens par les institutions, qui sous-tend notre sens de notre propre valeur et la confiance de mettre nos projets à exécution. Selon lui, tous les citoyens ont un intérêt à obtenir plus de ces biens primaires. C’est la tâche d’une société d’évaluer à quel point ils y parviennent. C’est la manière dont ces biens sont distribués qui est la mesure d’un système politique.

Nous le savons tous, certaines maladies représentent ici une double atteinte. En plus d’ôter la santé, la maladie et surtout la chronicité rognent également les bases sociales du respect de soi. Quand la maladie est aiguë, c’est une parenthèse. On l’ouvre le temps de guérir, puis on la referme. Lorsqu’elle est chronique, c’est le restant de la vie qui peut glisser dans une sorte de citoyenneté de seconde zone.

Cela passe parfois par le regard de nos semblables. L’essayiste anglais Christopher Hitchens, mort récemment d’un cancer de l’œsophage, déplorait l’absence d’un guide de bonnes manières qui aurait régi les rapports entre les « habitants de la ville de la santé » et ceux de la maladie. Il y aurait mis des conseils comme n’adopter ni euphémismes ni déni avec les membres sa famille et de se rappeler avec les autres que « Comment ça va ? Ne vous met pas sous serment de donner une réponse complète ou honnête. » Il aurait aussi demandé aux personnes bien portantes de ne raconter qu’ « avec retenue » tout témoignage qui aurait concerné une maladie différente. On pourrait aussi ajouter, ne demandez pas à la personne malade de vous consoler, vous, de la peine que son mal vous cause. Les patients nous racontent certaines de ces maladresses. Ils nous racontent aussi comment certains de leurs amis disparaissent tout bonnement, faute de savoir comment éviter de les commettre. Le monde serait un tout petit peu meilleur s’il y avait au rayon des cartes de vœux une image un peu débile flanquée de l’inscription « je ne sais pas quoi dire mais je pense à toi » (et il y a d'autres exemples ici). 

Cette atteinte passe cependant aussi par nos institutions. La maladie chronique limite la liberté de mouvement à ce qui est compatible avec l’accès au traitement. Le choix des occupations se fait humble. L’accès aux positions de pouvoir et de responsabilité ? Seulement dans des cas exceptionnels. Les bases sociales du respect de soi, quant à elles, devront faire façon de cette situation où les exigences du travail sont au mieux difficile à remplir, alors que nous continuons de le considérer comme le socle de notre identité. A chaque tournant, nos arrangements signalent qu’ils n’ont pas été pensés pour ces personnes. Le rôle qui leur est assigné, combattre la maladie et la vaincre, dévalorise ceux qui n’y parviennent pas entièrement et insulte les morts. A mesure que le cancer, mais aussi les maladies cardiaques et toute une série d’autres infirmités se soignent mieux, à mesure que se floute la distinction entre maladie et handicap, comment allons-nous intégrer ces concitoyens comme binationaux, détenteurs d’un passeport de la maladie en plus de leurs papiers ordinaires? La tâche est urgente et nécessairement politique ; reste à trouver qui s’en saisira…"

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Le secret comme protection pour tout le monde

On reparle du secret professionnel, et voilà que c'est à nouveau l'heure de mon billet dans la Revue Médicale Suisse. Je vous le met ci-dessous. Je vous encourage aussi à signer l'initiative de l'Association des Médecins de Genève, que vous trouverez ici.

Et comme d'habitude, le texte et le lien:

La loi sur le secret médical vis-à-vis des détenus, adoptée de justesse par le parlement genevois le 4 février dernier, est une lecture poignante. On y lit entre les lignes la difficulté, la vraie difficulté, à laquelle se sont heurtés nos législateurs. Pour éviter le risque de tragédies futures, ils ont voulu mettre la thérapie des détenus sur écoute, la rendre entièrement accessible à la sécurité. En même temps, ils ont compris que cette démarche était vouée à l’échec, que transformer les médecins en informateurs allait les empêcher de soigner les malades en prison. Que, paradoxe ultime, les mesures thérapeutiques ordonnées par les tribunaux pour les personnes jugées dangereuses perdraient ainsi leur efficacité. Ils ont tenté de mettre des protections, d’éviter la tension, de naviguer entre deux.

A première vue, le compromis peut même avoir l’air assez réussi. Il reflète certainement les pratiques de nos collègues qui travaillent en prison. Il y est prévu qu’en cas d’état de nécessité, les professionnels « informent sans délai » les autorités « de tout fait dont ils ont connaissance et qui serait de nature à faire craindre pour la sécurité de la personne détenue, celle de l’établissement, du personnel, des intervenants et des codétenus ou celle de la collectivité, pour autant que le danger soit imminent et impossible à détourner autrement d’une part, et que les intérêts sauvegardés par une telle information l’emportent sur l’intérêt au maintien du secret professionnel d’autre part ». Qui, devant de tels faits, n’avertirait pas les autorités ? Bien sûr que nos collègues le font. Mais pour voir le problème, il faut comme toujours s’imaginer une loi appliquée dans la réalité. En cas de litige, qui va juger si, effectivement, un fait était « de nature à faire craindre » ? Cela peut après tout recouvrir toutes sortes de choses. Une menace crédible en sera certainement une. Une menace moins crédible ? Pas si clair. Un geste esquissé ? Peut-être. Un regard ? Parfois. Après coup, il sera pourtant trop facile de reprocher à un médecin d’avoir considéré qu’un fait n’était pas pertinent. L’obligation d’informer, avec le risque de sanctions qu’elle comporte, transforme les médecins en fusible. Si nos confrères veulent se protéger contre des reproches futurs, ils n’auront pas d’autre choix que de raconter…plus ou moins tout.

C’est précisément ce que l’on voulait éviter. On avait dans le temps décrit le secret comme un obstacle à la protection de victimes futures, mais en fait il lui est indispensable. Lorsqu’ils ordonnent des mesures thérapeutiques, les tribunaux savent qu’elles sont nécessaires pour limiter la dangerosité future. En soumettant les médecins à une obligation d’informer, on aura sacrifié l’efficacité de la thérapie sans finalement apprendre davantage sur les détenus puisqu’ils cacheront désormais aux médecins ce qu’ils auraient auparavant caché aux autorités.

L’initiative de l’AMG met ici le doigt exactement là où ça fait mal. Prescrire des mesures thérapeutiques sans confidentialité revient à envoyer un chirurgien au bloc en lui interdisant le bistouri. L’initiative transforme donc l’obligation d’informer en droit d’informer, rendant ainsi ses outils à la médecine carcérale. Demander à tout médecin de répondre aux requêtes des autorités, c’est exiger une tâche hautement spécialisée sans formation préalable. L’initiative remplace cette requête par une demande d’expertise en bonne et due forme. Je vous le disais, la loi est une lecture poignante. « Vous avez la solution » semble nous dire le législateur « faites votre travail et protégez-nous contre tout risque futur». Les médecins répondent ici calmement que bien faire notre travail, assurer notre part de protection, exigera une loi légèrement différente. Un bel exemple de professionnalisme. Espérons que la population suivra.

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La SSEB, vous connaissez?

La SSEB, c'est la Société Suisse d'Ethique Biomédicale. Je devrais vous en parler plus souvent. En fait, si les sujets dont parle ce blog vous intéressent, vous devriez devenir membre de la Société Suisse d'Ethique Biomédicale. On y parle des mêmes sujets. Et ce n'est pas une société exclusive d'éthiciens. Ses membres font toutes sortes de choses dans la vie: notre seul point commun est d'être intéressés par les enjeux éthiques de la médecine et des sciences de la vie.

En ce moment, je vous écris depuis le très joli couvent de Bigorio, au Tessin, où nous avons une fois par année une réunion où ceux qui font de la recherche la présentent. Une collègue infirmière nous raconte les résultat d'une étude qu'elle a réalisée en EMS sur la manière dont les professionnels composent avec la nécessité, et la difficulté souvent, de respecter les volontés des résidents sur les soins médicaux. C'est nuancé, intéressant, cela intriguerait certainement pas mal de gens parmi vous.  Notre prochain événement va être un symposium en avril sur la consultation d'éthique clinique. Nous publions quatre fois par année la revue Bioethica Forum, dont l'abonnement est inclus pour les membres de la SSEB. Certains d'entre vous y ont d'ailleurs écrit. Si vous allez regarder le site, vous verrez que les numéros sont en accès libre après quelques temps. C'est la Suisse, on est polyglottes, mais cela veut aussi dire que vous trouverez des choses en français. Allez y faire un tour: je pense que ça va vous intéresser...

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La médecine comme outil

Je voyage, je voyage, et j'en oublie de bloguer. Me voici de retour. Entre temps, on m'a demandé un billet pour le Bulletin des Médecins Suisses sur la médicalisation. Alors je vous met un extrait et le lien, comme d'habitude derrière le texte:

"Les facteurs qui poussent vers la médicalisation sont nombreux. On répond à la souffrance humaine, avec les moyens à notre disposition. Même lorsqu’ils ne sont pas adaptés, il reste difficile de ne rien faire. Les intérêts de presque tous convergent vers ‘plus de médecine’. Prescrire davantage, intervenir davantage, c’est souvent gagner davantage d’argent, pour les fabricants vendre plus de médicaments, pour les patients obtenir une réponse humaine à leur souffrance. Nos sociétés ont appris à attendre beaucoup de la médecine. Nous avons en fait même déjà résolu, ou du moins amélioré, de vrais problèmes sociaux. Les épidémies sont devenues rares et sont moins létales. Il est devenu extraordinairement rare de perdre sa mère lors d’un accouchement. On a confiance en la médecine, et on lui en demande davantage. Parfois trop, mais en tout cas les mécanismes de la médicalisation sont durables et rencontrent peu de résistance."

La médecine comme outil, en théorie c'est sans doute une évidence. En pratique: là est toute la question. Un sujet, peut-être, difficile à commenter. Mais dites-nous ce que vous en pensez....

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Assistance au suicide: les paradoxes du 'modèle suisse'

C'était il y a quelques temps le moment de mon billet dans la Revue Médicale Suisse. Comme d'habitude, je vous mets un extrait et le lien. Dites-nous ce que vous en pensez...

Au printemps dernier, EXIT a fait les gros titres de la presse nationale en changeant ses critères pour accepter d’assister le suicide de personnes atteintes de «polypathologies du grand âge». Il n’y a bien sûr pas de statistiques si rapidement, mais à en croire les collègues qui reçoivent ces demandes il semble qu’il y ait eu depuis lors une augmentation du nombre de ces situations. Il semble aussi que cela mette ces collègues devant des problèmes difficiles.Je veux bien le croire. Face à une demande d’assistance au suicide, les cas dit «ordinaires» sont déjà délicats. Imaginez une personne atteinte d’une maladie terminale, d’un mal physique. Si cette personne vient à demander une assistance au suicide, nous serons sans doute d’accord qu’il faut commencer par discuter avec elle des alternatives qui pourraient lui rendre la vie plus supportable. La médecine, et plus spécifiquement les soins palliatifs, sont ici conviés comme tout naturellement. Avec une alternative décente, souvent (pas toujours mais souvent), on préfère en fait vivre.

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Mes collègues: sponsoring pharmaceutique de la formation continue

Arnaud Perrier a écrit un très bel éditorial dans la Revue Médicale Suisse. Comme d'habitude, un extrait et le lien (derrière le texte):

«La vertu a cela d’heureux qu’elle se suffit à elle-même»Jean de la Bruyère/ Tiré de La Condition humaine.La formation continue des médecins constitue aujourd’hui un enjeu considérable. Or, force est de constater que, malgré le travail de clarification remarquable fait pas l’Académie des sciences médicales (ASSM) au sujet du partenariat toujours délicat entre les médecins et l’industrie pharmaceutique[*], elle continue à être fortement influencée par les pharma. Quelques chiffres pour illustrer l’importance du phénomène. Le marché du médicament pèse annuellement environ 450 milliards de francs suisses (chiffre d’affaires 2012). Selon la plupart des estimations, 25-30% de ce chiffre d’affaires sont consacrés au marketing, soit en gros le double des sommes investies dans la recherche et le développement. Qu’est-ce qui justifie ces investissements colossaux ? Cela se résume en une phrase : There is no such thing as a free lunch.1 Toutes les études le montrent : le sponsoring de la formation continue par l’industrie influence le comportement de prescription du médecin.

Revenez après nous dire ce que vous en pensez dans les commentaires...

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La circulaire sur les 'mauvais payeurs'

Lorsque je travaillais aux Etats-Unis, les services d'urgence n'étaient tenus que de traiter les cas urgents lorsque les patients n'avaient pas d'assurance maladie. En Suisse, nous sommes censés avoir réglé cela. La LAMal est fondée sur le principe de solidarité, l'assurance maladie est obligatoire, chacun doit avoir accès aux soins.

Sauf que, on l'a vu cette semaine, notre excellent système a parfois des failles. Ici, la circulaire informant les médecins de leur droit à ne pas soigner les 'mauvais payeurs': ceux qui ne s'acquittent pas dans les temps de leurs primes d'assurance maladie.

Elle est problématique a plus d'un titre, cette circulaire. Les auteurs l'on d'ailleurs vu puisqu'ils tentent maintenant de corriger le tir en niant l'instruction de ne pas soigner ces patients. Voici leur texte:

"Selon les médias, dans sa lettre d'information d'août 2014, SASIS SA demande aux médecins, au nom des assureurs-maladie, de refuser les patients qui figurent sur les listes cantonales selon l'art. 64a LAMal. 
Cette interprétation des médias ne correspond pas aux faits. Sur mandat des cantons, SASIS SA met à disposition des fournisseurs de prestations médicales une solution technique pratique pour consulter les listes cantonales des mauvais payeurs (LMP). Depuis l'année dernière, plusieurs cantons (SH, GR, TI, ZG, AG, SO, LU et SG) participent à cette solution informatique liée à l'art. 64a LAMal, laquelle a été initiée par la communauté d'intérêts LPM des cantons. Cette dernière a chargé SASIS SA de signaler l'existence de cette solution technique aux fournisseurs de prestations médicales car les mauvais payeurs peuvent également bénéficier de prestations médicales hors canton. Nous tenons à préciser que santésuisse n'est pas à l'origine de cette information."

Cette clarification est bienvenue, évidemment, mais le texte original disait tout de même que: "Les personnes figurant sur la liste des assurés en défaut de paiement peuvent uniquement bénéficier de traitements d'urgence"

Cela ressemble quand même à s'y méprendre à une instruction de ne pas soigner hors de l'urgence, ça.

Alors oui, c'est problématique à plus d'un titre. Le premier problème est bien sûr la confusion entre couverture d'assurance et soins de santé. Dans certains cantons, les assureurs peuvent ne plus rembourser les factures médicales des patients fichés. Mais ils ne peuvent évidemment pas demander qu'ils ne soient plus soignés.

Ensuite, de deux choses l'une: soit un 'mauvais payeur' est en difficulté financière réelle, soit il resquille. Dans le premier cas, notre système est censé prévoir des mécanisme pour l'aider. Dans ce cas, donc, c'est donc d'abord le canton dont dépendent les subsides de primes qui serait un 'mauvais payeur'. Dans le second cas, la personne qui choisirait de ne pas payer ses primes alors qu'elle en a les moyens mériterait certes des sanctions. Mais quelles sanctions? Refuser le remboursement des prestations punit le prestataire davantage que l'assuré, et ça c'est aussi un problème.

Refuser le remboursement implique bien sûr une pression sur les prestataires, qui pourront avoir davantage tendance à refuser les soins. Ils en ont techniquement le droit en dehors de l'urgence, car un médecin en pratique privée peut choisir qui il accepte de soigner. La déontologie médicale requiert cependant que tout patient soit soigné indépendamment de ses moyens financiers, un principe inscrit dans le code de la FMH. S'abstenir dans ces cas est donc également problématique.

Finalement, qu'en est-il de la protection des données? On considère en Suisse comme 'sensibles' les données sur "les poursuites et sanctions pénales et administratives". La diffusion de cette liste
est autorisée par la LAMal. Mais c'est problématique. En effet, quel but remplit cette autorisation? Si les médecins, qui après tout n'ont pas pour tâche de faire payer les primes, ne doivent pas non plus limiter les soins aux mauvais payeurs, le seul but semblerait être de les avertir qu'ils risquent le non remboursement. Il s'agirait donc de la divulgation d'une information sensible, dans le but d'avertir des soignants qui n'ont rien fait de mal qu'ils risquent de subir les conséquences des manquements d'autrui.

Je vous le disais, problématique à plus d'un titre...

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Billet d'invité: le Québec légifère sur l’aide à mourir

Un grand merci à Alex Mauron, qui nous fait cette fois un billet d'invité sur la nouvelle loi adoptée sur la fin de vie au Québec, qui soulève effectivement des enjeux intéressants. Je lui passe tout de suite figurativement la parole:


Après plus de quatre ans de travaux, l’Assemblée nationale du Québec a adopté un nouveau projet de loi légalisant l’aide médicale à mourir. Celle-ci est définie comme « un soin consistant en l’administration de médicaments par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès ». Une telle assistance pourra être obtenue par une personne atteinte d’une maladie incurable lui causant des souffrances insupportables. La demande, faite en connaissance de cause et en pleine conscience par une personne obligatoirement résidente du Québec, devra être avalisée par deux médecins. La nouvelle législation pourra se prévaloir d’une majorité massive puisqu’elle a été adoptée par 94 voix contre 22. Il est vrai que ce consensus politique sera d’autant plus nécessaire qu’une contestation de la loi au niveau fédéral est, selon les mots du premier ministre Philippe Couillard, « possible et probable ». Même si la loi inscrit l’aide à mourir dans le prolongement des soins en fin de vie et en particulier des soins palliatifs, la collision est inévitable avec le Code criminel du Canada. Car celui-ci condamne sévèrement l’euthanasie et l’assistance au suicide et les milieux conservateurs pro-vie ne manqueront pas d’attaquer la loi devant les tribunaux.

On sait que le Québec est juridiquement hybride puisque sa législation relève à la fois de la tradition anglo-saxonne, qui imprègne le droit fédéral canadien y compris le droit pénal, et de la tradition civiliste, dont relève le droit privé. Or la nouvelle loi réactive cette tension car elle met en lumière une divergence fondamentale entre la tradition du Common Law anglo-saxon et du droit européen continental en matière de mort volontaire. Dans le sillage de la révolution française et de l’esprit des Lumières, les Etats européens ont décriminalisé le suicide dès le 19e siècle. A l’inverse, l’Angleterre et ses colonies ont conservé très longtemps la notion d’Ancien Régime qui faisait de la mort volontaire une transgression criminelle de l’ordre politique et religieux. Le droit pénal canadien est encore marqué par cet héritage puisque ce n’est qu’en 1972 que le Code criminel du Canada a abrogé la pénalisation du suicide. L’assistance au suicide reste passible d’une peine maximale de quatorze ans de réclusion (art. 241). L’euthanasie est considérée comme un meurtre au premier ou au second degré et le code précise explicitement que le consentement d’une personne à se voir donner la mort est irrecevable. Certes, la contestation de de ces dispositions pénales archaïques n’est pas l’apanage du Québec et certaines affaires d’aide à mourir dans les autres provinces attestent de l’évolution des esprits dans un sens plus ouvert au droit des personnes à décider de leur mort. Cependant, comme le montre une décision récente d’une Cour d’appel cassant une décision libérale prise par un tribunal de Colombie britannique, le législateur fédéral semble bel et bien inflexible à ce sujet.

 En Suisse, l’assistance au suicide est permise lorsqu’elle relève d’un motif altruiste. L’euthanasie active directe reste sanctionnée mais au titre de l’homicide sur demande de la victime (art.114, Code pénal suisse), un délit bien moins grave que le meurtre. Est-ce à dire que nous n’avons rien à apprendre des progrès des législations libérales à travers le monde ? Au contraire, les controverses suisses récentes, comme celles liées aux critères d’accès à l’assistance au suicide adoptés par Exit et évoquées dans ce blog ou encore l’arrêt Gross de la Cour européenne des droits de l’homme, montrent que le flou législatif continue d’être un problème dans notre pays. Une législation positive, qui spécifie explicitement les conditions auxquelles l’assistance au suicide est acceptable et précise les droits et les devoirs de chaque personne impliquée dans l’aide à mourir est nécessaire. Elle devrait permettre d’assurer à tous, aux personnes en fin de vie comme aux professionnels de la santé, la sécurité juridique à laquelle ils ont droit.

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Ils nous embêtent, EXIT...

L'assistance au suicide revient dans les media avec les changements de statut d'EXIT. Désormais, l'association allémanique veut s'engager politiquement pour rendre possible l'assistance au suicide sur demande d'une personne âgée sans un avis médical certifiant qu'elle souffre d'une maladie. La branche romande avait en fait précédé la branche allémanique il y a quelques mois, en modifiant ses conditions qui admettent désormais (corrigez-moi si je me trompe ici) que l'assistance au suicide soit possible chez les personnes atteintes de "polypathologies invalidantes liées à l'âge".

C'est une question importante et difficile qui s'ouvre ici. Je suis intervenue à la RSR hier matin, mais comme souvent on songe après-coup à des choses plus importantes qu'il aurait fallu dire.

Tout d'abord, il faut en fait comprendre que ce sont des choses assez différentes qui se jouent des deux côtés de la Sarine. EXIT Suisse allémanique prévoit d'étendre ses activités militantes, EXIT Suisse romande a étendu ses indications pour considérer l'assistance au suicide comme acceptable. Sa pratique, donc. EXIT Suisse allémanique veut étendre la discussion à la possibilité pour une personne non malade, mais souffrant 'des infirmités de l'âge', ou qui considérerait que sa biographie s'achève, d'obtenir une assistance au suicide. On est dans le cas de figure de la 'fatigue de vivre'. EXIT Suisse romande continue de demander la présence de pathologies, même s'il ne sera plus nécessaire qu'une d'entre elles soit seule en cause dans la souffrance qui motive la demande de mourir. On est dans le cas de figure de la 'fatigue de souffrir'.

Mais c'est vrai qu'il y a un point commun: on repousse les limites de l'assistance au suicide. Pas les limites légales, car tout ce qui est proposé ici est légal en Suisse. Les limites de la pratique, cependant, bougent ici de manière nette. Et c'est ici qu'est l'enjeu le plus important. Pour mieux le comprendre, un petit exercice d'imagination. Commencez par songer à une personne atteinte d'une maladie terminale, qui souffre d'un mal physique: tous s'accordent à dire que si c'est cela qui motive la demande d'assistance au suicide, alors il faut d'abord songer à des alternatives pouvant rendre la vie plus supportable. Ici, c'est la médecine et souvent plus spécifiquement les soins palliatifs qui sont conviés. On se dit que devant la souffrance due à une maladie, la médecine doit disposer d'alternatives à offrir aux personnes atteintes. Et la médecine offre effectivement des alternatives, qui effectivement sont acceptables pour un grand nombre de personnes et souvent vont faire disparaitre la demande d'aide pour mourir. Elles ne marchent pas toujours, elles ne sont pas acceptables pour tout le monde, mais cela ne les empêche pas d'être des alternatives sérieuses, efficaces, et préférées par un grand nombre de personnes. Il est heureux qu'elles existent, et nous devons continuer d'en encourager le développement. Dans ces cas de maladie, la réponse à la souffrance est ainsi en quelques sortes déléguée à la médecine.

Maintenant, imaginez une autre personne, chez laquelle la souffrance n'est pas due une seule maladie identifiable. Imaginez une personne très âgée, qui perd progressivement la vue et l'ouïe et dont les atteintes articulaires limitent de plus en plus sa capacité à sortir de chez elle. Elle est de plus en plus solitaire. Les enfants adultes, ça déménage si loin ces temps. Leur père est mort il y a des années. Ses amis, elle en a perdu un nombre impressionnant ces derniers années, comme cela arrive de plus en plus souvent quand on atteint son âge. Les autres sont souvent comme elle: limités, il leur est difficile de venir la voir ou même de lui parler au téléphone. Elle demande une assistance au suicide car, prises toutes ensemble, ses souffrances lui paraissent insupportables. D'autres dans sa situation n'y songent pas, ou se font une raison, mais elle, non, elle ne veut pas. 


Que va-t-on faire? Accepter? La renvoyer? Chercher des alternatives? Mais ici, les souffrances dont il s'agit, qui va être en mesure de tenter d'y pallier autrement? Certainement pas la médecine à elle seule. Ici, donc, point de possibilité de déléguer ça. Mais alors qui? Ou plutôt: qui sinon nous tous? Face à l'élargissement des critères d'EXIT, certains s'indignent et évoquent le risque que des personnes âgées se sentent 'poussées vers la sortie' par le sentiment d'inutilité qui parfois les envahit. Il y a une part importante de vrai là dedans: les personnes qui vivent une situation comme celle que je vous décris ici se sentent souvent véritablement inutiles, détachés de tout lien, et peuvent vouloir mourir pour cette raison. Oui, on comprend qu'ici on s'indigne. Mais on s'indigne contre quoi, exactement? Evidemment, si ce que nous pouvons faire de mieux pour nos aînés lorsque leur fonctionnement devient très limité est de les laisser sans amis, sans famille, et sans rien qui leur semble suffisant pour se lever le matin, alors il y a véritablement un problème. Mais le problème est-il alors vraiment de les autoriser à choisir la mort? Le problème n'est-il pas plutôt de ne pas leur avoir offert d'alternatives acceptables? Peut-on vraiment leur dire les yeux dans les yeux que pour leur protection on les condamne soit à poursuivre cette existence dont ils ne veulent plus, soit à trouver les moyens de se suicider tout seul, une fois de plus tout seul?

Alors vous voyez, EXIT, ici, nous embête. Ils jettent les feux des projecteurs sur une de ces réalités sociales que nous préférons ne pas voir. On les décrit comme intrusifs, c'est vrai: ils nous obligent à penser au sort de personnes dont beaucoup préfèreraient oublier l'existence. La souffrance à laquelle ils tentent de répondre, cependant, ils ne l'ont ni inventée ni causée...

A cette 'intrusion', certains réagiront sans doute en appelant de leurs voeux une plus grande restriction légale de l'assistance au suicide. Ce serait faire fausse route. Bien sûr, il y a là un vrai débat. Si notre discussion ne porte que sur cette question, cependant, quelle occasion manquée! Imaginez-vous que, au lieu de faire ça, nous saisissions cette occasion pour tenter sérieusement d'améliorer le sort des personnes souffrant de 'polymorbidités liées à l'âge'. Pour leur offrir, dans les cas les plus difficiles à vivre, ceux dont il s'agit ici, un tant soit peu plus d'alternatives. Ce serait beaucoup plus difficile, évidemment, mais ce serait tellement plus important.

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Recommandations de la Commission Nationale d'Ethique sur la PMA: première lecture

C'est un rapport impressionnant, que vient de publier la Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine. "La procréation médicalement assistée - analyses éthiques et propositions pour l'avenir" frappe par le nombre de sujets abordés: nous en aurons certainement pour plusieurs billets dans ce blog. La recommandation frappe aussi par la distance qui y est prise par rapport à des prises de positions préalables, par cette même commission dont la composition n'a pourtant pas -encore- changé. C'est aussi une distance par rapport à la législation actuelle en Suisse, qui est extraordinairement prudente. Dans les réactions, la surprise est palpable et ne semble pas toujours être bonne.

En guise de résumé des conclusions, et sans doute un peu de table des matières de commentaires à venir, voici les recommandations présentées en fin de document:

1. "La majorité de la CNE recommande l'autorisation du DPI": c'est le diagnostic préimplantatoire, un sujet dont nous avons déjà parlé ici, ainsi qu'ici, et puis aussi ici, ici et ici. L'autorisation du diagnostic préimplantatoire a entre temps été acceptée par le Conseil national, et maintenant également par la Commission de la science de l'éducation et de la culture du Conseil des Etats. Un point attendu, donc, raisonnable, encadré dans le projet de loi en discussion de manière plutôt prudente.

2. "La majorité de la CNE recommande l'autorisation de la détection des aneuploïdies": c'est une recommandation d'étendre le champ des analyses génétiques qui seraient autorisées par le projet de loi actuellement en discussion.

3. "La majorité de la CNE recommande l'autorisation du typage HLA": ici c'est la possibilité de donner naissance, exprès, à un enfant qui serait non seulement exempt d'une maladie grave qui aurait frappé un frère ou une soeur, mais également compatible avec l'aîné et donc susceptible d'être le donneur dans une greffe de cellules du cordon ombilical. Nous en avions également parlé ici.

4. "La CNE unanime recommande l'autorisation du don de sperme pour les couples hétérosexuels non mariés": c'est proposer que l'on cesse de réserver la procréation médicalement assistée aux familles traditionnelles, alors que l'on admet par ailleurs qu'un couple non marié peut tout aussi bien être le socle d'une famille.

5. "La majorité de la CNE recommande l'autorisation du don de sperme pour les couples de même sexe et les personnes seules": c'est aller plus loin mais dans la même direction que la recommandation précédente. Il est à prévoir que ce sera plus controversé, car la reconnaissance de ces familles en tant que telles est plus fragile. Moins légitime? Ce n'est pas sûr.

6. "La majorité de la CNE recommande l'autorisation du don d'ovule et du don d'embryon": ce point nous y reviendront. Mais il est important de comprendre qu'il a deux composantes au moins. D'une part, il concerne la possibilité de donner des ovules déjà prélevés, des embryons déjà fécondés. Lors d'une procréation médicalement assistée, il arrive qu'un couple complète son projet parental avant d'avoir eu recours à chaque ovule et chaque embryon préparé pour cela. Dès lors, qu'en faire? La loi actuelle impose en Suisse un choix entre la destruction et le don pour la recherche sur les cellules souches. L'autorisation du don d'ovules et d'embryons ajouterait à ce choix une troisième option: en faire don à un couple qui souhaite avoir recours à la PMA. La seconde composante consisterait à autoriser le prélèvement d'ovocytes dans le but du don. C'est évidemment une situation entièrement différente. Cette seconde situation nécessite que l'on se penche sur les risques liés à la marchandisation des ovocytes. Mais c'est un enjeu délicat car ce genre de risque existe avec une autorisation mal encadrée, mais aussi avec une interdiction. Nous y reviendrons...

7. "La majorité de la CNE estime que la maternité de substitution peut être acceptée sur le principe, mais émet des doutes quant à la possibilité d'un encadrement acceotable assurant la protection adéquate de toutes les personnes concernées, vu les dangers de commercialisation de cette pratique". La recommandation est donc de ne pas autoriser la maternité de substitution.

8. "La CNE recommande unanimement que soit garanti l’accueil et un statut juridique sûr pour les enfants nés par le biais d’une maternité de substitution à l’étranger et qui se voient refuser l’autorisation d’entrée en Suisse, pour éviter des conséquences préjudiciables pour l’enfant."

9. "La majorité de la CNE se félicite du projet de loi concernant la levée de l’interdiction de la cryoconservation des embryons et plaide pour la levée de toute détermination d’un nombre maximal d’embryons pouvant être développés, comme condition pour permettre d’améliorer les possibilités d’Elective Single Embryo Transfer, en conformité avec les bonnes pratiques médicales : réduction de la probabilité de grossesses multiples et des risques inhérents, et amélioration de l’efficacité des méthodes de PMA"

10. "La CNE recommande unanimement la création d’un registre des enfants nés par PMA (follow-up)."

11. "La CNE attire unanimement l’attention sur l’importance que les dispositions légales tiennent compte des bonnes pratiques médicales": une toute petite recommandation, mais elle est bien sûr importante et il est révélateur qu'elle soit nécessaire.

12. "La CNE demande une adaptation du droit de la filiation, afin de mettre en oeuvre ses recommandations."

13. "La CNE attire l’attention sur les évolutions préoccupantes actuelles de commercialisation, particulièrement dans ce domaine"

Comme je vous le disais, il y a là de quoi faire plusieurs billets. L'essentiel de ces recommandations, pourtant, se laisse résumer en un fil conducteur très bien décrit par Jean Martin cette semaine:

"Souvenons-nous que les décisions dont nous parlons touchent la vie très privée, intime, de familles. A mon sens, la légitimité d’interventions intrusives de l’Etat est ici limitée à s’assurer qu’on ne nuit pas gravement à autrui et, le cas échéant, au respect de l’ordre public. Et il n’est pas possible de dire que l’ordre public est menacé parce qu’un couple entend bénéficier dans son propre pays d’une technique biomédicale mise en œuvre impeccablement en Belgique ou en France.(...) que ceux qui sont à «l’extérieur», et notamment les pouvoirs publics, se gardent de lancer des anathèmes moraux avant d’avoir considéré sereinement les situations."

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