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Les dix plus grands enjeux moraux d'aujourd'hui?

Cette semaine je vous propose des questions avec quelques commentaires. La revue New Scientist a publié il y a quelques temps une série de petits articles examinant dix enjeux qui sont - peut-être - les plus importants de notre avenir proche. Qu'en pensez-vous?

Voici la liste:

1) Devrions-nous donner des droits aux animaux non-humains? Le commentaire: c'est compliqué, il y a différentes sortes de droits et ils ont une pertinence variable pour différentes espèces. Quels droits pour quels animaux?

2) Devrions-nous éditer le génôme de nos enfants? Si nous parvenions à le faire sans effets secondaires directs, il serait sans doute acceptable de le faire pour leur épargner des maladies sévères que nous traiterions sans hésiter après leur naissance. Dès que l'on va plus loin, dès que l'on s'éloigne de la thérapie pour aller vers des modifications qui s'apparentent davantage à de l'amélioration, cela devient nettement plus difficile. Par exemple, éditer le génome pourrait conduire à la disparition de certaines manières d'être humain. Un enjeu qui revient dans la question suivante:

3) Devrions-nous rendre tout le monde "normal"? Être conforme pourrait-être plus sûr, pour soi-même et pour les autres. Et nous avons des moyens de plus en plus puissants pour nous rendre plus conformes aux autres. Tentant? Non? Effectivement, cette perspective a aussi un côté terrifiant. Sur le plan individuel c'est clair. Et sur le plan collectif, en fait aussi: il n'est pas sûr que la conformité soit si bonne que ça pour nos groupes non plus. Une conférence intéressante à ce sujet, d'ailleurs, qui tourne autour de la non-conformité mentale qu'est le trouble du spectre autistique.

4) Devrions-nous abandonner la confidentialité en ligne? Ceux qui acceptent de sacrifier leur liberté pour la sécurité disait Franklin ne mérite ni l'une ni l'autre. Combien d'intrusion dans notre vie privée sommes-nous d'accord d'accepter aujourd'hui, et par qui?

5) Devrions-nous donner à des robots la possibilité de tuer? Cela semble absurde à première vue, si l'on a grandi au milieu de romans de science-fiction où des robots tueurs étaient une menace. Cependant, il arrive que nous soyons amenés à tuer: en guerre, ou dans les pays où la peine de mort est légale. Des robots pourraient être en mesure de le faire de manière mieux ciblée (insérer ici: moins de victimes civiles) ou plus équitable (moins d'innocents condamnés à mort). Deux objections à cela évidemment. Pour trouver qu'un robot qui tue de manière plus parcimonieuse est une bonne chose, il faut commencer par accepter la légitimité de tuer dans ces cas. Si on ne l'accepte pas, alors ce robot est une idée absurde, complice, immorale. La deuxième objection est qu'il est problématique de donner la possibilité de tuer à une entité qui n'est pas équipée d'un système moral. Pour le moment, donc, le consensus est assez clair: ce sera non.

6) Devrions-nous relâcher des formes de vie synthétiques dans la nature? Elles pourraient faire partie de la solution à de nombreux problèmes, capturer du CO2 et limiter le changement climatique, pousser dans des régions arides. Elles pourraient aussi avoir des effets difficiles à prédire sur les écosystèmes. Difficiles, OK, mais peut-être pas impossible cela dit. Si les risques sont prévisibles, peut-être qu'un jour ces organismes seront notre meilleur espoir pour des problèmes planétaires? Peut-être même que, si nous avons tort et que des super-plantes envahissent la planète, elles la préserveront mieux que nous...

7) Devrions-nous agir intentionnellement sur le climat?  Nous avons déjà agi sur le climat inintentionnellement en sortant les hydrocarbures du sous-sol pour en libérer les produits dans l'atmosphère. Devrions-nous le refaire, exprès cette fois, pour limiter les effet de nos actes passés sur le climat? Pour répondre à cette question, il faudrait prendre en compte que ces techniques ne marcheront peut-être pas, auront peut-être des effet secondaires, auront des impacts différents sur différentes régions du globe. Il faudrait aussi prendre en compte que les seules alternatives sont d'éliminer notre utilisation des énergies fossiles complètement d'ici à 2070, ou de vivre dans un monde qui n'aura plus rien à voir avec celui dans lequel notre espèce s'est adaptée, ou de trouver un monde alternatif. Mince, une question que pessimiste celle-là.

8) Devrions-nous imposer un contrôle du nombre de personnes dans le monde? En contrôlant les naissances, par exemple? Sur le plan écologique, il pourrait être raisonnable de le faire. Pas tant dans les pays pauvres, car même si les naissances y demeures plus nombreuses que dans les pays riches, l'impact écologique de chaque personne y est nettement plus bas. Limiter les naissances dans les pays riches, par contre, pourrait être très utile. Historiquement, on doit cependant constater que ce genre de politique a presque toujours favorisé des abus de pouvoir, parfois violents. En plus, on considère déjà maintenant trop souvent que le nombre de naissances est une responsabilité des femmes: si le nombre d'enfant devient un enjeu moral ce serait encore une raison, donc, de blâmer les femmes abusivement et ça aussi c'est un problème. Les inconvénients seraient-ils plus grands que les avantages? Ou bien peut-être est-ce la longévité qu'il faudrait limiter, ou du moins cesser de vouloir prolonger davantage? On voit bien les problèmes que cela pourrait poser.

9)  Devrions-nous coloniser d'autres planètes? Nous découvrons des exoplanètes, certes lointaines, mais la possibilité de les coloniser ne restera pas nécessairement entièrement théorique. Et si de la vie existait ailleurs? Aurions-nous le droit de la perturber, voir de la détruire? Selon la plus forte probabilité, il s'agirait de microbes. Sur terre, nous détruisons les microbes sans états d'âmes. Si nous détruisions des microbes ailleurs pour permettre aux humains d'y vivre avec un écosystème terrestre, aurions nous plus détruit ou plus créé? Les auteurs concluent que coloniser l'univers pourrait aussi poser problème si, après ne pas avoir préservé la terre, nous ne préservions pas non plus les mondes suivants où vivraient, peut-être, nos descendants. Devrions-nous donc renoncer pour des raisons de conservation galactique?

10) Devrions-nous arrêter de faire la science? La recherche scientifique nous apporte d'immenses avantages. Elle nous apporte aussi des risques, et des inconvénients. Des progrès scientifiques sont par exemple à l'origine de l'énorme croissance de la population mondiale et du changement climatique. Les avantages sont-ils suffisants pour accepter les risques et les inconvénients? Peut-être avons-nous eu de la chance jusqu'à présent, et qu'il serait prudent de s'arrêter pendant que nos gains sont plus importants que nos pertes. Mais peut-être que, justement, une grande partie de nos difficultés actuelles montrent que nous avons besoin d'apprendre plus de choses, de trouver de nouvelles solutions, et d'apprendre comment mieux appliquer celles que nous avons.

Ces questions sont difficiles. Mais bien sûr il est impossible de s'arrêter à ce constat pour simplement ne pas y répondre. D'une manière ou d'une autre, nous y répondons en permanence par une foule de choix que nous faisons, individuellement et collectivement. Comment, donc, améliorer nos choix et être confiants que l'amélioration en est vraiment une ? Vaste question que celle-là aussi.



Finalement: ces questions sont-elles les bonnes? Ce n'est certainement pas une liste complète des enjeux moraux de notre temps, ni un ordre objectif de leur importance. Quelles questions ajouteriez-vous dans la liste? Lesquelles enlèveriez-vous?

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Les animaux et les plantes sont-ils au service de nos besoins?

Le titre, c'était une question sur RTS découverte. Une bonne question! Nous nous sommes mis à deux. Mon collègue Bernard Baertschi a répondu ici. Et moi ici. Voici ma réponse:

La réponse à cette question dépend beaucoup de ce que l’on veut dire par "au service de nos besoins".

Si l’on comprend ce terme de la manière la plus littérale possible, et que l’on observe ce dont nous avons besoin, alors on se rend très vite compte que nous ne pourrions pas survivre sans les plantes et les autres animaux. Sans les autres organismes vivants, pas d’oxygène ni de nourriture d’aucune sorte. Nous dépendons d’eux pour notre survie. Un grand nombre d’entre eux sont donc, très concrètement, en train de répondre à nos besoins en permanence. Dans ce sens, oui, ils sont au service de nos besoins.

Mais c’est peut-être une autre question qui vous intéresse, en fait. "Les animaux et les plantes sont-ils au service de nos besoins?", cela peut aussi vouloir dire "Pouvons-nous utiliser les animaux et les plantes comme bon nous semble?". Sur cette question, les avis divergent nettement davantage.

Il y a, en simplifiant un peu, trois catégories de réponse à cette question. Selon une première approche, dite "anthropocentriste" ou "centrée sur l’être humain", seuls les humains peuvent être directement concernés par des valeurs morales. Les autres animaux et les plantes n’ont aucun droits, et n’ont donc ici qu’une importance secondaire. Lorsque les utiliser sert nos besoins, nous pouvons en faire usage. Il y a des limites à cet usage, bien sûr, mais ces limites sont, elles aussi, centrées sur des intérêts humains. Par exemple, on considérera qu’être cruel envers les animaux non humains est mal, parce que cela risque de nous habituer à la cruauté aussi envers les êtres humains. On considérera également qu’épuiser les ressources naturelles d’un écosystème est mal, mais c’est parce que c’est contraire aux intérêts humains que de le faire.

Selon une deuxième approche, dite "biocentriste" ou "centrée sur la vie", les animaux non humains et les plantes ont une valeur indépendante de nous et équivalente à la nôtre. Ils ne sont pas à notre service; nous ne pouvons pas en faire l’usage que nous choisissons, et nous devons respecter leurs propres besoins. Si nous décidons néanmoins de les utiliser pour notre intérêt sans tenir compte du leur, cette approche considère que c’est de l’exploitation ou même de l’esclavage. Certains défenseurs des droits des animaux utilisent d’ailleurs explicitement ces termes. Il est important de noter que, même dans cette approche, les animaux et les plantes nous rendent quand même des services. Nous continuons de respirer de l’oxygène et de manger. Il est cependant interdit de les asservir. Nous ne pouvons pas sacrifier leurs intérêts au nôtre.

Entre ces deux positions un peu extrêmes, il y aurait une troisième catégorie pour les approches qui tenteraient de concilier et d’équilibrer les intérêts humains et les intérêts des autres animaux et des plantes. Par exemple, on peut considérer que l’élevage et l’agriculture, qui favorisent clairement des intérêts humains, favorisent aussi certains intérêts des espèces qui en font l’objet. Le maïs, diffusé dans le monde entier après l’invasion des Amériques, a permis d’améliorer la vie de populations entières. Mais on peut aussi considérer qu’en fait c’est le maïs qui a conquis la planète en se servant de nous. Plutôt que de se demander s’il faut donner la priorité aux intérêts humains ou aux intérêts d’autres êtres vivants, on peut rechercher un rapport de réciprocité où les besoins des uns et des autres seraient mutuellement servis. Il n’est pas impossible que les débuts de l’agriculture et de l’élevage aient ainsi reposé sur une forme de contrat tacite pour une aide mutuelle. Les conditions de vie des animaux d’élevage peuvent être meilleures que les conditions à l’état sauvage: les éleveurs nourrissent les animaux, favorisent leur reproduction et les protègent contre les (autres) prédateurs. Les intérêts des êtres humains et ceux des autres animaux ne sont donc pas obligatoirement en opposition.

Pourtant, si l’on considère les conditions qui ont majoritairement cours dans l’élevage aujourd’hui, on est obligés de constater (et c’est peu dire) que nous ne respectons pas entièrement notre part de ce contrat. Sur le plan de la reproduction, la plupart des animaux d’élevage se portent plutôt bien. Sur le plan de la qualité de leur vie, c’est toute une autre histoire.

"Pouvons-nous continuer de voir certains de nos besoins remplis par les plantes et les autres animaux?" Oui, bien sûr, nous n’avons d’ailleurs pas d’autre choix. "Pouvons-nous utiliser les autres animaux et les plantes comme bon nous semble, sans tenir compte de leurs besoins à eux?" Même si cette question est plus controversée, de plus en plus de personnes répondraient que non. "Comment mieux équilibrer les besoins des humains et ceux d’autres êtres vivants?" Nous ne connaissons pas entièrement la réponse à cette question, mais nous savons qu’elle est importante.

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Mes collègues: la vache parfaite, c'est quoi?





C'est un sujet cher aux Helvètes, pour toutes sortes de raisons. L'émission Vacarme a fait récemment une série sur l'usage de la génomique et du génie génétique pour améliorer les vaches. Améliorer, avez-vous dit? C'est quoi, ça, d'abord? Une vache qui donne plus de lait? Du meilleur lait? Qui survit mieux? Qui relâche moins de gaz à effet de serre? Qui est plus - allons, lâchons le mot - heureuse? Et si les vaches doivent être plus heureuses, c'est quoi exactement? Ma collègue, la philosophe Christine Clavien, a participé à l'émission. Ça vaut le détour.

Il y a quelques années, j'avais accompagné dans les Alpes un petit groupe de collègues venus en Suisse pour une semaine d'atelier. En traversant les alpages du Simmental, l'un d'entre eux était devenu de plus en plus silencieux, puis de plus en plus troublé: "J'ai rencontré des vaches heureuses!" s'était-il exclamé "j'ai toujours pensé que c'était une invention!" Avait-il raison? Certes, nous étions en été et les vaches étaient paisibles au milieux de l'herbe et des fleurs, face à des paysages pour lesquels un certain nombre d'humains est prêt à débourser des sommes certaines d'argent. Cela dit...c'est quoi, le bonheur d'une vache? Sommes-nous seulement capables de le déterminer? Jusqu'à un certain point sans doute, mais peut-être pas plus que tant. Nous sommes cela dit certainement capables d'identifier aussi jusqu'à un certain point le malheur d'une vache, et peut-être que cela suffit.

Et puis comment fait-on quand l'intérêt du paysan est poussé au point où il doit faire le choix entre l'intérêt de ses vaches et la survie de sa ferme? Pour avoir le beurre, jusqu'à quel point sommes-nous prêts à payer l'argent du beurre? Et si nous n'y sommes pas prêts, comment faire? Allez écouter, c'est intéressant. Et revenez nous dire ce que vous en pensez...

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Mes collègues: chimères

Deux collègues d'un coup, cette fois. Christine Clavien et Bertrand Kiefer ont participé à une très belle émission QCFD sur les chimères humain-animal. Ou, devrait-on dire même si ça rallonge humains-et-autres-animaux. Allez les écouter, c'est vraiment bien.

De quoi s'agit-il? On connait depuis longtemps les espèces hybrides: les mulets, par exemple, proviennent du mélange génétique entre les ânes et les chevaux. Cela survient sans aucune aide de la science. Les chimères, c'est quelque chose de différent. Ici, on a une cohabitation dans l'organisme de cellules issues de deux espèces. Par exemple, des chercheurs britanniques ont fait récemment une souris avec un pancréas de rat. Si l'on pouvait faire de même avec des cellules souches humaines -actuellement on ne sait pas si c'est possible- alors on pourrait par exemple obtenir des organes à transplanter qui auraient été générés dans des animaux.

Un des points à retenir est que la possibilité même des chimères nous rappelle à quel point nous sommes nous-même des animaux. A quel point nous sommes biologiquement proches. Cela contribue certainement au fait que cela nous dérange, mais au fond cette prise de conscience est salutaire. L'idée que des animaux puissent recevoir des cellules humaines nous questionne, nous pousse à nous demander si au fond on devrait accorder plus de respect à ces animaux.

C'est une bonne question, évidemment. Se la poser à ce moment-là, cela dit, c'est intéressant. En vertu de quoi une chimère humain-et-un-autre-animal devrait-elle obtenir un plus grand respect? Du fait que ces animaux auraient une part d'humanité dans le génome de leurs cellules humaines? Clairement, le génome n'a pas cette capacité de transmettre comme par contagion des parts de dignité humaine. Il faudrait si c'était le cas sacraliser bien davantage les cheveux qui restent dans nos brosses et qui contiennent dans leurs racines de l'ADN humain. Non, c'est plutôt l'idée que ces animaux auraient des capacités plus proches des nôtres qui nous questionne. Mais alors, qu'en est-il des animaux qui ont déjà ces capacités, si ce n'est pas une question de génome? Paradoxe: la décision récente des National Institutes of Health américains d'autoriser le financement de recherche sur ces chimères était dû en partie à leur décision de renoncer à la recherche sur les grands singes. L'espoir est donc ici de développer des alternatives qui remplaceraient la recherche avec des animaux trop proches de nous par leurs capacités. Visiblement, ce questionnement n'est pas réglé.

Alors concrètement, faire des chimères, est-ce légal en Suisse? Il semblerait que non, car la loi sur la procréation médicalement assistée semble interdire cela sans ambiguïté. Sauf que...un autre collègue avait publié il y a quelques temps dans la revue Bioethica Forum une analyse qui divergeait sur ce point.

Beaucoup de questions. Quelques très bonnes réponses dans l'émission. Allez l'écouter. Et vous avez peut-être un avis vous aussi. Dites-nous...

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Expérimentation animale

Le temps passe, le temps passe, et j'ai participé à une émission sur l'expérimentation animale. Si cela vous intéresse, c'est ici. L'émission capte très bien ce malaise qui habite un nombre croissant de personnes quand on parle de nos rapports aux animaux. D'une part, nos rapports aux animaux sont de toute part fait d'utilisations des animaux par les humains. Dans l'élevage, dans la chasse, comme compagnons, et, oui, aussi dans la science, nous utilisons des animaux. Dans nos rapports avec l'environnement, dans la protection de nos récoltes et de nos espaces, nous mettons régulièrement les intérêts d'autres espèces en dessous de nos intérêts. Parmi tous les usages que nous faisons des animaux, la recherche médicale est clairement un des plus nobles. Comment se fait-il, alors, que ce soit justement elle qui suscite tant de discussions? Allez regarder la vidéo, et ensuite venez nous dire ce que vous en pensez...

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Une personne non humaine?

Ils semblent qu'ils l'aient fait. Un tribunal de Buenos Aires a reconnu en décembre dernier des droits qui commencent à ressembler à ceux d'une personne pour une Orangutan nommée Sandra. Cette décision n'est pas définitive car des appels restent possible. Mais selon les commentaires ces droits seraient "La vie, la liberté, et la protection contre les dommages" et le but de l'action en justice serait de la sortir de captivité.

Cet événement mériterait des bibliothèques de commentaires, sauf que largement celles-ci existent déjà. Quelques niveaux de lecture pour commencer, et ensuite vous nous direz ce que vous en pensez dans les commentaires:

Premier niveau: c'est normal. Cela fait plusieurs décennies que l'exclusivité des humains sur le statut de personne et des droits qui s'y rattachent est contesté. Les grands singes, principalement, partagent avec nous toute une série de capacités que nous associons à notre propre statut de personne. Ils sont conscients d'eux-mêmes; ils ont des rapports sociaux entre eux et parfois avec les chercheurs qui les observent; ils sont conscients que d'autres individus ne savent pas tout ce qu'ils savent; ils utilisent des outils; ils peuvent transmettre des comportements non innés par la culture; ils peuvent communiquer, parfois avec nous. Une magnifique conférence à voir et à revoir explique ici pourquoi les humains n'ont une exclusivité que parce que nous savons faire certaines choses plus que d'autres espèces.

Deuxième niveau: c'est terrible. Cela jette un éclairage choquant sur nos priorités. Reconnaître des droits à la vie, la liberté, à la protection contre les dommages, à des individus non humains alors que tant de personnes au monde en sont encore privées? Si j'apprenais cela en allant travailler en Asie ou en Afrique pour envoyer une bouchée de pain à mes enfants que mes parents gardaient pour me permettre de vivre à l'usine, je serais outrée. Sous cet angle, celui du nombre d'êtres humains dont la vie est menacée et la liberté absente, les droits des animaux peuvent paraître comme un problème de pays riches. Riches et peut-être arrogants. Comme si les animaux de nos zoos nous importaient davantage que nos semblables, pourvu que ces derniers soient loin de nous.
Alors bon, me direz-vous: ce n'est pas parce que nous ne sommes pas capables de garantir l'application des droits de tous que tous n'ont pas des droits. Oui, et il est vrai que reconnaître des droits est important même lorsqu'ils ne sont pas respectés, car sans cela ils le seraient avec encore plus de difficulté. Au minimum cependant, cette deuxième lecture doit nous rendre humble sur l'effet que peut avoir la simple reconnaissance de droits si elle ne s'accompagne pas de mesures d'application efficaces.

Troisième niveau: c'est passionnant. Que faut-il pour être une personne? Certains défenseurs des droits des animaux avancent l'argument que reconnaître des personnes non humaines n'est pas nouveau. Leur exemple? Les corporations, auxquelles on reconnait dans certains pays des droits comme la liberté d'expression, ou de poursuivre en justice. Est-ce suffisant? D'autres avancent que pour être une personne il faut "être conscient de soi, comprendre le passé le présent et le futur, être capable de comprendre des règles complexes et leurs conséquences sur le plan émotionnel, avoir la capacité de choisir de prendre le risque de ces conséquences, l'empathie, et la capacité à avoir des pensées abstraites." Les corporations ont-elles ces capacités? Très très clairement elles ne les ont pas toutes. Et les animaux alors? Quels autres animaux que nous ont lesquelles de ces caractéristiques? Quelles autres mettriez-vous sur la liste? Ou peut-être n'utiliseriez-vous pas de liste? Mais alors comment faire? Que de miroirs, dans ce petit événement parmi tant d'autres...

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Manger de la viande

Bon, je vous ai fait pas mal de billets sur des questions d'éthique humaine, faisons-en un pour une fois sur l'éthique animale. Pour commencer, un billet d'introduction donc.

Les personnes (et il y en a statistiquement sans doute parmi vous) qui s'abstiennent de manger de la viande avancent en général quatre sortes d'arguments: leur propre santé, le souci de la souffrance animale, l'opposition à l'exploitation des animaux, et le coût écologique de l'élevage.

Ces arguments ne sont bien sûr pas sur le même plan. Vous aurez noté que le premier et le dernier sont surtout une question de quantité. Manger moins de viande, oui c'est bon pour la santé et aussi pour la planète. Mais cela ne fera pas de vous un végétarien. Allons même plus loin: si vous êtes médecin et soucieux de la prévention, vous aurez sans doute meilleurs temps de recommander à vos patients de manger moins de viande car ce sera là un objectif plus réaliste et ils seront donc certainement plus nombreux à l'adopter. Si vous êtes soucieux de la consommation de ressources naturelles dans l'élevage, vous aurez sans doute avantage à faire le même calcul.

Et les arguments pour manger de la viande? Le New York Times s'est intéressé l'an dernier à la question, et a récolté toute une série de textes. L'un d'entre eux, c'est d'ailleurs celui qui a récolté le plus de votes, est écrit par la présidente de People for the Ethical Treatment of Animals. Son argument? Il est désormais possible de fabriquer de la viande in vitro, sans rien faire du tout à un être vivant. Un argument un peu exotique peut-être, mais qui risque de ne pas rester longtemps irréaliste. Les autres? En très bref, car derrière le lien se trouvent les textes complets, voici les autres:

-L'élevage animal est un complément plus écologique à la culture des plantes que ses alternatives sur une ferme bio et manger de la viande est donc nécessaire pour que les cycles soient clos.

-Manger de la viande élevée dans des circonstances correctes est moralement acceptable, davantage que manger des plantes cultivées dans des circonstances incorrectes.

-L'élevage animal est un échange, fondé sur un accord implicite millénaire: nous fournissons les conditions d'une vie meilleure qu'à l'état sauvage, et en échange nous 'récoltons' une part du troupeau.

-Manger de la viande pose un problème moral, mais tant de choses dans notre vie posent un problème moral que vivre sans faute morale est irréalisable. Nous savons par exemple - dit l'auteur- qu'il y a des considérations morales forte pour donner son argent pour aider les démunis plutôt que pour s'acheter des choses chères, ou pour adopter des enfants plutôt que d'en concevoir. Nous savons que la morale exige de nous plus que nous ne sommes capables de faire. Le monde moral est tragique. Dans la vraie vie, la véritable question ne devrait donc pas être 'peut-on vivre hors de tout blâme' mais 'pour quelles raisons devrions-nous être blâmés'. Manger de la viande, donc, requiert que l'on soit en mesure de montrer pour quelles raisons nous le faisons, et de justifier cet acte par le poids moral de ces raisons. 

-Et finalement, le dernier est presque un clin d’œil puisqu'il est en fait un argument pour ne pas manger de la viande. Tuer des animaux, dit l'auteur, est moralement justifié car la plupart des animaux ne subissent pas de tort en étant tués. Pourquoi? Il y a deux manières de subir un dommage. Si votre qualité de vie est diminuée à un moment donné, et la mort rapide ne fait pas cela. Ou si quelque chose empêche votre vie dans son ensemble d'être améliorée. Or, une fois que les animaux ont une vie qui remplit certaines conditions de survie de base, leur vie ne peut plus s'améliorer dans son ensemble. Une mort rapide dans ces conditions, donc, ne leur cause pas de tort. Néanmoins, poursuit l'auteur, il est meilleur de ne pas manger de viande. Pourquoi? Parce que nous sommes horrifiés par l'idée d'un être vivant tué pour nous nourrir. D'autant plus si ses conditions de vie et de mort ont été indécentes, comme c'est trop souvent le cas. Donc, pour nous améliorer notre vie à nous, nous ne devrions pas manger de viande.

Vous remarquerez qu'un nombre important de ces arguments repose sur des conditions spécifiques d'élevage et d'agriculture. Des arguments pour manger certaines sortes de viandes, donc. En Suisse, on est relativement bien lotis en termes de conditions d'élevage des animaux, mais c'est relatif. Il y a certainement des choses à dire sur les sources de viandes qui rempliraient, ou non, les conditions supposées dans la plupart de ces textes. Allez les lire, si vous lisez l'anglais. Et de toute manière, dites-nous ce que vous en pensez...

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Vous êtes uniques! (Enfin, en partie...)



Seuls les humains...

Les '...' de cette phrase sont devenu un terrain miné où l'on ne s'aventure que les yeux ouverts au risque de ridicule, ou du moins de démenti, et dans un futur pas si lointain. En tout cas à en juger par le sort des derniers termes que l'on a voulu y mettre. La vidéo qui ouvre ce message, et que l'on trouve ici, illustre très bien ça. Remplir les '...', c'est vouloir affirmer qu'il y a une sorte de saut radical entre les humains et le reste du monde vivant. Mais la nature est -forcément- pleine de degrés. Peut-être faut-il reprendre toute la phrase et en faire: 'Seuls les humains '...' à ce point'.

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Profondites

J'ai profité des vacances pour revoir l'excellente conférence du philosophe Daniel Dennett sur L'évolution de la confusion. Il y parle beaucoup de religion, et brosse un tableau fascinant de l'étrange phénomène des membres du clergé qui ne croient pas en Dieu. Au passage, il décrit une forme d'expression qui semble exotique à première vue, mais que vous allez reconnaître, vous verrez. Il appelle ça une 'deepity'. Ma traduction sera forcément approximative, mais appelons ça une 'profondite'.

Comme le nom anglais le suggère, une profondite est une idée triviale qui semble profonde. Le terme français suggère autre chose: c'est une idée malade. Pas nécessairement gravement, mais malade, et possiblement (parfois, peut-être) contagieuse.

Voici la définition de Dennett: une 'profondite' est une déclaration qui peut être comprise de deux manières différentes, et dont l'effet est de superposer, de maintenir en équilibre, ces deux sens chez l'auditeur. Un de ces deux sens est vrai, mais trivial. L'autre est faux, mais serait énorme s'il était vrai.

Il mime dans sa conférence la réaction de l'auditeur. 'Ah oui, je suis d'accord avec ce truc...hmmm...voyons.......wooouuuuaaaaAAAAAWWW!!!!'.
Mais évidemment c'est une illusion mentale. Il donne deux exemples:

1) "L'amour n'est qu'un mot"
2) "Dieu n'est aucun être du tout"

Le premier se déconstruit ainsi:
a) 'Amour' n'est qu'un mot: OK, et puis? 'Arbre', 'sourire', 'basilic', ne sont aussi que des mots.
b) L'amour est un mot: woouuaaa....non, stop, attendez, vous je ne sais pas, mais moi je n'ai encore jamais essayé de trouver ce genre de chose dans un dictionnaire...

Pour le deuxième exemple, c'est un peu plus compliqué et ça mérite de regarder la video.

Mais ce qui m'a surtout frappée, c'est que les profondites ...ben une fois qu'on sait les reconnaître, on les retrouve un peu partout. Et pour faire le ménage chez soi comme il se doit, on en trouve pas mal dans des énoncés moraux. Plein, en fait. Je ne vais pas être exhaustive; si vous en trouvez d'autres elles sont bienvenues dans les commentaires. Mais voici quelques exemples:

"Les animaux ont des sentiments, comme nous"
a) Les animaux ressentent des choses, et nous aussi.
b) Tous les animaux ont une vie intérieure identique à la nôtre.

a) est vrai, et peut effectivement être une raison de ne pas faire n'importe quoi aux animaux.
b) est manifestement faux, mais visiblement on ne s'en rend pas toujours compte... et cela a parfois des effets indésirables.

"Un embryon est un être humain"
a) Un embryon est issu, fait partie, de l'espèce homo sapiens.
b) Un embryon est tout ce qu'est aussi un être humain adulte.

a) est vrai, mais tout seul cela n'a que très peu d'implications morales. On ne traite pas le sang humain, ou d'autres tissus vivants, comme de la viande c'est vrai. Mais on jette sans état d'âme les cheveux que l'on coupe et il sont aussi issus de l'espèce homo sapiens. Si l'on cherche une raison de protéger un embryon humain, il faudra donc en chercher une autre.
b) est manifestement faux, mais là aussi on ne s'en rend pas toujours compte...et là aussi parfois certains effets sont indésirables.

Les profondites, en éthique c'est assez dangereux. D'abord, parce que c'est très très tentant. Une profondite est une stratégie pour obtenir de l'auditeur une approbation admirative, immédiate, sans passer par l'esprit critique. En d'autres termes, c'est un raccourci argumentatif. Raaaaah, il faut se retenir. Mais se retenir est particulièrement important. Utiliser ce genre de raccourci c'est franchir le pas qui sépare la recherche de la meilleure solution éthique ... de l'idéologie. C'est aussi, du coup, envoyer le message qu'on peut sans autre laisser de côté l'esprit critique, être déraisonnable, lorsqu'il s'agit d'éthique. Une assez mauvaise idée, dirons-nous, que cela...

L'image? Vous devriez être capable d'en extraire au moins deux énoncés maintenant, non?

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L'homme et l'ours

Le philosophe Peter Singer fait partie des plus admirés et des plus décriés dans le grand publique. Auteur de Animal liberation, un des livres fondateurs du mouvement actuel des droits des animaux, il s'est rendu célèbre entre autres en comparant la vie intérieure des grands singes et celles des petits enfants ... Son but était de défendre un plus grand respect des singes hominidés en particulier, et des animaux non humains en général. Mais cette comparaison, souvent citée hors contexte, l'a fait critiquer pour avoir, soit-disant, demandé que l'on respecte moins les enfants, ou les humains souffrant d'un handicap cognitif, bref toutes les personnes dont les facultés mentales ne sont pas celles d'un adulte humain en bonne santé. Il ne l'avait en fait pas faite, cette demande. Précisons. Mais vu le tollé que cette supposition avait soulevé, il est ironique de voir cette critique désormais doublée par l'opinion publique. Il semble qu'une partie d'entre nous n'ait désormais aucun problème à considérer la vie d'un ours comme plus précieuse, ou en tout cas plus digne qu'on s'en inquiète par écrit, que celle d'un humain handicapé.

L'histoire est la suivante: voyant qu'un sac en plastique était tombé dans l'enclos d'un ours, un jeune homme handicapé de 25 ans s'aventure dans cet enclos. L'ours l'attaque et le blesse, tant et si bien que l'on doit lui tirer dessus pour sauver l'humain. L'un et l'autre ont survécu, mais cette histoire a fortement ému l'opinion. Et c'est l'ours qui se trouve inondé de cadeaux, pots de miel, cartes de vœux (!) de bon rétablissement. Jusque là cela pourrait à la rigueur être plutôt mignon. Mais on aurait aimé voir au moins autant de souci de l'état de santé du protagoniste humain de l'histoire. Il s'est après tout fait sauvagement attaquer. On ne peut même pas se dire que c'était de sa faute: il n'était visiblement pas capable de se protéger lui-même, et quelqu'un aurait peut-être dû mieux s'en soucier.

Qu'est-ce qui se passe ici? Avouez qu'à la base, c'est plutôt étrange. Un ours n'est pas seulement une autre espèce, c'est une de celles qui peut se transformer pour nous en prédateur. Si vous croisiez l'animal de l'image sur un chemin de montagne, vous iriez lui souhaiter de joyeuses fêtes? Bien sûr que non. Vous lui laisseriez bien la place de passer, en espérant qu'il ne vienne pas être trop 'amical' avec vous. Alors oui, évidemment, c'est aussi un être vivant capable de souffrir, et qui a une vie intérieuse plus complexe que celle d'une abeille. Certes. Mais tout cela s'applique encore davantage dans cette histoire à sa victime.

Avons-nous vraiment passé dans un modèle où un animal vaut plus, aux yeux de l'opinion, qu'un humain handicapé? La question est légitime. Et inquiétante. Mais il y a au moins deux lectures alternatives. L'anthropomorphisme, la tendance à attribuer des caractéristiques humaines aux animaux (comme, pour prendre un exemple au hasard, savoir lire les cartes de vœux?) est forte. Cette histoire montre qu'elle peut être plus forte que notre tendance à attribuer, correctement cette fois, des caractéristiques humaines aux humains 'différents de nous'. A ruminer, cela. L'amour des animaux peut véritablement s'associer à une hostilité envers les humains. Ce qu'un ami a appelé la 'sensiblerie zoophile jointe au mépris des humains en général et des handicapés en particulier'. Cela a déjà donné des dérives. A l'heure où les droits des animaux ont le vent en poupe, ces dérives devraient nous faire réfléchir. Là où des intérêts humains et animaux sont réellement en tension, comme dans la recherche médicale par exemple, nous n'avons pas toujours brillé par notre capacité à réfléchir de manière sensée.

Une autre possibilité: que finalement on attribue tout simplement plus d'importance à l'histoire la plus touchante. Mais alors qu'est-ce qui fait qu'une histoire nous touche plus qu'une autre? Pas seulement la valeur que l'on attribue aux protagonistes. Une publicité géniale d'Ikea avait montré il y a quelques temps à quel point nos émotions peuvent être conduites par le bout du nez dans un joli récit. Regardez-là de nouveau. Ce petit film est un avertissement...

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Et de deux!!!

Magnifique. On ne rira plus jamais du rôle de la Suisse dans la paix mondiale. Nous sommes en 2009 et notre pays vient de gagner pour la deuxième (oui la deuxième) fois, et attention, de suite, le prix IgNobel de la paix.

Petit rappel, en 2008 les prestigieux et décapants prix IgNobel distinguent une commission de bioéthique helvétique 'et les citoyens suisses' pour avoir adopté un principe légal selon lequel les plantes ont une dignité. C'est d'ailleurs à cette occasion que j'ai démarré ce blog. Ces prix, petits cousins satiriques et transatlantiques des prix Nobel annoncés cette semaine, distinguent la recherche 'qui fait rire, puis donne à penser'.

Et il semble qu'on ait réussi à faire ça deux fois de suite. Pas mal! Cette fois, c'est une équipe de l'Université de Berne qui est récompensée pour avoir déterminé -et attention, expérience scientifique à l'appui- que l'on peut fracasser un crane humain avec une bouteille de bière, que celle-ci soit vide ou pleine. Je vous rassure, ils n'ont bien sûr tué personne pour arriver à ce résultat.

Le site officiel annonce par ailleurs, et entre autres:
- le prix de médecine vétérinaire à une équipe anglaise qui a montré que les vaches qui portent un prénom donnent plus de lait que celles qui n'en portent pas...Comme quoi bien traiter ses vaches, ben ça paie.
- le prix de santé publique à des chercheurs de Chicago qui ont inventé un soutien gorge qui se transforme en masque à gaz...Ça sera la raison la plus loufoque de l'enlever!
- un prix de biologie à une équipe japonaise qui a montré qu'on pouvait réduire de 90% les déchets domestiques en les traitant aux selles de panda...Une raison de les sauver après tout?

Alors oui, on rit, mais effectivement ça laisse en même temps songeur...

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Les écologies et leurs dérives

C'est l'été, je suis un peu plus lente à la détente. Mais j'ai bondi en lisant les descriptions des récentes attaques contre Vasella.

Vous aussi? C'est normal. C'est même le but, après tout. Comme toutes les personnes prêtes à attaquer des gens pour défendre des idées, les militants de l'écologie radicale misent sur cet effet de choc. Le résultat? On parle d'eux, on leur donne de l'attention, du temps de parole. Où ils peuvent profiter de ne pas s'excuser, et de défendre ces actes. Non mais de qui se moque-t-on. Tout ça leur coûte évidemment nettement moins que d'essayer de convaincre. La violence, comme d'habitude, est le dernier refuge de l'incompétence. Selon l'excellente analyse de Denis Duboule, c'est aussi le dernier refuge de groupes qui 'perdent de la légitimité et compensent par des actes de plus en plus violents.'

Ca, c'est un des pièges classiques quand on est convaincus d'agir au nom d'une cause juste. Plus on la sent menacée, plus on a tendance à faire pour elle des sacrifices: notre temps, nos effort, puis parfois progressivement nos valeurs, nos semblables...

Le danger, c'est que c'est parfois contagieux. Il est probable que nous soyons tous d'accord pour condamner, dans l'absolu, les moyens employés ici. Mais peut-être certains d'entre vous pensent-ils néanmoins que, dans ce cas, le jeu en valait la chandelle. Que cette cause est suffisamment juste. Et qu'elle justifie des actes normalement inacceptables.

Alors prenons un pas de recul. La cause du Stop Huntington Animal Cruelty est-elle juste? On a le droit d'en douter. Les déclarations de leur porte-parole les place dans la mouvance du deep ecology ou du land ethics (un très bon résumé des mouvances de l'écologie par un collègue se trouve ici). Les mouvements qui se situent là stipulent que:

1) les animaux, les plantes, la biosphère doivent être sur notre radar moral : jusque là, pas de problème

mais aussi que
2) ils doivent y être pour eux-même ; ici commence le désaccord avec les versions plus courantes de l'écologie qui les défendraient, certes, mais au nom des intérêts humains à vivre équitablement dans une planète durable.

et surtout que:
3) c'est la biosphère, et non l'humanité, qui doit être au centre de notre radar moral: en d'autres termes, si la destruction de l'humanité améliorait la biodiversité, par exemple, elle serait à considérer comme moralement bonne.

On n'est pas étonnés de voir un groupe qui semble penser ça s'attaquer sans état d'âme à des personnes. Ni d'ailleurs à le voir complètement négliger les moyens d'expression démocratiques. Pourquoi les écologistes radicaux auraient-ils confiance en la population d'états démocratiques? Tous ces citoyens qui ont la fâcheuse tendance à donner la priorité aux êtres humains, pfff... Vous voyez où ça peut mener. Corrosif, tout ça. On voit mieux du coup pourquoi ces groupes perdent de la légitimité. Et pourquoi c'est heureux.

D'autant plus qu'il n'est évidemment pas nécessaire de penser tout cela pour s'opposer à certaines formes d'expérimentation animale. Vous êtes contre les expériences qui causeraient des souffrances aux animaux pour vendre du rouge à lèvres? Il est assez probable que votre position se résume ainsi:

A) les animaux méritent notre considération morale
B) sacrifier leur intérêt pour cette raison ne vaut pas la peine car l'avantage humain retiré ici est insuffisant pour justifier ce sacrifice.

Certains d'entre vous seraient sans doute d'accord qu'il peut être justifié de sacrifier des intérêts animaux à des intérêts humains plus importants, comme soigner les paraplégiques, par exemple.

Finalement, même si vous êtes dans la toute petite minorité qui pense que la cause des extrémistes écologiques est juste, rappelez-vous que c'est insuffisant. Il est inexact qu'au nom d'une cause juste on peut faire n'importe quoi. La recherche médicale, qui est elle-même une cause juste visant à diminuer la souffrance humaine et la maladie, a elle aussi été longtemps victime de cette illusion. C'est justement parce que ses acteurs ont ouvert les yeux qu'on ne peut plus, aujourd'hui, pratiquer la recherche sur les animaux (ou les êtres humains) sans une stricte surveillance. Qui n'autorise de loin pas tout. Cela rend la situation actuelle profondément ironique: ceux qui semblent prêts à tout pour défendre, disent-ils, une position morale, ont sur ce point crucial d'éthique un immense retard par rapport à leurs victimes.

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L'histoire de la vie

Ça vaut largement les 16 minutes et 17 secondes que ça dure. Une série de photos qui retracent l'histoire de la vie sur terre, 'depuis avant que le ciel ne soit bleu'. Évidemment, le photographe n'est pas allé en visite il y a 3 milliards d'années. Mais la succession d'images -de la planète entière- qui reconstruisent ce parcours est proprement vertigineux. Une prouesse. Et si vous trouvez que ce genre d'exercice se passe de musique et de commentaire, allez ensuite regarder ce film accéléré d'un lever -puis d'un coucher- de terre vu depuis la lune: ici, le silence total fait partie du spectacle.

Le lien avec l'éthique? Pas grand chose. Sauf qu'il est difficile de traverser ces images sans revoir avec une dose d'humilité notre propre place dans tout ça. Ne pas faire trop de mal dans notre passage à travers la réalité, voilà déjà un but honorable. Et si on arrive à faire un peu de bien aussi, tant mieux. Pour le reste, Sagan le disait plutôt bien: "une religion, ancienne ou nouvelle, qui mettrait l'accent sur la magnificence de l'Univers comme le révèle la science actuelle, pourrait tirer de nous des réserves de révérence et de crainte sacrée pas même effleurées par les fois conventionnelles..."

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Le jour international de l'esprit critique?

Vous avez lu le journal, regardé la télévision ou passé du temps en ligne aujourd'hui?

Et...vous avez trouvé les poissons d'avril?

Comme ils ne sont pas toujours dignes d'une anthologie, voici quelques uns des meilleurs, recensés par ce site des top 100 du palmarès.

Le N°1? Un reportage anglais de 1957 sur la récolte de spaghetti en Suisse! Aux spectateurs qui ont ensuite voulu faire pousser leur propre arbre à domicile, il fut répondu 'de mettre une pâte dans une boite de sauce tomate et d'espérer...' La vidéo est ici.

La liste commence vers 1708, lorsqu'un auteur satirique anglais prit une identité factice de voyant pour prédire la mort d'un 'voyant rival': cela marcha tellement bien que certains, qui croisèrent le 'mort' le jour J furent convaincus d'avoir affaire à un fantôme.

En 1965, plus innocemment, le journal danois Politiken annonça qu'une nouvelle réglementation routière exigerait désormais que les chiens soient peints en blanc pour être mieux visibles...

En 1976, un astronome anglais annonçait à la BBC qu'un alignement inhabituel de planètes allait faire diminuer la gravité sur terre à 9h47 précise, et que si les auditeurs sautaient en l'air à cet instant précis ils sentiraient un étrange flottement. Des centaines d'entre eux ont témoigné l'avoir ressenti, et une femme a même raconté que toute une tablée s'était élevée de leur chaise dans les airs spontanément pour flotter dans la pièce.

Moins sophistiqué (et pourtant), la National Public Radio américaine a annoncé en 1983 avec effroi le tarissement imminent de 'la dernière source naturelle de fondue sur sol américain', en avertissant que c'était un signe de plus des menaces sur les resources non-renouvelables de fromage...

Certains sont experts de l'humour noir. En 1994, la Tribune de Moscou a fait un micro-trottoir sur 'le nettoyage ethnique en Brutistan' et a reçu toutes sortes de commentaires de passants très soucieux de cette république inexistante.

Dans le genre du réalisme effrayant, mais sur un tout autre registre, le journal New Mexicans for Science and Reason a annoncé en 1998 que le parlement de l'Alabama, un état traditionnellement religieux et conservateur, avait voté pour changer la valeur de la constante mathématique Pi de 3.14159... à la 'valeur biblique' de 3.0.

L'Australie, qui avait passé des pouces aux mètres, a annoncé en 1975 l'introduction du 'temps métrique' avec des jours de 20 heures, des heures de 100 minutes, et des minutes de 100 secondes...

Le réchauffement climatique fut attribué en 2007 à la diminution de la population de moutons en Nouvelle-Zélande, dont la laine blanche aurait eu un effet réfléchissant sur le rayonnement solaire. Bien sûr, quand il fait plus chaud on achète moins de pull en laine, diminuant du coup encore la demande et donc le nombre de moutons, au secours!

En 2002, un supermarché britannique annonça l'arrivée de 'carottes sifflantes' génétiquement modifiées pour faire de la musique à la cuisson...

Le Daily Mail annonça en 1982 la présence sur le marché de 10'000 'soutien-gorges voyous' dont l'armature en cuivre, lorsqu'elle était en contact avec du nylon à température corporelle, interférait avec les communications du téléphone et de la radio. Les très sérieux British Telecom demandèrent immédiatement aux employées de déclarer la marque de leur soutien-gorge...

Burger King a annoncé en 1998 la sortie d'un hamburger pour gauchers, avec les mêmes ingrédients mais en rotation de 180°. Des milliers de clients l'ont demandé, ou au contraire ont précisé qu'ils voulaient la version traditionnelle pour droitiers...On espère que certains d'entre eux faisaient du deuxième degré, mais tous? Apparemment, un monument à la crédulité humaine.

Finalement, un poisson d'avril plus inconfortable. En 1993, un journal chinois tout à fait officiel a annoncé à la une du 1e avril que les détenteurs d'un doctorat seraient exemptés de la règle de l'enfant unique. L'article était identifié comme un faux sur la même page. Mais plein de gens y ont cru, et la 'nouvelle' a été rapportée à Hong Kong, par exemple, comme un fait avéré. La réaction officielle du gouvernement fut édifiante: le 1e avril fut condamné comme 'une dangereuse tradition occidentale', qu'un autre journal appela 'extrêmement dangereuse'.


Dangereuse? Ça dépend pour qui...! Car c'est effectivement un jour pas comme les autres, que celui-ci où l'on se demande à chaque article, à chaque page web, 'mais bon sang où est-ce que ça joue pas...???'.

Les autres jours, qui veut parier qu'on se laisse avoir plus facilement?

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Notre morale darwinienne

Un certain Charles Darwin aurait 200 ans aujourd'hui. Alors bon, d'accord, l'évolution n'est pas précisément un scoop. Cette théorie (le terme peut prêter à confusion mais une excellente explication est ici) fut publiée il y a presque juste 150 ans. Mais c'est donc à double titre que 2009 est l'année Darwin. Toute une série de festivités scientifiques sont prévue dans de nombreux pays, et en Suisse ce site en centralise les annonces.

Quel rapport avec l'éthique? Beaucoup. D'abord, si pas mal de gens persistent à douter que l'évolution ait effectivement donné lieu à la diversité de la vie, des amibes à nos voisins de pallier, ce n'est pas seulement parce que comprendre l'évolution est compliqué. C'est aussi parce que c'est une blessure narcissique. Une lady distinguée, contemporaine du grand Charles, l'aurait très bien dit: 'Espérons que ce ne soit pas vrai que nous descendons des singes. Mais si c'est vrai, espérons que ça ne s'ébruite pas!'. Alors d'accord, on peut comprendre que nous ayons assez d'ego pour nous juger si infiniment supérieurs aux animaux qu'avoir des ancêtres communs nous blesse. Mais avouez que cette raison n'est pas très montrable. De la fierté à n'en pas être fiers. Comme motif, on fait mieux. Surtout quand il s'agit de refuser ce qu'une observation lucide du vivant peut nous apprendre, y compris sur nous-même.

Mais il y a un autre lien avec l'éthique, et qui est plus subtile. Car une des raisons pour lesquelles l'évolution se fait encore des ennemis alors qu'elle est devenue la langue maternelle de la biologie moderne, c'est que certains craignent que dès lors que l'évolution est vraie, alors c'est la guerre de tous contre tous, il est légitime que le plus fort gagne, bref les valeurs foutent, pour de bon ce coup-ci, le camp.

En fait, rien n'est plus faux. Malgré toute la force des images qu'évoquent des phrases comme 'la survie du plus fort'. Bien sûr, une valeur comme ça n'en serait pas franchement une, c'est vrai. Mais même s'il faut forcément simplifier un peu (les biologistes parmi les lecteurs me pardonneront j'espère), ce que prédit l'explication de l'évolution par la sélection naturelle, c'est en fait que toute caractéristique héritable qui offre un avantage, même faible, dans un environnement donné, va y devenir plus fréquente qu'une caractéristique neutre ou désavantageante. N'importe laquelle. Et ça, ça veut dire que les caractéristiques présentes aujourd'hui le sont, jusqu'à preuve du contraire, parce qu'elles offrent ou ont offert un tel avantage. Toutes. Très probablement, donc, même nos intuitions morales, Y compris l'altruisme, la générosité, le sacrifice de soi, tout ce qui semble être tellement aux antipodes de la nature sauvage que l'évolution semble dépeindre. Et finalement, est-ce si étrange? Si l'évolution 'sauvage' peut produire des papillons et des orchidées, pourquoi pas le sens de la justice? Darwin, que ces successeurs n'ont pas toujours lu, l'avait d'ailleurs très bien compris. Car comment vouloir expliquer les origines de qui nous sommes sans se rendre compte que notre conscience morale fait partie de cela? Penser que l'évolution nous dicterait d'abandonner l'éthique, c'est à peu près comme penser qu'elle nous dicterait de marcher à quatre pattes.

Scruter nos valeurs par la lunette de l'évolution, c'est en fait tenter de mieux comprendre comment ça se fait que nous ayons cette forme-là de conscience morale. Un peu comme l'évolution explique aussi comment ça se fait que nous marchions debout. Déstabilisant? Peut-être. Si l'on a besoin de penser que notre conscience morale est dictée par Dieu, par exemple, alors oui: songer qu'elle se serait en fait affutée au fil des millénaires en se complexifiant telle un figuier, le sonar d'une chauve-souris, ou le délicat mécanisme de notre oreille interne, ça peut bousculer nos repères. Mais sur le plan strictement moral qu’importe, dès lors que nous sommes d’accords que nos valeurs nous importent. Mieux: en donnant à nos valeurs une explication biologique, l'évolution en ancre résolument les origines dans ce qu'il y a de plus inécartable en nous. On aurait presque le droit d'être un peu rassurés...

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La justice, les singes, et nous...

Là, je reviens des États-Unis. Congrès. Très chouette, pour qui aurait la sagesse d'éteindre la télévision en permanence; mais en fait je ne l'eut point. Le résultat: des clips de campagnes présidentielles toutes les cinq minutes. Littéralement. C'était l'Ohio, et la bataille y fait rage.

Au passage, cela dit, quelques discussions de l'état de la médecine outre-Atlantique. Et malgré l'impression très exotique que ça donne au premier abords, on se rend compte que certains trucs se trouvent partout. Par exemple, il y a aussi aux USA des gens qui pensent que c'est une bonne idée de déréguler le 'marché' de la santé, pour que la bonne vieille concurrence y fasse son œuvre: non mais vous vous imaginez? Si seulement on ne s'y reconnaissait pas...Juste au cas où, je vous mets aussi une voix critique: on ne sait jamais, vous pourriez en avoir besoin.

Cela fait maintenant quelques années que je fais des conférences sur des sujets qui tournent autour de la justice et de la solidarité dans le système de santé, et il y a une différence de base entre les publics européens et américains. Quand on introduit des valeurs comme l'équité, la solidarité entre malades et bien-portants, entre jeunes et vieux, tout ça, les auditeurs européens se mettent à faire 'oui' de la tête. Aux USA, ils prennent un regard où j'ai appris à comprendre 'quoi? vraiment? chez vous les gens soutiennent ce genre de chose? quelle chance vous avez!'

Montherlant
pensait (ou a du moins dit) que 'Les âmes communes n'apprennent le sentiment de la justice que lorsqu'elles ont eu des déboires'. Mais en fait, il semble qu'on naisse cablés avec un minimum de sens de l'équité. On a même pu démontrer que les singes capucins savaient reconnaître un salaire inégal...et se révolter contre! Première étape: vous apprenez à votre singe à être un bon capitaliste en lui enseignant que s'il vous apporte un caillou en guise de monnaie, vous lui donnerez à manger. Vous faites varier les prix en lui donnant contre le même genre de caillou soit un raisin, soit un bout de concombre. Deuxième étape, vous faites deux colonnes (cela nécessite plusieurs singes mais bon, pas de questions de justice sans être au moins deux), et vous leur faites la distribution en parallèle sans les laisser changer de file. Troisième étape: vous commencez à distribuer systématiquement des raisins dans une file, des concombres dans l'autre. Les singes désavantagés vont vous jeter le concombre à la figure. Ils préfèrent ne rien avoir qu'être moins bien 'payés'.

Bon, chez les humains il semble que la forme de l'environnement joue un rôle important: on a besoin d'avoir une impression minimale de contrôle sur ce qui nous arrive pour montrer notre sens de la justice en refusant un salaire inférieur pour un travail égal. Et l'expérience ne montre pas dans quelles conditions on est d'accord de sacrifier un avantage personnel pour aider un moins bien loti.

Alors, la différence entre le public européen et américain: une question d'impression de contrôler ce qui nous arrive? Je n'en sais franchement rien. Mais une fois qu'on a vu ce genre de chose on lit le journal autrement...

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La Suisse 'championne' de la dignité

Championne de morale? De ridicule? Un peu des deux? Les prestigieux et décapants prix IgNobel ont distingué cette automne du prix de la paix une commission de bioéthique helvétique 'et les citoyens suisses' pour avoir adopté un principe légal selon lequel les plantes ont une dignité.

Voilà ce qu'on précise sur le site officiel:

'PEACE PRIZE. The Swiss Federal Ethics Committee on Non-Human Biotechnology (ECNH) and the citizens of Switzerland for adopting the legal principle that plants have dignity.
REFERENCE: "The Dignity of Living Beings With Regard to Plants. Moral Consideration of Plants for Their Own Sake"
WHO ATTENDED THE CEREMONY: Urs Thurnherr, member of the committee.'


Ces prix, petits cousins satiriques et transatlantiques des prix Nobel annoncés cette semaine, distinguent la recherche 'qui fait rire, puis donne à penser'. Que penser, donc, de notre prix national? Il semble en tout cas avoir rempli les critères demandé. Dans la communauté scientifique, le but de faire rire est atteint. De très sérieux sites expliquent que l'hybridation des roses pourrait être menacée, ou encore que les carottes suisses ont désormais une dignité, mais que ça ne semble pas nous empêcher de les manger!

Mais le but de donner à penser semble atteint aussi, finalement. En termes bioéthiques, la dignité est ce qu'on pourrait appeler un 'truc à majuscule'. On est d'accord que c'est très important, même si c'est nettement (nettement!) plus difficile à définir que l'on pense. Et cette difficulté pose problème. Que veut dire respecter la dignité des plantes? Selon la commission helvétique, ne pas empêcher le développement normal pour leur espèce 'sans justification'. En d'autres termes, effeuiller la marguerite en se demandant si l'être aimé vous aime un peu, beaucoup, etc: OK. L'effeuiller juste comme ça: pas OK. Une exigence très limitée, donc. Et qui découle un peu inévitablement de l'inscription de la 'Würde der Kreatur' (traduit en Français par...'intégrité des organismes vivants') dans l'article 120 de la Constitution fédérale.
Que veut donc dire 'dignité'? Habituellement, c'est une caractéristique des êtres humains, qui selon Kant les distingue justement des autres entités du monde, y compris des autres êtres vivants. Elle fonde le respect qu'on doit à nos semblables. Si vous êtes intéressés, une discussion très complète du respect des personnes se trouve ici. La version courte, c'est qu'on assiste en bioéthique à deux mouvements autour de la notion de dignité. D'une part, on questionne l'utilité du concept de dignité, qui après tout signifie toutes sortes de choses que l'on pourrait sans doute exprimer plus clairement avec d'autres termes. D'autre part, on l'étend au-delà du domaine humain. Pour inclure les animaux, et -c'est là l'IgNobel suisse- les plantes.

Ces deux mouvements ne sont peut-être pas si contraires que ça, car plus on étend le champ de la dignité, plus le concept devient flou...Pas anodin, donc, de l'étendre aux plantes. Si on veut continuer de s'en servir tout du moins.

Mais en attendant, les prix IgNobel sont aussi l'occasion de mesurer le sens de l'humour des lauréats. 'Bravo' à tous, et soyons à la hauteur!

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