Nos filles et nos fils

On le sait depuis longtemps, si le rapport hommes/femmes dans une société augmente, la criminalité augmente aussi. La politique chinoise de l'enfant unique, et la préférence pour les garçons qu'elle exacerbe assez inévitablement, a déjà été critiquée pour cela. Mais ce n'est pas seulement la criminalité qui monte quand on diminue le nombre de femmes. Les garçons aussi se font kidnapper. Dure dure, cette réalité relatée ce printemps dans le New York Times. La politique de l'enfant unique...rend les enfants très très précieux. Et une des réactions est qu'ils se font voler à leurs parents.

Cette histoire est terrifiante, entre autre (mais pas seulement bien sûr!) par sa démultiplication. On peut dire bien des choses à ce sujet. Par exemple que les autorités chinoises prennent le problème au sérieux...mais il est révélateur que cela signifie parfois, pour les coupables, le peloton d'exécution. On serre fort d'un côté, les décisions humaines s'échappent comme le sable que l'on serre entre ses mains, on serre fort d'un autre côté...bref c'est une mauvaise solution.

La bonne solution, ce serait la diminution des préférences pour les fils. Naïf? Peut-être. Sauf qu'il semble que cela ne soit plus si illusoire...

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Mourir ensemble

On en avait parlé en avril alors qu'il s'agissait de réflexions annoncées. Que penser de l'assistance au suicide d'un conjoint en bonne santé, si un couple formait le projet de mourir ensemble? La semaine dernière un des chefs d'orchestre les plus réputés d'Angleterre, Sir Edward Downes, est venu en Suisse accompagner sa femme auprès de l'association Dignitas. Ils étaient mariés depuis plus d'un demi-siècle. Elle, atteinte d'un cancer incurable, souhaitait mettre fin à ses jours. Lui, progressivement aveugle et surtout bientôt veuf, n'a pas voulu lui survivre. Ils sont morts ensemble.

On est frappé par l'unanimité de leur entourage sur le caractère rationnel de leur projet. Et également par le courage de leurs enfants. Car en plus de la peine qu'il y a à perdre ses deux parents en même temps, on risque en théorie la prison en faisant le voyage avec un candidat à l'assistance au suicide. Cela dit, les lois du Royaume Unis reflètent elles aussi la perplexité générale face à l'assistance au suicide. Récemment, la chambre des Lords anglais débattait d'un point tatillon mais important: faut-il décriminaliser le fait d'accompagner un citoyen britannique en vue d'une assistance au suicide dans un pays étranger? Ils ne l'ont pas fait. Mais des 117 proches ayant accompagné un citoyen britannique à Zurich en vue d'une assistance au suicide, aucun n'a été inquiété par la justice anglaise.

Cette ambivalence qui entoure le choix de mourir, il est bien sûr difficile de ne pas la partager. Les commentaires sur cette version contemporaine du pacte de suicide amoureux la révèlent d'ailleurs une fois de plus. Mourir avec son conjoint, est-ce un choix véritablement libre? La nécessaire évaluation de la capacité de discernement, difficile à se meilleures heures en cas d'assistance au suicide, prend la une tournure bien particulière. Et que signifie être amoureux, sinon que notre pensée n'est pas indépendante, mais que c'est cela même que nous considérons comme le plus fondamentalement notre?

Du coup, serait-ce là l'ultime preuve d'amour? La question est hantée de l'histoire des bûchers funéraires où les veuves étaient brûlées, parfois pour éviter l'opprobre de l'avoir refusé...Mais d'autre part, comment peut-il s'agir de 'prouver' quoi que ce soit, à l'autre, en pareilles circonstances? Et comment peut-il s'agir de raisons dont il faudrait rendre compte en public?

Car fondamentalement, notre ambivalence reflète l'un des fondements de la légalité de l'assistance au suicide en Suisse: la notion que cela puisse représenter la clôture naturelle d'une biographie, le choix qui reflète ce qui a précédé dans la vie d'un individu. Au même titre que le choix d'attendre la mort 'spontanée', de prendre ce qui reste. Admettre cela (et la plupart des pays du monde ne le font pas), c'est ancrer le choix de mourir dans nos notions, très diverses, de la bonne vie. C'est du coup accepter qu'il ne peut se réglementer que par là. On l'interdira à qui ne fait pas un choix libre (pas de pression, donc) ou authentique (pas de suicide causé par une maladie mentale, donc). On en interdira la pratique à qui ne tient pas compte, uniquement, de la valeur du choix dans la vie de la personne qui meurt. Si j'en retire de l'argent, ou tout autre avantage personnel, mon motif est donc suspect.

On devrait aussi en interdire la pratique à qui ne vérifie pas tout cela avec soin. Le canton de Zurich, qui vient de passer un accord avec l'association EXIT pour garantir justement cela, n'a pas établi d'accord similaire avec Dignitas. C'est la source, en Suisse, d'un certain malaise autour de cette association, qui reste la seule à pratiquer l'assistance au suicide auprès d'étrangers non résidents. Ce malaise n'est pas le problème de la famille Downes. Mais dans la mesure où il concerne une pratique qui s'applique à leurs citoyens, cela pourrait être en partie le problème des législateurs britanniques.

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Vers la fin de la blouse blanche?

Bon, c'est l'été, on a tous un peu tendance à porter moins de vêtements que sur cette photo. Mais là c'est un peu différent. La très officielle et très médicale American Medical Association vient de voter une proposition ... pour l'abolition de la blouse blanche.

Non non, ce n'est pas une plaisanterie. En plus ils se tâtent et rien n'est encore définitif. Mais en fait, le vénérable survêtement médical n'a pas que des avantages. Les médecins écossais l'ont d'ailleurs déjà mis au placard.

Premier inconvénient incriminé: les manches. Une des activités quotidiennes les plus importantes des soignants est de se laver les mains. Mais vous avez vu tout ce tissu sur les poignets? Ça brosse, ça touche à tout, et ça empêche de se laver les mains correctement. Techniquement, il faudrait aussi enlever la cravate aux Messieurs: impossible de la garder vraiment disciplinée. Plein de choses sur cette photo qui risquent un jour de sérieusement la dater...

Que sacrifierait-on avec 'la blouse'? La réponse n'est pas si évidente. Elle 'fait sérieux', d'accord. On se dit qu'un habillement plutôt conservateur a plus souvent tendance à inspirer confiance. Et c'est un de ses buts. Mais en fait il semble que la plupart des personnes préfèrent...ce que porte leur propre médecin. Ceux dont le médecin ne porte pas le blanc, donc, ne s'en offusquent apparemment pas.

On perdrait certainement du symbole. Dans certaines universités américaines, la blouse blanche est remise aux étudiants en médecine lors d'une cérémonie rien que pour ça, extrêmement formelle. Mais ils sont parfois tellement fiers ensuite qu'ils vont boire leur café en blouse blanche dans le quartier d'à côté: et là je vous promet que le symbole en prend un coup.

Et tant mieux, en fait. Car porter l'uniforme ne sert-il pas d'abord à ériger des barrières? Si un médecin est utile d'abord par ses connaissances, par son expérience, se mettre dans une posture susceptible d'en rendre la communication plus difficile est à double tranchant.

Bon, OK, les jeunes médecins devraient peut-être travailler un peu plus dur pour être respectés par leurs patients âgés: pas toujours facile d'écouter sérieusement l'avis de quelqu'un qui pourrait être votre petit-fils ou votre petite-fille. Mais avec ou sans blouse cette difficulté va demeurer. Et comme on dit, pour les jeunes collègues concernés c'est un problème que le temps résout tout seul.

On perdrait des poches. On ne rit pas, c'est très important. Dingue ce qu'on peut y mettre.

On perdrait des difficultés, aussi. Les enfants qui ont peur de vous, dont les parents les ont peut-être (malheureusement ça existe) menacés de piqures s'ils n'étaient pas sages. Ceux-là auront moins peur, et leurs visites médicales se passeront mieux. J'ai testé, en pédiatrie, les deux systèmes, et la sérénité du contact en civil a une valeur indéniable.

C'est que le symbole n'est pas sans mélange. On risque de transmettre plus de germes en blouse à manches longues, mais on transmet certainement aussi des attentes. Bonnes souvent, mais pas toujours. Enlever la blouse ne permettrait d'éradiquer ni les un ni les autres. Ça n'épargnerait pas l'effort de se laver les mains. Ni celui d'être compréhensible, d'écouter. Mais ce serait un pas intéressant. Beaucoup de collègues le franchissent à l'ouverture de leur cabinet. Les hôpitaux quant à eux, ménageront sans doute la chèvre et le choux: en coupant les manches plutôt que d'abolir la blouse. Certains, d'ailleurs, l'ont déjà fait...

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Notre autre morale darwinienne

Vous trouvez que je vous parle beaucoup d'évolution ces temps? Eh bien ce n'est pas seulement parce que c'est une année Darwin, ni uniquement parce que les liens entre la biologie de l'évolution et l'éthique sont incompris. Non, en comprenant mieux comment marche la sélection naturelle, on peut ... mieux aider nos semblables!

Cet autre lien entre la biologie de l'évolution et la bioéthique (ici celle de la santé publique) est expliqué dans la conférence enregistrée ici. Paul Ewald y explique comment, si l'on pose les bonnes questions, on peut quasiment en venir à 'domestiquer les bactéries'. Comment faire un truc pareil? Actuellement, lorsqu'un micro-organisme nous cause du mal, soit on le tolère (quand on n'a pas le choix, ou qu'il est bénin, ces deux conditions s'appliquent au rhume par exemple), soit on prend des antibiotiques. En d'autres termes, on lui tape dessus.

Mieux comprendre les mécanismes de sélection naturelle qui opèrent sur les micro-organismes permet de faire quelque chose de plus subtil: leur tirer le tapis sous les pieds. Ou en tout cas tirer le tapis sous les pieds de leur capacité à nous rendre gravement malades. Comme point de départ, deux postulats tous simples. Si vous êtes une bactérie ou un virus, et que vous dépendez de la mobilité de votre hôte pour être transmis, vous serez mieux transmis si vous ne causez pas une maladie trop grave. Une personne très malade ne bouge pas beaucoup, pour vous c'est un problème. Par contre, si vous ne dépendez pas de sa mobilité, alors vous vous porterez mieux si vous exploitez davantage les ressources de votre hôte, quitte à le rendre très très malade. S'il ne bouge pas, pour vous ce n'est pas grave. Comment cela s'applique-t-il aux maladies humaines? Deux exemples pour illustrer ça.

La malaria est un excellent exemple d'une maladie qui n'a pas besoin que l'hôte humain ne bouge. Les moustiques s'en chargent avec une efficacité redoutable. Ici, le modèle évolutionniste prédit que si l'on coupe l'accès des moustiques aux personnes très malades, la pression de sélection se mettra à favoriser les parasites qui laissent les gens assez bien pour vaquer à leurs occupations. Comment faire ça? En bloquant aux moustiques l'accès aux habitations. Les moustiques vont alors piquer surtout des personnes valides. Dans les années 30 aux États-Unis, ça a même été fait. Et vous savez quoi? Ca marche! La maladie devient plus bénigne en l'espace de quelques années, et sa prévalence chute: bingo.

La diarrhée infectieuse est un peu plus compliquée. Là, la maladie est typiquement transmise soit de personne à personne, soit par de la nourriture contaminée, soit par l'eau. Et le mode de transmission change la pression de sélection. Pour transmettre par voie directe ou par la nourriture, il faut plutôt pouvoir bouger. Pour transmettre par l'eau, non. La description, je sais, est un peu graphique, mais tôt ou tard quelqu'un portera votre linge à la rivière, et les agents infectieux en profitent. Quelles prédiction peut-on en tirer? Eh bien que si la transmission par l'eau est facile, la maladie sera plus virulente. Et si l'on coupe la transmission par l'eau, elle le sera moins. Bien involontairement, cette 'expérience' a même eu lieu durant le cours de l'épidémie de choléra El Tor en Amérique du Sud. Et devinez quoi? Dans les pays où l'eau est mieux protégée, l'épidémie s'est adoucie avec le temps. Dans les pays où l'eau se contamine beaucoup, la virulence, au contraire, a augmenté. Non seulement on diminue le nombre de victimes en sécurisant l'eau, mais en plus les malades sont moins malades.

Le lien avec l'éthique?
C'est que tant que ces mécanismes restent méconnus, ou inappliqués, nos stratégies peuvent être non seulement moins efficaces, mais parfois carrément délétères. Prenons l'exemple de la diarrhée. Si l'on traite le choléra avec des antibiotiques sans protéger l'eau, que va-t-il se passer? On va sélectionner des souches plus virulentes, simplement en laissant ouverte la voie de transmission par l'eau. Et l'on va aussi sélectionner des souches résistantes aux antibiotiques. Si par contre on sécurise l'eau, on va non seulement diminuer la gravité de la maladie, mais aussi faire reculer la résistance aux antibiotiques. Après tout, plus les malades sont malades et plus on aura tendance à leur en donner. Si la maladie s'adoucit par contre, on en prescrira moins, et la résistance reculera. Une parfaite occasion pour améliorer, par des outils biologiques, notre manière de faire face à des maladies graves et négligées. Quelle erreur de ne pas les utiliser davantage...

L'affiche qui illustre ce message montre d'ailleurs à la fois où nous avons progressé et où, non. OK, on sait désormais que ce n'est pas l'eau froide, mais l'eau non bouillie qui est un danger. Pas les légumes et les fruits verts, mais ce qui ne remplit pas les règles standard 'boil it, cook it, peel it, or forget it'. Que les courants d'air ne transmettent pas ces germes.
Ne pas prendre de traitement sans avis médical, par contre, ça reste de rigueur. Et l'autre chose qui n'a pas changé, malheureusement, c'est l'attention que l'on offre aux démunis. Aujourd'hui, si ces épidémies frappent surtout des pays pauvres, c'est en partie parce que justement elles sont favorisées par le manque d'infrastructures de bases comme l'eau courante propre, ou des moustiquaires aux fenêtres. A l'époque déjà...vous avez vu ce qui est écrit en bas de l'affiche? Vous n'arrivez pas à lire? Dans la plus petite écriture, il est indiqué que 'Un traitement et des conseils médicaux sont disponibles pour les pauvres à tout heure du jour et de la nuit en se présentant à la station de chaque unité'. C'est minuscule. Un hasard? Mince, sans doute non...Et dans une épidémie, encore davantage qu'habituellement, c'est vraiment pas malin.

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Viva la evolución

Si la théorie de l'évolution reste largement incomprise alors même qu'elle est devenue la langue maternelle de la biologie actuelle, c'est un peu parce que trop souvent on ignore à la fois ce qu'est l'évolution...et ce qu'est une théorie. Si le sujet vous intéresse un tant soit peu, allez vite lire l'excellent dossier que vient de publier la revue Campus (c'est le journal de l'université de Genève).

Je ne vais pas vous le résumer. C'est en ligne, les articles sont courts, ils sont tous excellents: allez voir. Pour ceux qui auraient besoin de plus d'encouragement, voici déjà les titres:


'Nous cherchons du sens là où il n'y en a pas'

'Lire l'évolution dans les gènes'
'Le créationisme a débarqué en Europe'
'Le "darwinisme social" est une contradiction'
'Rien de tel qu'une extinction de masse pour doper la biodiversité'
'Et Dieu créa Darwin'

Bon, je vous ai dit que je n'allais pas résumer, mais je vais quand même commenter la photo. Un des mythes démystifiés par le dossier est l'idée, très répandue mais fausse, que l'évolution représente un progrès. En fait, l'évolution représente...une évolution! Pas de direction, pas de plan, pas d'amélioration inhérente si ce n'est dans l'adaptation à un milieu donné, à une époque (assez longue, soit) donnée. Que change le milieu, et ce qui était jusqu'alors utile ne le sera plus nécessairement.

Pour ceux qui veulent en lire davantage, je précise aussi que le dernier article est un entretien avec Pascal Engel, traducteur en français de 'Darwin est-il dangereux?'. Ce livre semble malheureusement épuisé en traduction mais il reste disponible en anglais ici.

Voilà pour l'évolution.

Alors est-ce une 'théorie'? Oui! Mais pas au sens où l'entendent ceux qui voudraient n'y voir 'qu'une théorie'. La différence? Elle est expliquée dans cette vidéo. C'est même rare de voir ça expliqué si clairement.

Il y a en fait une troisième raison pour laquelle la théorie de l'évolution est incomprise
: la crainte qu'elle ne signe la fin de la morale humaine, de sociétés justes, des valeurs qui nous importent. Ce point est abordé dans l'article consacré à ce qu'on a appelé, en fait à tort, le 'darwinisme social'. C'est une des qualités du dossier que d'avoir abordé, de front, aussi cette question-là.

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Un monde plus beau que nos rêves?

Comme nous parlions justement de théocratie, je me suis rappelé qu'on reproche souvent à la compréhension scientifique du monde de manquer de sens du merveilleux. De poésie. D'empathie. De morale (ça j'en ai déjà parlé). En bref d'humanité. Je n'ai probablement pas besoin de prendre de gants avec les personnes qui viennent lire ici mais, si je vous me passez l'expression, foutaises que ces critiques.

D'abord, vous avez vu cette photo? Et puis je me suis dit que tiens, aujourd'hui j'allais vous fais une traduction. D'un vrai scientifique.

"Nous allons mourir, et cela fait de nous ceux qui ont de la chance. La plupart des gens ne mourront jamais, parce qu'ils ne seront jamais nés. Les personnes potentielles qui auraient pu être ici à ma place -mais qui ne verront en fait jamais la lumière du jour- sont plus nombreuses que les grains de sable du Sahara. Certainement, parmi ces fantômes sans vie, des poètes plus grands que Keats, des scientifiques plus grands que Newton. Nous savons cela, car l'ensemble des personnes rendues possibles par notre ADN dépasse si massivement l'ensemble des personnes existantes. Au nez et à la barbe de stupéfiantes probabilités contraires, c'est vous et moi, si ordinaires, qui sommes ici. "


C'est du Richard Dawkins. Pur sucre. On ne le présente plus, mais pour ceux pour lesquels ce serait encore un inconnu les deux conférences qui sont ici ('Le monde est-il plus étrange que nous ne pouvons l'imaginer?') et ici ('L'athéisme militant') valent le détour. Aller, pour les inconditionnels il y en a encore une ici.

Un peu plus loin:

"(...) Après avoir dormi au travers de cent millions de siècles, nous avons finalement ouvert nos yeux sur une planète somptueuse, étincelante de couleurs, débordante de vie. A bout de quelques décennies seulement, nous devons les refermer. Qui, sachant cela, ne bondirait pas de son lit, impatient de continuer à découvrir le monde, et heureux d'en faire partie?"

Bon. Vous je sais pas, mais moi je sais tout cela et il m'arrive malgré tout -et régulièrement, attention- d'avoir du mal à me lever le matin. Navrée, Richard. Si c'était censé être une conclusion, elle ne tient empiriquement, disons, qu'incomplètement la route.

Mais on lui pardonne, n'est-ce pas (même ça on sait aussi le faire). Car son cœur est au bon endroit, non?

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Twitter: #Iranelection

Si vous n'avez pas encore été regarder la 'mer de vert' virtuelle, vous êtes en train de rater quelque chose. Quelque chose d'important? Sans doute. Deux semaines que les élections iraniennes ont été truquées, deux semaines que le thème #iranelection reste en tête des conversations sur Twitter. Ce mélange de communication directe, de conversation mondiale, et de reportage amateur démultiplié est sans précédent. Bien sûr il comporte ses risques. Tout n'y est pas fiable. La conversation se laisse tauper par des erreurs, hâtives ou induites. Et sa facilité même rend cette technologie vulnérable à la surveillance.

Mais les possibilités sont frappantes. Une jeune collègue iranienne écrit par exemple frénétiquement, pendant les manifestations réprimées, des bases de premiers secours en 140 caractères. Le B-A-BA, mais quel autre média permet de faire ça? Et bien sûr, malgré les efforts pour couper l'internet, la digue est pleine de trous: l'information, les photos, tout passe en quantité suffisante pour que le monde demeure spectateur des manifestations, de la répression, et de ses victimes. Certains ont pris le temps de faire le tri. Des synthèses commencent à apparaître. Des conseils d'activistes aussi. Et des conseils...pour améliorer l'usage de Twitter et le rendre plus sûr.

La caisse de résonance est vraiment énorme.
Et c'est aussi là que le gouvernement en place, chaque jour un peu plus, se discrédite.

La suite? Impossible à dire. La ressemblance du mouvement actuel avec la révolution de 1979 (avec ses manifestations, ses martyres, ses acteurs) doit rendre humble: il y a les protestations, elles peuvent être très longues, très sanglantes, l'issue en est incertaine, et ce que font les vainqueurs de cette issue l'est aussi. Mais on se prend à rêver que l'habitude d'être en discussion constante avec le monde entier rende inévitable, ou du moins plus probable, à la fois la victoire des opposants et la construction d'une société ouverte.

Car pour rappel, voici le résumé de ce que dit Amnesty International sur l'Iran de 2008:
"La liberté d’expression, d’association et de réunion demeurait soumise à des restrictions sévères. Des militants de la société civile, notamment des défenseurs des droits humains en général et des droits des femmes et des minorités en particulier, ont fait l’objet de mesures de répression. Certains ont été arrêtés, emprisonnés et jugés, souvent dans le cadre de procès inéquitables. D’autres ont été empêchés de quitter le pays et ont vu leurs réunions perturbées. Il était courant que les détenus soient maltraités et torturés, en toute impunité. Des peines de flagellation et d’amputation ont été recensées. Au moins 346 condamnés à mort ont été exécutés, le chiffre réel étant probablement plus élevé. Deux hommes ont été lapidés. Huit prisonniers exécutés étaient mineurs à l’époque des crimes dont ils étaient accusés."

Au sujet de la peine capitale, le rapport ajoute plus loin:
"La peine capitale était prononcée pour toute une série de crimes, dont le meurtre, le viol, le trafic de drogue et la corruption. Au moins 133 mineurs délinquants étaient sous le coup d’une sentence capitale, en violation du droit international. (...) En janvier, une nouvelle loi a fait de la production de vidéos pornographiques une infraction passible de la peine capitale ou de la flagellation. Le Parlement examinait un projet de loi visant à punir de mort l’apostasie, mais ce texte n’avait pas été adopté à la fin de l’année."

Alors oui, il est trop tôt pour savoir si la théocratie iranienne survivra aux clashs actuels. Mais faire mieux c'est en tout cas possible. Exécuter des mineurs. Punir de mort l'apostasie. Voilà effectivement un gouvernement contre lequel on irait risquer sa vie. Sauf qu'il serait tellement préférable de ne pas avoir à le faire. Alors, qui fera le poids pour exiger, au moins, de nouvelles élections?

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