Ebola (3)
On pourrait se dire que voilà à quoi ressemble le début d'une panique, mais ce serait oublier que les paniques ne frappent pas toujours au hasard. Je vous ai parlé des questions soulevées par les traitements de l'Ebola dans deux des derniers billets. Mais la question centrale n'est en fait pas du tout là. L'enjeu central de notre réponse au virus Ebola n'est ni la recherche clinique, ni la recherche fondamentale. Non, l'enjeu central est que voilà un virus qui vit de nos contacts les plus fondamentaux, et qui en les rendant contagieux les fragilise.
Imaginez-vous cette dame au téléphone. Son amie ne sait plus trop bien. Mais leur ami commun vit seul. Il est malade. Il a besoin qu'on lui fasse ses courses. Ira-t-elle? En saison de grippe, sans doute oui. Alors même que la grippe est contagieuse et tue chaque année un certain nombre de personnes fragilisées. En 'saison' de peur de l'Ebola, ira-t-elle chez une personne qui 'peut-être' revient du Liberia? Alors que l'on sait que le virus ne se transmet pas par l'air, mais seulement par les contacts de liquides biologiques? Vous pariez quoi, vous?
C'est là une de ses tragédies. En passant d'une personne à l'autre par les gouttelettes et les liquides, il frappe ceux qui s'occupent des victimes. Qui les tiennent quand ils toussent. Qui, comme dans les films, épongent la sueur de leur front. C'est un virus qui profite de notre humanité, qui prolifère dans la vague de notre compassion. Et qui du coup menace bien plus que nos vies: la peur de la contagion menace nos liens, nos groupes, qui nous sommes. On imagine tout de suite comment cette peur, même en l'absence du virus lui-même, peut suffire à dissuader la solidarité la plus basique.
Maintenant ajoutez que le serum des survivants est un traitement prometteur, et vous avez toutes les briques d'un roman sur la solidarité humaine, et aussi sur ses travers. Et vous l'aurez deviné: ce serum, qui peut être un magnifique véhicule de solidarité entre les malades et les survivants, est aussi en même temps déjà sur la marché illégal.
Pour couronner le tout, ce virus révèle aussi les failles parfois profondes de nos organisations sociales. Comme l'a dit récemment l'OMS dans un communiqué qui récapitule quelques vérités difficiles, les pathogènes dangereux exploitent les systèmes de santés faibles. Et ce problème ne concerne pas seulement les pays d'Afrique de l'Ouest. Ca concerne aussi l'Espagne, entre autres.
Ebola est un miroir de nos interactions. La manière de l'interrompre, la quarantaine, n'est pas techniquement compliquée. Mais la rendre efficace nécessite un petit trésor de sensibilité sociale. Dans sa plus simple expression (pour faire simple et brutal: on vous prend, vous disparaissez derrière une porte close, on ne peut plus communiquer avec vous, et il y a de fortes chances que vous sortiez mort), on voit très bien comment elle peut être vouée à l'échec. Elle est pourtant réalisable de manière plus 'humaine', c'est-à-dire plus consciente de notre besoin de maintenir nos contacts, nos liens. La panique, comme souvent, n'est pas entièrement rationnelle non plus: l'épidémie peut être interrompue.
L'enjeu principal de l'épidémie d'Ebola est donc sans doute là: en se multipliant à la faveur de ce que nous avons de meilleur, il agit aussi comme un révélateur du ... nettement moins meilleur, on va dire, dont nous sommes aussi capables. Les personnes qui vivent dans des régions endémiques le savent. Survivre à une épidémie, c'est bien sûr d'abord rester en vie. Mais ce n'est jamais 'que' cela. Il va falloir arriver de l'autre côté en ne s'étant pas mutuellement fait trop de choses impardonnables. Ce ne sont pas seulement nos personnes physiques qui sont en jeu. Ce sont nos liens sociaux, nos liens personnels, le fonctionnement de nos institutions, et ce que notre réponse à l'épidémie révèle sur qui nous sommes.
Ebola (2)
Alors comment faire? Peut-être commencer par sortir de la logique du tout ou rien. Ces dernières années, la recherche sur les maladies négligées a augmenté. Cela n'a pas été par une conversion des industries à la morale publique. C'était grâce à l'augmentation des sources de fond pour payer les traitements qui existeraient. Lorsque l'appât du gain écarte l'industrie d'un objectif qui nous importe, la réponse adéquate serait soit de faire en sorte que ce que nous voulons soit dans les intérêts d'une industrie, soit de confier le mandat à quelqu'un d'autre. Tant que nous ne faisons ni l'un ni l'autre, en fait c'est un peu à nous-même que nous devons nous en prendre...
Ebola (1)
Autour d'une urgence grave, il arrive que l'on se repose ainsi des questions qui sont en fait familières.
L'épidémie d'Ebola ne fait pas exception. Un des enjeux dont on a le plus parlé est le suivant: lorsqu'il n'y a pas de traitement dont l'efficacité serait prouvée, comment gérer l'administration d'un traitement dont on connait mal les effets? Quel degré de connaissance doit-on avoir sur une thérapie avant d'oser l'administrer à des personnes?
Lors d'une urgence sanitaire catastrophique, on peut avoir tendance à se dire que tout est bon à tenter. Mais la question reste en fait difficile. Certaines interventions font plus de mal que de bien, et ce serait bien sûr gravissime dans une épidémie pareille. Certaine interventions n'aident pas, et détournent du coup les efforts d'autres choses que l'on pourrait faire avec plus d'effet.
Sur ce point, l'OMS a publié des recommandations. Elles ont fait l'objet d'une discussion internationale très étendue et disent en substance:
- Il est licite d'administrer un traitement dont l'efficacité et les risques ne sont pas encore démontrés, si c'est fait de manière transparente et que la personne concernée et sa communauté sont d'accord.
- Il faut partager l'expérience qui en résulte. En d'autres termes, à mesure que l'on en sait davantage il faut que toutes les personnes concernées en sachent effectivement davantage.
- Idéalement, il faudrait faire de vraies études avec un protocole et une méthodologie solide, pour en savoir plus le plus vite possible.
Cette question est difficile, mais elle n'est pas entièrement nouvelle en fait. On appelle 'essai thérapeutique' ou 'tentative thérapeutique' ces situations cliniques où l'on arrive au bout des thérapies démontrées, et où il y a des raisons de penser qu'une intervention supplémentaire pourrait apporter quelque chose mais sans que cela soit prouvé et sans qu'aucune étude en règle sur la question ne soit ouverte. Lorsqu'aucun traitement démontré existe, on admet qu'on a le droit de tenter la chose bien sûr. Mais il est très important d'être clair sur ce que l'on fait. Le patient qui consent à un tel traitement doit savoir qu'il n'est pas démontré. Il doit être d'accord. Le médecin doit estimer que ce n'est pas contraire à l'intérêt du patient. Que le traitement ne lui fera pas plus de mal que de bien.
Alors ici, sans doute aurait-il été préférable d'y réfléchir plus à l'avance. Après tout, même si on ne savait pas quand une épidémie allait frapper, on savait qu'elle frapperait tôt ou tard. Les propositions de l'OMS sur la question des traitements expérimentaux sont cependant raisonnables, et reprennent ce qui est recommandé dans ces cas.
Faites-moi confiance...
«La confiance est importante, mais elle est aussi dangereuse. Elle est importante car elle nous permet de former des liens avec d’autres et de dépendre d’autrui – pour de l’amour, des conseils, de l’aide avec notre plomberie, n’importe quoi- surtout lorsque nous savons qu’aucune force extérieure ne force ces personnes à nous donner ces choses. Mais la confiance implique aussi le risque que les personnes en qui nous avons confiance ne feront pas leur part pour nous; car, s’l y avait une garantie qu’elles la feraient, alors nous n’aurions aucun besoin de leur faire confiance. Ainsi, la confiance est également dangereuse. Ce que nous risquons en faisant confiance est la perte de ce que nous avons confié à d’autres, y compris notre respect de nous-même peut-être, qui peut être détruit par la trahison de notre confiance»
Comment faire, pour maintenir cela et en être digne? Et comment le faire collectivement? Comme d'habitude, je vous mets un extrait et le lien:
"Une fois donnée, cette confiance devient une des pierres angulaires de la médecine. Nos patients se confient. Sans cela, d’ailleurs, comment les soigner ? La médecine est une pratique qui requiert que soient mis entre ses mains nos corps, nos informations les plus intimes, et finalement notre sort. Jamais vraiment aveugle, la confiance n’est donc pas vide non plus. On a confiance que ; que la personne à laquelle on se confie se comporte d’une certaine façon. Qu’elle m’aide, et surtout qu’elle ne me fasse aucun mal.
Se laisser soigner par des inconnus, voilà qui requiert donc un engagement collectif. Les codes de déontologie qui accompagnent depuis leurs débuts les professions auxquelles nous nous confions servent à cela. Ils sont une promesse : nous serons dignes de votre confiance et s’il s’en trouve parmi nous qui ne le sont pas nous les corrigerons. La médecine exercée sans lien préalable est à ce prix. La création de liens thérapeutiques est à ce prix. La médecine exercée en groupe, en équipes, en institution, est certainement à ce prix."
Bien sûr, la question de la confiance ne résume pas les discussions autour de l'obligation de porter le badge en période de grippe. Si vous avez un avis sur la question, laissez-nous un commentaire...
Vos favoris de 2010
Ouf, de vraies vacances après le soulagement de la fin de la grève de la faim de Bernard Rappaz.
Et ce n'est pas chaque année qui débute par une éclipse! Du coup je me permets de vous mettre en intro cette magnifique photo de celle de mardi prise par Thierry Legault, avec... en petit en haut à gauche...non mais vous avez vu?... la Station Spatiale Internationale!...Impressionnant.
Mais là, c'est de nouveau le moment de vous faire un best of! Comme l'an dernier, je me base sur la fréquence de vos visites pour vous en faire la liste.
Voici donc, dans l'ordre inverse comme il se doit, les 10 pages les plus lues de 2010:
10- Les émotions qu'on ignore
9- La réforme du système de santé américain
8- Une éthique basée sur la science ?
7- Encore la nutrition forcée
6- Cas à commenter: un boxeur
5- Solidarité avec les catholiques
4- Rappaz: la quatrième solution?
3- Euthanasie ?
2- Soigner le choléra
Et là vraiment vous êtes chou, car l'article le plus lu de 2010 a été:
1- Dons pour Haïti
Celles-là, c'est les plus lues écrites en 2010. Mais parmi celles qui ont été écrites avant, quatre restent dans le top ten des visites. Fugace, la blogosphère? En tout cas les voilà:
4- On reparle d'avortement
3- Le choléra comme symptôme
2- Don d'organes: la Suisse mauvaise élève
1- Diagnostic préimplantatoire
Bonne (re)lecture! Et bonne année 2011 à tous.
Ah ben voilà...

...ce n'était pas si difficile, non? Le Pape, oui, a trouvé un moyen d'expliquer que dans certaines circonstances l'usage du préservatif était, ok, pas idéal à ses yeux, mais acceptable quand même.
Bon, d'accord, il avait du chemin à rattraper. Et puis maintenant, devant les louanges de la planète, certains se sont hâtés de minimiser ce qui, en fait, aurait véritablement changé. C'est dommage. Mais qu'importe. A ceux qui ont vraiment beaucoup de mal, il ne peut pas être demandé davantage. Moins nuire, c'est déjà très bien. Et moins nuire lorsqu'on se réclame guide spirituel de plus d'un milliard de personnes, c'est très...très...important.
Un bon point, donc, à Benoît XVI. Ceux qui scrutent les âmes trouveront peut-être sa réaction tardive, et réticente. Qu'ils le regrettent. Mais en médecine on se soucie d'abord des effets. Si ça peut empêcher des bien portants de devenir malades, protéger la vie, maintenir entières des familles menacées, et accessoirement diminuer la misère du monde, alors on est preneurs.
Vos favoris de 2009
Ce blog a désormais assez d'âge pour que je me permette un best of!
Alors, malgré les déboires récents de la démocratie là d'où je vous écris, et parce que vous êtes des gens éclairés n'est-ce pas, je me base sur la fréquence de vos visites pour vous en faire la liste.
Voici donc, dans l'ordre inverse comme il se doit, les 10 pages les plus lues de 2009:
10: Quand l'altruisme est dans notre intérêt
9: Initiative sur l'assistance au suicide en EMS
8: Un très très mauvais anniversaire
7: Quelques conseils en cas de pandémie
6: Le créationnisme européen
5: Diagnostic préimplantatoire
4: On reparle d'avortement
3: La culture scientifique, c'est quoi?
2: Rougeole, une épidémie d'ignorance
Et clairement, de loin, la page la plus lue:
1: Don d'organes: la Suisse mauvaise élève
Bonne (re)lecture! Et bonne année 2010 à tous.
Ma santé, ta santé
La santé, affaire collective ou affaire privée? Les maladies infectieuses nous montrent à quel point cette question est simpliste. Vouloir protéger sa santé tout seul est illusoire. Et pas seulement durant les épidémies. En Suisse, la discussion sur les soignants qui refusent de se faire vacciner montre à quel point cette question est difficile. Aux États-Unis, le passage de la réforme d'Obama devant le congrès (avec à peine 2 voix de marge) a sans doute dû quelque chose à l'arrivée, justement cette année, de la grippe H1N1.
Personnelle ou collective, la grippe? On en parle évidemment beaucoup autour de la question de la vaccination. Car oui, s'agissant de maladies infectieuses contre lesquelles un vaccin existe, le choix de les attraper (ou du moins d'en prendre le risque, c'est normalement cela qu'on veut dire), est individuel. Mais en même temps il ne l'est pas entièrement. Car, malade, on est également contagieux. Alors oui, la grippe ce n'est pas aussi grave que la variole. Du moins pas pour tout le monde. Mais c'est suffisamment grave pour certaines personnes pour que l'argument individuel ne soit pas tout seul à bords. Si l'on vit, ou travaille, dans l'entourage de personnes particulièrement à risque, mettre son choix individuel devant leur sécurité, et de surcroit sans leur donner leur mot à dire, et bien cela peut être difficile à justifier. L'OFSP a mis en ligne un test ici pour savoir si c'est le cas ou non. Cela ne concerne pas tout le monde: si on n'a personne de tel dans son entourage, effectivement il n'y a aucun problème. Mais cela concerne bien sûr les soignants.
Même pour les soignants, cela dit, cela ne concerne pas que la vaccination. L'enjeu ici est leur responsabilité professionnelle de protéger les personnes malades, et vulnérables à la grippe. Si la vaccination était la seule manière de faire ça, alors oui, il serait irresponsable de leur part d'accepter de continuer à travailler avec ces personnes sans être vaccinés. Dès lors que d'autres moyens existent, cela dit, la donne change. A Genève, on leur offre comme alternative le port du masque. Une autre manière de prendre au sérieux leur responsabilités, et de rassurer au passage les personnes dont ils s'occupent durant l'épidémie. Stigmatisant? J'ai donné récemment à ce sujet une présentation que les personnes intéressées trouveront ici. La version courte: le port du masque n'est pas plus stigmatisant que le T-shirt arboré par Mandela pour combattre la stigmatisation des victimes du VIH. C'est un signe visible, oui, mais qui ne signale pas l'opprobre. Puisqu'il vise à protéger les malades, ce serait même plutôt le signe d'un comportement admirable...
Un très très bon anniversaire!
Ci-contre, 'Joyeux anniversaire' en chinois. Petit clin d'œil à la langue la plus parlée de l'humanité. Car aujourd'hui est un anniversaire qu'il faudrait pouvoir souhaiter dans toutes les langues. A tout le monde. Et surtout aux millions de personnes qui, ces derniers 32 ans, ne sont pas mortes de la variole.
Le 26 octobre 1977 on a diagnostiqué la variole pour la toute dernière fois.
La dernière victime, heureusement a survécu. Mais la mortalité de la variole pouvait être redoutable. Cette maladie, qui nous suivait vraisemblablement depuis avant l'invention de l'écriture, a profondément marqué notre histoire. Elle toucha Mozart, Beethoven, Washington, Lincoln, Elizabeth I; et qui sait combien de personnes qui auraient pu être comparables elle tua dans l'enfance. Arrivée en Amérique avec les Européens, la variole est meurtrière: 90-95% des morts parmi les populations indigènes lui seraient dus. Certains de mes ancêtres ont ainsi vu plus ou moins tout le monde mourir autour d'eux. Certains des vôtres aussi: ce n'est 'que' une question de chronologie, car aucune région du monde n'a été épargnée.
Et maintenant, eh bien cette maladie n'existe plus. Son éradication (attention, image impressionnante), un effort immense de solidarité globale et de santé publique, est sans aucun doute un des grands événements du 20e siècle. Vous avez vu l'image sur ce dernier lien? Voilà, après coup c'est tout simple: aujourd'hui, nous n'avons plus à craindre ça pour nos enfants. Mais quelle prouesse que de réussir ça.
Et comment, justement, a-t-on réussi ça? La vaccination. A l'heure où la désinformation fait rage contre elle, ça méritait d'être rappelé, non?
Victimes innocentes
'2000 personnes meurent de la grippe A et tout le monde veut mettre un masque. 9 millions de personnes meurent du SIDA et personne ne veut mettre de préservatif.'
Et si la différence révélait que nous avons, malgré nous, l'impression que le VIH (et non la grippe A) frappe des coupables plutôt que des victimes innocentes ? Bien sûr, c'est impensable. Nous avons depuis belle lurette abandonné l'idée que la sexualité c'est mal, et même si ce n'était pas le cas nous savons le nombre de victimes infectées dans leur mariage, dans leur maladie, ou dans le ventre de leur mère.
Mais ce n'est pas juste parce qu'une chose est impensable...qu'on ne la pense pas. Et ici les correspondances sont troublantes. On sait qu'on a tendance à penser 'qu'ai-je donc fait pour mériter ça?', lorsqu'on tombe malade. On cherche un sens, au risque même de se fourvoyer. On sait aussi qu'on a assez naturellement tendance à nous considérer nous-mêmes comme innocents, même dans des circonstances que l'on reprocherait à d'autres. Cette vidéo est éclairante sur ce point. Mais...si en plus cela expliquait notre tendance à nous précipiter sur le masque, mais pas sur le préservatif? Si le VIH ne touchait dans notre imagination que 'des coupables' alors que nous serions tous, et par définition, 'des innocents'?
Ce serait là un joli casse-tête de santé publique tout prêt à nous frustrer tous...et tout prêt à faire de la stigmatisation qui pèse sur les malades un piège qui se refermerait droit sur nous.
Conseils en cas de pandémie (3)
L'été fut plutôt tranquille sur le continent, mais à présent la grippe H1N1 augmente peu à peu et l'on s'attend à une accélération dès la rentrée des classes. Quelques rappels:
L'accélération est prévue fin août-début septembre. Mais le vaccin n'est attendu qu'en octobre. Il est donc important de se protéger. Même si les cas graves restent rares, ce n'est jamais drôle d'avoir la grippe. En plus, certaines personnes sont véritablement plus à risque. Freiner l'épidémie n'est donc pas inutile. Cela pourrait permettre d'épargner des personnes vulnérables le temps que le vaccin arrive. Est-ce possible? Pas sûr. Mais se protéger soi-même, c'est aussi essayer de protéger les autres...
Les conseil indiqués ici et ici sont toujours d'actualité. Il y a aussi un très bon dossier sur le site de la tsr. Le site de l'OFSP est ici. Il résume toute une série de conseils.
Le plus important est sans doute de se laver les mains. Et l'on sait qu'on a tendance à ne pas aller assez souvent au lavabo: un désinfectant est une bonne solution pour ces fois où c'est trop loin, trop long, trop compliqué. On s'en sert ainsi. Il existe plusieurs version format poche, disponibles en pharmacie. Et si l'épidémie débarque ce sera probablement le dernier cri d'avoir ça bien en vue.
Le masque n'est actuellement recommandé que pour les personnes malades. Par contre, éviter les poignées de main est une bonne idée. Anti-social? Pas nécessairement. Il suffit d'adopter un salut asiatique. Souriez, mains jointes, et inclinez-vous légèrement...On verra si ça prend.
Le virus se propage le mieux dans les contacts humains. Un des moyens de le ralentir est donc de ne pas pénaliser les employés qui prennent congé pour maladie...ou pour soigner un proche. Dans les deux cas ils seront fortement susceptibles de transmettre la grippe. S'ils viennent travailler malgré ça par crainte de la crise économique, ils seront souvent contagieux. Ce sont là des circonstances ou la solidarité est bonne pour la 'santé' (dans tous les sens du terme) des entreprises...
C'était qui, déjà, ces gens qui avaient dit que l'économie et l'éthique faisaient mauvais ménage?
Notre autre morale darwinienne
Vous trouvez que je vous parle beaucoup d'évolution ces temps? Eh bien ce n'est pas seulement parce que c'est une année Darwin, ni uniquement parce que les liens entre la biologie de l'évolution et l'éthique sont incompris. Non, en comprenant mieux comment marche la sélection naturelle, on peut ... mieux aider nos semblables!
Cet autre lien entre la biologie de l'évolution et la bioéthique (ici celle de la santé publique) est expliqué dans la conférence enregistrée ici. Paul Ewald y explique comment, si l'on pose les bonnes questions, on peut quasiment en venir à 'domestiquer les bactéries'. Comment faire un truc pareil? Actuellement, lorsqu'un micro-organisme nous cause du mal, soit on le tolère (quand on n'a pas le choix, ou qu'il est bénin, ces deux conditions s'appliquent au rhume par exemple), soit on prend des antibiotiques. En d'autres termes, on lui tape dessus.
Mieux comprendre les mécanismes de sélection naturelle qui opèrent sur les micro-organismes permet de faire quelque chose de plus subtil: leur tirer le tapis sous les pieds. Ou en tout cas tirer le tapis sous les pieds de leur capacité à nous rendre gravement malades. Comme point de départ, deux postulats tous simples. Si vous êtes une bactérie ou un virus, et que vous dépendez de la mobilité de votre hôte pour être transmis, vous serez mieux transmis si vous ne causez pas une maladie trop grave. Une personne très malade ne bouge pas beaucoup, pour vous c'est un problème. Par contre, si vous ne dépendez pas de sa mobilité, alors vous vous porterez mieux si vous exploitez davantage les ressources de votre hôte, quitte à le rendre très très malade. S'il ne bouge pas, pour vous ce n'est pas grave. Comment cela s'applique-t-il aux maladies humaines? Deux exemples pour illustrer ça.
La malaria est un excellent exemple d'une maladie qui n'a pas besoin que l'hôte humain ne bouge. Les moustiques s'en chargent avec une efficacité redoutable. Ici, le modèle évolutionniste prédit que si l'on coupe l'accès des moustiques aux personnes très malades, la pression de sélection se mettra à favoriser les parasites qui laissent les gens assez bien pour vaquer à leurs occupations. Comment faire ça? En bloquant aux moustiques l'accès aux habitations. Les moustiques vont alors piquer surtout des personnes valides. Dans les années 30 aux États-Unis, ça a même été fait. Et vous savez quoi? Ca marche! La maladie devient plus bénigne en l'espace de quelques années, et sa prévalence chute: bingo.
La diarrhée infectieuse est un peu plus compliquée. Là, la maladie est typiquement transmise soit de personne à personne, soit par de la nourriture contaminée, soit par l'eau. Et le mode de transmission change la pression de sélection. Pour transmettre par voie directe ou par la nourriture, il faut plutôt pouvoir bouger. Pour transmettre par l'eau, non. La description, je sais, est un peu graphique, mais tôt ou tard quelqu'un portera votre linge à la rivière, et les agents infectieux en profitent. Quelles prédiction peut-on en tirer? Eh bien que si la transmission par l'eau est facile, la maladie sera plus virulente. Et si l'on coupe la transmission par l'eau, elle le sera moins. Bien involontairement, cette 'expérience' a même eu lieu durant le cours de l'épidémie de choléra El Tor en Amérique du Sud. Et devinez quoi? Dans les pays où l'eau est mieux protégée, l'épidémie s'est adoucie avec le temps. Dans les pays où l'eau se contamine beaucoup, la virulence, au contraire, a augmenté. Non seulement on diminue le nombre de victimes en sécurisant l'eau, mais en plus les malades sont moins malades.
Le lien avec l'éthique?
C'est que tant que ces mécanismes restent méconnus, ou inappliqués, nos stratégies peuvent être non seulement moins efficaces, mais parfois carrément délétères. Prenons l'exemple de la diarrhée. Si l'on traite le choléra avec des antibiotiques sans protéger l'eau, que va-t-il se passer? On va sélectionner des souches plus virulentes, simplement en laissant ouverte la voie de transmission par l'eau. Et l'on va aussi sélectionner des souches résistantes aux antibiotiques. Si par contre on sécurise l'eau, on va non seulement diminuer la gravité de la maladie, mais aussi faire reculer la résistance aux antibiotiques. Après tout, plus les malades sont malades et plus on aura tendance à leur en donner. Si la maladie s'adoucit par contre, on en prescrira moins, et la résistance reculera. Une parfaite occasion pour améliorer, par des outils biologiques, notre manière de faire face à des maladies graves et négligées. Quelle erreur de ne pas les utiliser davantage...
L'affiche qui illustre ce message montre d'ailleurs à la fois où nous avons progressé et où, non. OK, on sait désormais que ce n'est pas l'eau froide, mais l'eau non bouillie qui est un danger. Pas les légumes et les fruits verts, mais ce qui ne remplit pas les règles standard 'boil it, cook it, peel it, or forget it'. Que les courants d'air ne transmettent pas ces germes.
Ne pas prendre de traitement sans avis médical, par contre, ça reste de rigueur. Et l'autre chose qui n'a pas changé, malheureusement, c'est l'attention que l'on offre aux démunis. Aujourd'hui, si ces épidémies frappent surtout des pays pauvres, c'est en partie parce que justement elles sont favorisées par le manque d'infrastructures de bases comme l'eau courante propre, ou des moustiquaires aux fenêtres. A l'époque déjà...vous avez vu ce qui est écrit en bas de l'affiche? Vous n'arrivez pas à lire? Dans la plus petite écriture, il est indiqué que 'Un traitement et des conseils médicaux sont disponibles pour les pauvres à tout heure du jour et de la nuit en se présentant à la station de chaque unité'. C'est minuscule. Un hasard? Mince, sans doute non...Et dans une épidémie, encore davantage qu'habituellement, c'est vraiment pas malin.
Conseils en cas de pandémie (2)
Merci à Jean-Michel Abrassart, qui signale sur son (excellent) blog le dossier de la revue Scientific American (Pour la Science, dans sa version anglophone), sur la grippe A (H1N1).
A côté d'une foule de renseignements et de précisions, on y trouve aussi les 5 conseils principaux à suivre en cas de pandémie avérée, si vous vivez dans une région touchée:
1. Ne touchez pas votre visage
2. Lavez-vous les mains
3. Si vous n'avez pas de lavabo dans les parages, désinfectez-vous les mains
4. Si vous éternuez, faites-le dans un mouchoir, jetez-le, et désinfectez-vous les mains. Restez à distance d'un bras au moins d'une personne malade.
5. Si vous pensez avoir besoin d'un masque, achetez-en.
Ce dernier conseil est un peu vague, mais en l'état actuel des connaissance on ne peut guère faire mieux. Il semble qu'un masque soit effectivement utile, mais seulement si on est pour plusieurs minutes dans un périmètre d'un mètre d'une personne atteinte, et seulement si l'on suit scrupuleusement les conseils de ... lavage des mains.
On trouve aussi des conseils spécifiques pour les parents ici, y compris la précision qu'il faut se laver les mains pendant le temps que ça prend de chanter 'Joyeux anniversaire' deux fois. Et quelques raisons de croire que cette épidémie-ci ne peut-être sera pas si grave, ici.
L'éthique là-dedans? La protection de soi, mais aussi le souci des autres, vient tout à coup à l'avant-scène dans une épidémie. Bien sûr. Et quoi de plus pertinent à l'éthique que cela. C'est donc aussi sur le plan moral que je suis soulagée: il semble que mes conseils de la semaine passée étaient justes! Ouf.
Il semble aussi qu'un beau jour, toute épidémie a une fin. Pour se remonter le moral, donc, la photo qui ouvre ce message...
Quelques conseils en cas de pandémie
La grippe porcine fait resurgir la crainte d'une pandémie virale. Bon, heureusement, on n'en est pas là. Et les symptômes semblent -pour le moment du moins et dans la plupart des cas- moins sévères que ceux du SRAS en 2003.
Mais la tension monte. Et fabriquer un vaccin n'est pas anodin: car cela pourrait forcer à renoncer au vaccin de la grippe saisonnière. Vaut-il mieux risquer entre 500'000 et 1 million de morts pour se donner plus de moyens contre une pandémie, qui peut-être n'arrivera pas? Dilemme. Les sites de...Wikipedia, mais aussi bien sûr de l'OMS, le Center for Disease Control, et de l'OFSP, tiennent des informations à jour, et contiennent aussi des informations plus générale sur le risque de pandémie virale. On trouve aussi une carte des cas annoncés, confirmés ou non, ici. Et une explication des origines du virus ici. En attendant de voir ce que ces prochains jours et semaines nous réservent, rappelons quelques principes de base en cas d'épidémie. Si vous vivez dans un lieu atteint, trois conseils de base:
1) Lavez-vous les mains, lavez-vous les mains, lavez-vous les mains. On a toujours le réflexe d'éviter de faire la bise à une personne malade, mais en fait le plus risqué est...de lui serrer la main. Car on y tousse, dans nos main. Lors d'épidémies de grippe, c'est par nos mains et tout ce que l'on touche (comme les poignées de portes) que se transmet largement le virus. Les hôpitaux ont développé pour l'hygiène des mains des procédures détaillées. Celle de Genève est ici. Des désinfectants du type de celui qui y est décrit se trouvent en pharmacie, et la manière de s'en servir est indiquée ici. Des mesures plus larges sont décrites ici.
2) Consultez un médecin en cas de symptômes. Ils sont proches de ceux de la grippe 'ordinaire': fièvre (38°C ou plus), maux de tête, douleurs musculaires, toux, mal de gorge. Plutôt que de vous rendre au cabinet, commencez par contacter votre médecin par téléphone. Et surtout ne foncez pas tout seul dans votre pharmacie pour acheter le traitement sans avis médical, voire sans être malade. Le prendre mal, ou au mauvais moment, peut faire émerger des résistances. Et là vous seriez bien avancé.
3) Restez où vous êtes. Ne voyagez pas. Au Mexique, il est actuellement conseillé à la population de rester à la maison. Les virus adorent le contact humain, la mondialisation, les voyages aériens. Lors de la 'grippe espagnole' de 1918 et 1919, les hommes furent beaucoup plus touchés que les femmes. Immunité naturelle? Pas très vraisemblable. C'est probablement de rester davantage à la maison (à l'époque) qui a protégé les femmes. Ne pas bouger peut être protecteur. Un enfant malade ne doit pas aller à l'école, un adulte malade sur son lieu de travail disséminera la maladie.
Ce dernier conseil a plusieurs conséquences. La première, c'est que tout ce qui aide les gens à limiter leurs déplacements est utile. Et une de ces choses, c'est des infrastructures qui fonctionnent: livrer la nourriture aux personnes isolées, maintenir l'eau courante, les personnes qui font tout cela doivent être parmi les métiers prioritaires à garder actifs pendant une épidémie.
La deuxième, c'est que nous devons nous rappeler que trop limiter les contacts humains a aussi des conséquences. Ce n'est pas seulement notre vie que nous voulons tous sauver pendant une épidémie. C'est aussi notre vie. Une épidémie n'est pas seulement un danger pour la santé physique, c'est aussi un terrain à risque pour le respect de nos semblables. Lors de l'épidémie de SRAS, des noms de personnes malades avaient par exemple été publiés dans les journaux. En même temps, la Chine avait longtemps tardé à divulguer des informations décisives pour la protection des populations d'autres pays. La solidarité au jour le jour entre les gens, et celle toujours plus fragile entre les états, est mise à mal en pareilles circonstances. Alors qu'elle est justement cruciale.
Alors si la grippe porcine débarque et qu'elle s'avère grave (heureusement, actuellement ni l'un ni l'autre n'est certain), achetez du désinfectant, mettez un masque si c'est nécessaire, lavez-vous très souvent les mains. Et ainsi armé contre le virus, n'oubliez pas d'aller voir si des personnes âgées de votre immeuble auraient besoin que quelqu'un aille pour elles au supermarché...
Exercice illégal de l'épidémiologie
Je sais, il y en a marre des commentaires catholiques sur le préservatif, et à y rétorquer une fois de plus on commence à leur donner trop d'importance. Mais voilà maintenant l'évêque d'Orléans qui s'improvise épidémiologue, et réitère les doutes religieux sur l'efficacité du préservatif. Par loyauté sans doute, pour défendre le point de vue du pape sur le préservatif. Très compréhensible, mais pas du tout scientifique. Sauf pour en emprunter les termes, et essayer d'en avoir, à bon marché, l'autorité. En déclinant récemment ce que des auteurs anglophones ont appelé le 'denialisme' (ou 'dénisme' en français), je ne croyais pas voir si vite autant d'exemples fleurir de toutes parts.
Sauf que ça se voit. Car en bref, faut-il le rappeler, le préservatif est efficace dans la prévention du VIH. Janet Stemwedel, sur son blog 'Adventures in ethics and science' offre cette semaine un cours de rattrapage gratuit sur l'éthique des déclarations scientifiques à Benoit XVI. Mais soyons juste. Dans les contorsions actuelles de l'église catholique, il y a quand même deux aspects à garder. D'abord, l'idée qu'il y a des circonstances dans lesquelles le préservatif est moins fiable. En fait, c'est vrai. Spécifiquement, lorsqu'on s'en sert mal, ou lorsqu'il est utilisé avec un lubrifiant à base d'huile (comme la vaseline par exemple). En bonne médecine, et en toute cohérence avec ses soucis présents pour la santé publique, le Vatican devrait prôner l'usage de lubrifiants à base d'eau. On ose à peine y penser. Surtout que pour compléter le tableau médical il faudrait aussi des cours sur le bon usage dudit objet. Ahem...
Mais à garder aussi, l'idée d'indiquer sur les moyens de prévention qu'ils n'ont pas une fiabilité totale. Excellente idée, ça. Sauf que la mesure la plus directement concernée serait...la promotion de l'abstinence. Car si l'abstinence est effectivement efficace elle aussi, la prôner l'est nettement moins. Les effets des programmes d'éducation basés sur l'abstinence et la monogamie ont pu être abondamment étudiés pendant qu'ils constituaient la base des plans de prévention financés par l'Amérique de Bush. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les résultats sont décevants . Même les jeunes qui prêtent formellement serment de virginité jusqu'au mariage n'attendent en moyenne pas le mariage, et ne retardent que de quelques mois leurs premiers rapports sexuels. Ils ont effectivement moins de partenaires, mais autant de maladies sexuellement transmissibles. On fait mieux comme résultat. Par souci de cohérence, on pourrait aussi mentionner à ce chapitre la prière. On croit rêver, mais voici l'histoire d'un pilote de l'aviation tunisienne condamné récemment par un tribunal italien pour avoir négligé son devoir lors d'un pépin en plein air. Au lieu d'enclencher les mesures d'urgences, il s'est mis à prier à haute voix. L'avion est tombé dans la Méditerranée, tuant 16 personnes. 'Fiabilité incomplète', aviez-vous dit?
Tabac, credo, et autres risques pour votre santé
Un dessin italien résume très bien la chose. Les préservatifs sont inutiles contre le HIV dit un protagoniste de derrière son journal. Depuis quand? demande son voisin...C'est tout récent, depuis que le soleil tourne autour de la terre.
C'est normal d'être choqué lorsqu'un représentant d'une autorité, quelle qu'elle soit, et si distante soit-elle d'une quelconque expertise médicale, décourage des personnes vulnérables de se protéger contre une menace vitale. Les déclarations ecclésiastiques contre le préservatif sont clairement dans cette catégorie. On espère même que dire son indignation a une certaine utilité. Si les déclarations du pape ont semé le doute, il faut après tout le lever, ce doute: non seulement l'usage du préservatif est efficace contre le HIV, mais ça marche beaucoup, beaucoup mieux que de prôner l'abstinence.
Il y a en fait effectivement une méthode qui marcherait mieux que l'usage du préservatif: dépister systématiquement et traiter toute personne VIH-positive sans attendre l'arrivée des symptômes. A la première indignation peut donc s'ajouter une seconde: non seulement s'opposer au préservatif coûte des vies, mais cela fait peser le poids de l'opprobre sur les victimes plutôt que sur le monde riche, qui serait techniquement capable d'éradiquer la pandémie...
Même avec de bonnes raisons de s'indigner, cela dit, n'oublions pas que des actions plus concrètes peuvent aussi être utiles. Stuart Rennie résume bien la situation sur son blog de bioéthique internationale. Face à un danger pour la santé publique, on commence par en mesurer l'impact et les effets, pour être mieux en mesure de les contrer. La surveillance de la grippe aviaire, des effets du tabagisme sur la santé mondiale, autant d'exemples de l'importance que l'on accorde à observer les sources de menaces sur la santé des populations. Eh bien, faisons-en autant pour les églises. Cet exemple récent, catholique par hasard peut-être, car d'autres sont en situation similaire, en illustre l'utilité. Un observatoire de l'effet des religions sur la santé. Pourquoi pas? Comme on l'a déjà fait pour les déclarations anti-VIH du président Mbeki en Afrique du Sud (environ 330'000 victimes) on compterait les victimes des déclarations papales contre le préservatif. Et, pourquoi pas, celles des avortements de rue, de l'infibulation, du refus parental de traitement pour leurs enfants pour raisons religieuses, etc, etc, bref de toute attitude encouragée en connaissance de cause par une religion organisée et délétère pour la santé. Des études observant le lien entre l'appartenance religieuse et la santé montrent des résultats complexes. On sait par exemple que les personnes fortement religieuses on plus tendance que d'autres, aux USA, à demander des mesure invasives de maintien en vie artificiel aux soins intensifs, là où d'autres verrait de l'acharnement thérapeutique. Un résultat qui peut être contre-intuitif. Quoi qu'il en soit, ces études se sont pour le moment limitées à des cas de figure très précis: des personnes ayant survécu jusqu'à un âge adulte plus ou moins avancé, dans des pays aisés, bien intégrées dans des communautés soutenantes. Elles étaient pour la plupart atteintes de cancer, une maladie dont la prévention (quand il y en a) est surtout basée sur le dépistage précoce et parfois la consommation de légumes, donc rien qui ne puisse gêner la moindre prescription religieuse. En bonne épidémiologie, il est temps d'élargir ces observations à d'autres types de situations...et d'en tirer des conséquences. Après tout, pour de nombreuses religions l'image d'un dieu guérisseur des corps est forte, et sert parfois d'argument pour convaincre les fidèles. Alors imaginez un monde où elles franchiraient le pas suivant, et respecteraient le précepte hippocratique de 'ne pas nuire'. Mieux, n'est-ce pas?



